Grande perdition : la fin du monde tourne au burlesque

 LE YETI :

Vous auriez pensé que ça tournerait à une telle farce, vous, cette histoire de “shutdown” américain et de mur de la dette ? Qui aurait cru que la “fin du monde” allait connaître un si désopilant dénouement ? (Je dis “fin du monde” parce que pour les ouailles piaillantes des forums, la mort du système ne saurait évidemment être que celle du monde.)

À ma gauche (enfin, à ma gauche…), Mister Barack Obama, rictus crispé. À ma droite, the King John Boehner, chef des Républicains, mâchoire serrée de cowboy prêt à en découdre. Derrière eux, des Congressmen déchaînés en train de s’étriper.

La fée Fed s’est chopée la crève

Déjà près de deux semaines que dure l’épique match de catch. 800 000 fonctionnaires en congé sans soldes. Sans compter les “sous-traitants”. Autour des parcs publics fermés pour cause de lock-out budgétaire, les vendeurs de colifichets touristiques doivent se faire un sacré mouron. Mais pas grave, combien vous pariez que cela s’impactera pas les prochains chiffres du chômage américain ?

D’ailleurs regardez, c’est à peine si l’évènement contrarie les places boursières mondiales. Une petite baisse par ci par là pour marquer un peu le coup et puis c’est tout. Les croyants du système sont du genre incrédules. Une catastrophe ? Impossible, ça peut pas nous arriver, la fée Fed veille sur nous.

(En même temps, plus grand monde dans leurs palais Brongniart and co. Suffit de vérifier le niveau minable des échanges quotidiens. La place est abandonnée aux manœuvres à la micro-seconde des ordinateurs.)

La nouvelle chef de la Federal Bank a eu beau déclamer d’entrée qu’elle allait poursuivre le “soutien à la reprise” (c’est dire si celle-ci est anémique), ça commence sérieusement à tousser au sein même de son honorable institution, déchirée entre les partisans mordicus de la planche à billets et les écœurés qui pensent que l’orgie de liquidités (85 milliards jetés par les fenêtres chaque mois) a assez duré.

Ceux qui commencent aussi à devenir sacrément nerveux, ce sont les médias du microcosme. Hého les mecs, arrêtez vos conneries, merde ! Qu’est-ce qui nous a foutu ces clowns enragés du Tea-Party ? Vous voulez flinguer notre belle machine ?

Rire étranglé

Leurs spécialistes en perdent même leur latin — je veux dire les éléments de langage à la mode qui veulent qu’aujourd’hui, bisbilles au Congrès américain ou non, on soit mordicus en période de reprise (même si les plus augustes prédicateurs avouent que celle-ci sera en France quasi nulle au troisième trimestre et de seulement +0,2 % sur l’ensemble de l’année).

À ce propos, avez-vous entendu l’émission économique de France Inter le samedi matin dernier (je vous fais grâce du nom, plus ridicule, tu meurs). Tous les participants essayaient ce matin-là d’y désamorcer l’impact de la crise américaine. Mais l’un d’entre eux a fini par manger le morceau. Je cite à mémoire de pif (pas le courage d’aller vérifier sur podcast) ; :

« N’empêche que si la crise des “shutdown” se prolongeait, ça serait délicat en période de crise… euh, de reprise ! »

Ben oui, mais le problème, c’est que cette tragicomédie, qui se répète maintenant chaque année à Washington, a des conséquences plus graves à chaque répétition. Et que même si Démocrates et Républicains trouvaient une nouvelle fois cet accord inénarrable de dernière minute dont ils ont l’hilarant secret, on n’ose imaginer ce que serait l’épisode suivant.

« Tu devrais pas rigoler comme ça, Yéti, il y a des gens qui souffrent ! »

Oh oui, pardonne-moi, aigrette offusquée, juste un rire nerveux que je n’arrive pas à circ… circron… circonscrire (y a des mots, je vous jure !). Mais enfin, leur “fin du monde”, ho ho ho !

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