Il faut sauver le grand hamster

Ce charmant petit animal est, pour un ensemble de raisons, le mammifère le plus menacé de France. D’ores et déjà, il n’est plus présent que dans une vingtaine de communes d’Alsace. Sommes-nous condamnés à voir les derniers hamsters se replier définitivement de l’autre côté du Rhin ? Peut-être pas, car des associations se mobilisent pour inciter les pouvoirs publics à prendre les mesures qui s’imposent. Soyons les plus nombreux possible à leur apporter notre soutien…

Avant toute chose, rappelons ce qu’est le grand hamster ou hamster d’Europe, appelé parfois « cochon des blés ». De son vrai nom Cricetus cricetus (il constitue la seule espèce de son genre), ce superbe rongeur tricolore dont le pelage comporte en général du blanc, du roux et du noir mesure au maximum 30 cm de longueur, queue comprise, pour un poids maximal de 500 g. Omnivore, ce sympathique animal aux allures de peluche se nourrit principalement de tubercules, de fruits, de vers, de mollusques et d’insectes. Très craintif, il ne sort de son terrier qu’à la nuit tombante, ce qui rend son observation peu aisée. Du milieu de l’automne jusqu’au milieu du printemps il hiberne dans des terriers profonds d’au moins 1,5 m où il a préalablement stocké des réserves de nourriture ; l’été, il préfère un habitat plus proche de la surface (environ 50 cm). Dans la majorité des cas, c’est dans le sous-sol sédimentaire lœssique des plantations céréalières ou fourragères de type légumineuses (trèfle, luzerne, vesces) qu’il aime se réfugier car il y trouve tout à la fois un garde-manger et une protection visuelle contre les prédateurs. Résolument polygame, le grand hamster se reproduit à raison de deux ou trois portées par an.

Menacé dans la plaine d’Alsace par les travaux d’urbanisme et l’évolution de l’activité agricole (plus de maïs, moins de plantes fourragères et de céréales, mais aussi emploi nocif de produits phytosanitaires), le grand hamster a vu son habitat fondre de manière spectaculaire ces dernières années. Saisie par une plainte de l’association Sauvegarde Faune Sauvage fondée sur le non-respect des directives de protection de la faune, la Cour de Justice de l’Union européenne s’est prononcé l’an passé. Le 9 juin 2011, elle condamnait notre pays pour manquement à ses obligations de protection d’une espèce animale protégé. Dans son communiqué, la CJUE constatait notamment : « Il ressort du dossier qu’entre 2001 et 2007, le nombre de terriers du grand hamster (un terrier correspondant à un animal) dans les « zones noyaux » est passé de 1160 à moins de 180 alors que le seuil minimal de viabilité de cette espèce est de 1500, répartis sur une zone de sols favorables de 600 hectares d’un seul tenant. » Des chiffres probablement inférieurs à la réalité, mais néanmoins significatifs du fort recul des populations du grand hamster.

Nuisible en 1937, protégé en 1993

Faute de mesures réellement efficaces, la situation s’est encore dégradée, au grand dam des associations, et en particulier Alsace Nature, France Nature Environnement et la déjà nommée Sauvegarde Faune Sauvage, très impliquées dans la lutte contre l’extinction de ce rongeur dans notre pays. Autre association en pointe : l’APELE de Lingolsheim qui, à la mi-septembre, a tenu un stand sur ce thème dans le cadre du Salon Biobernai centré sur la protection de l’environnement.

Les raisons du recul du grand hamster sont principalement à rechercher dans le manque de fermeté des pouvoirs publics relativement aux préconisations européennes et dans l’hostilité des milieux agricoles dont les cultures ont naguère été localement dévastées par la présence des colonies de hamsters, au point que cet animal a, durant quelques décennies, été considéré comme un nuisible avant de bénéficier, à compter de 1993, d’un classement dans les espèces protégées. Á noter, et ce n’est pas le moindre problème du hamster d’Alsace, que l’on compte également des personnes hostiles parmi les élus locaux, contrariés dans les plans d’aménagement de leur territoire, soit en termes de réalisation, soit en termes d’alourdissement des coûts.

Des élus au nombre desquels ceux qui étaient en pointe pour la réalisation du GCO, autrement dit le « grand contournement ouest » de Strasbourg qui impactait directement l’habitat du grand hamster. Vinci, qui devait construire cet équipement, a jeté l’éponge, non pour des motifs écologiques comme le souhaitaient les associations, mais pour des raisons économiques. Le rongeur y a quand même gagné un sursis.

Dans une mise à jour du 26 septembre 2012 de ses données de synthèse sur la biodiversité, le ministère de l’Ecologie évalue à 19 (contre 31 en 2007) le nombre de communes alsaciennes où le grand hamster, alias le « cochon de Strasbourg », est encore présent alors que son aire d’habitat avait atteint 380 communes au cours du 20e siècle. Quant au nombre des animaux, il varie, selon les sources, entre 400 et 450 alors que l’on parlait encore de 680 hamsters en 2009, principalement observables sur les sites de Geispolsheim et Obernai.  

Pour en savoir plus sur le grand hamster et les menaces qui pèsent sur sa survie en Alsace, lire l’excellent article publié par Lucas Ferrari le 30 mars 2010 sur le site Éco Révolution. Voir également le non moins excellent reportage d’Alsace 20 réalisé en 2009 ainsi que le récent (13 septembre) reportage réalisé par France 3 Alsace. Au delà des mesures d’ores et déjà actées pour limiter l’impact des grands travaux sur le biotope du grand hamster, il y est question de la sanctuarisation de 9000 ha de cultures agricoles compatibles avec le mode de vie du rongeur menacé. Cela sera-t-il suffisant pour permettre à cet habitant de nos campagnes venu des lointaines steppes de l’Est de se maintenir en Alsace ? Espérons-le, mais cela implique que chacun comprenne que la cote d’alerte étant déjà franchie depuis longtemps, seule une mobilisation de tous permettra d’éviter l’extinction de l’espèce dans notre pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *