Face à la crise : le libraire qui voudrait tenir « au moins deux ans »

Il s’appelle… Il s’appelle… Appelons-le Victor H. Il est gérant d’une grande librairie d’une des cinq grandes chaînes qui font à elles seules environ 40 % du chiffre d’affaire de la profession : Chapitre, Espaces culturels Leclerc, Fnac livres, Joseph-Gibert, Virgin Megastore. Vous comprendrez à ce qu’il va nous dire, qu’il ne révèle ni son véritable nom, ni celui de sa centrale.

« Toutes les grandes chaînes de librairies sont dans le rouge aux yeux des assurances qui garantissent leurs paiements auprès de leurs fournisseurs. Et tout va de mal en pis.

Deux centrales sont dans le rouge cramoisi : Chapitre et Virgin [qui vient de déposer son bilan, ndlr]. La Fnac n’est, si j’ose dire, que dans le rouge tout simple, mais parce qu’elle bénéficie d’un vieux traitement de faveur avec un délai de paiement à trois mois.

Les affaires sont calamiteuses. Nous retournons la moitié de ce que les éditeurs nous envoient. Le taux de retour monte à 70 % dans certains rayons, celui des sciences humaines, par exemple. »

Une “cavalerie” qui s’emballe

Les libraires, comme les détaillants de presse, bénéficient d’un petit privilège : le droit de retourner leurs invendus… mais en finançant la “cavalerie” d’avance, c’est-à-dire en payant la totalité de tous les livres reçus, souvent d’office. Une “cavalerie” qui s’emballe et met les libraires en grandes difficultés.

« À fin décembre, quatre chaînes [de librairies] étaient en perte : Chapitre, FNAC, Joseph-Gibert, Virgin. Pour les Espaces culturels Leclerc, je n’ai pas d’infos, mais je ne vois pas comment ça irait beaucoup mieux.

Les éditeurs sont aux abois. Montent des “opé” [opérations] d’urgence pour récupérer les fonds qui ne rentrent plus. Et les représentants rappliquent avec toujours plus de titres. Du délire !

Les Virgin à eux seuls laissent une ardoise de plus de 2 millions d’euros rien que sur la Sodis [Gallimard].

Deux ans, ça va être dur, mais faut que je tienne au moins deux ans. Dans deux ans, j’aurai soldé quasiment tous mes crédits perso. Après… eh bien après, advienne que pourra ! »

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