Inégalités sociales: exacerbées par la planche à billets?

 

MICHEL SANTI:

Les actions de la Réserve fédérale US, de la Banque d’Angleterre et de la Banque du Japon destinées à relancer les économies de leurs pays respectifs contribuent-elles à accroître les inégalités ? Ces interventions déterminées consistant à inonder leur système de liquidités crées à la faveur de leur planche à billets ont-elles pour effet collatéral d’enrichir davantage les riches tandis que les pauvres et que la classe moyenne subissent toujours la récession ? De fait, les inégalités, comme les écarts sur le plan des revenus et de la fortune, se sont accentués depuis le déclenchement de la crise, c’est-à-dire depuis 2007.

C’est ainsi qu’une étude conduite par l’économiste Emmanuel Saez de Berkeley a constaté que seul l’extrême sommet de la pyramide de la richesse – soit 1% de la population US – avait bénéficié de la reprise économique américaine entre 2009 et 2011. Les revenus de cette élite a ainsi progressé de 11.2% sur cette période et, ce, pendant que le revenu des 99% restants s’était affaissé de 0.4%. Le schéma est similaire dès lors que l’on étudie l’évolution de la fortune des privés aux Etats-Unis, puisque le Pew Research Center a pour sa part conclu que les 7% les plus riches avaient pu gonfler leur fortune de 28% entre 2009 et 2011…Pendant que les 93% restants s’étaient appauvris de 4% !

Comment comprendre et expliquer cette explosion des inégalités alors que l’objectif des baisses de taux quantitatives est d’assouplir encore et toujours la politique monétaire, c’est-à-dire de permettre précisément aux ménages et aux entreprises d’accéder plus facilement au crédit ? A travers ses injections mensuelles de 85 milliards de dollars – dont pas moins de 40 milliards sont ouvertement destinés à racheter des obligations et des titres hypothécaires -, la Fed ne tente-t-elle pas en effet de soutenir massivement son marché immobilier ? Et, de fait, sa politique n’est-elle pas couronnée de succès puisque l’indice S&P/Case-Shiller jaugeant le marché immobilier est en progression permanente (+ 12% environ) depuis le début de l’année 2012, sachant que certains Etats comme la Floride ont bénéficié d’une flambée de leur marché immobilier de plus de 30% ? La crise ayant démarré avec les subprimes dès 2007, la reprise du marché immobilier est donc déterminante pour l’ensemble de l’économie du point de vue de la Fed, lequel se défend et se comprend tout à fait.

Pourtant, l’effondrement des taux hypothécaires américains et des prix immobiliers aura tout au plus permis aux riches d’emprunter moins cher et d’acheter moins cher, c’est-à-dire de s’enrichir davantage. Neuf mois après le lancement du programme QE 4 de la Réserve fédérale (consistant à injecter 85 milliards tous les mois), et cinq ans après le premier programme de création monétaire lancé à l’automne 2008, les marchés boursiers et immobiliers se sont considérablement appréciés dans les pays qui se sont lancés dans l’aventure inédite des baisses de taux quantitatives. Avec des retombées incontestablement positives…pour les riches.

Autrement dit, pour ceux dont les liquidités ont permis de rafler des actifs et des titres à bon prix, comme pour la classe aisée qui a pu se refinancer à des taux toujours plus avantageux. Car en effet, les banques – dont les standards en matière de crédits sont devenus très stricts – ne prêtent qu’aux riches et, ce, en dépit de taux d’intérêts à des niveaux ridiculement bas. C’est donc le sommet de la pyramide des revenus et de la fortune qui bénéficie de ce coût du crédit à des taux historiquement bas. Seuls en effet des personnages comme Mark Zuckerberg peuvent de nos jours financer leur bien immobilier à 1.05% …

Dans le même ordre d’idées, 10% des familles les plus fortunées aux Etats-Unis sont investies à hauteur de 81% en actions, selon étude de l’Université de New York. Et sont donc à même de profiter pleinement de la hausse spectaculaire des bourses propulsées par les interventions des banques centrales. Alors que cette même étude dévoile que les familles les moins aisées aux Etats-Unis n’investissent que 3.8% de leurs avoirs en actions… Les craintes intuitives se confirment donc puisque cette embellie conjoncturelle ne concerne qu’une infime minorité qui consolide davantage son emprise et sa richesse.

Les détenteurs de biens immobiliers et ceux qui sont engagés sur les marchés financiers utilisent donc ces baisses de taux quantitatives comme levier ou rampe de lancement pour achever d’opérer à leur seul avantage une redistribution agressive, laissant sur le carreau une proportion immense de leurs concitoyens. Les banques centrales seraient-elles donc aujourd’hui devenues le vecteur des inégalités ? Oui, si l’on en croit Donald Trump – pourtant fort peu suspect d’altruisme – et qui a déclaré la semaine passée sur la chaîne CNBC que « des gens comme moi en bénéficient » (« People like me will benefit from this ») !

A quoi sert de contribuer à doubler les valorisations boursières si l’écrasante majorité de la population ne se sent pas – et n’est pas – concernée ? Nos banques centrales sont-elles seulement conscientes que leurs baisses de taux quantitatives (dont je partage la légitimité et l’opportunité) créent néanmoins une reprise à deux vitesses – voire une créature économique hybride – où l’extrême richesse côtoie un océan de précarité ? Que faut-il donc pour nos banques centrales s’intéressent enfin aux pauvres?

Une pensée sur “Inégalités sociales: exacerbées par la planche à billets?

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    27 juillet 2013 à 9 09 16 07167
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    Ils ne savent pas ce qu’ils disent ni se qu’ils font, point final.

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