Islamophobie : la réplique cinglante des intellectuels musulmans

LE YETI :

Et si “l’esprit du 11 janvier”, brandi au nom d’une liberté d’expression à sens unique, avait surtout libérée une islamophobie franchouillarde malsaine ? Des intellectuels musulmans s’en insurgent et renvoient de nous un reflet bien loin de l’image idyllique que nous avons de nous-mêmes.

Tariq Ramadan« J’accuse… et je prends date », clame Tariq Ramadan[1] , universitaire (suisse !) dont certains journalistes mainstream occidentaux dénoncent régulièrement le “double discours” sans jamais étayer leurs accusations, à l’instar d’une Caroline Fourest, pasionaria prompte à voir des islamistes-complotistes partout, qui fit longtemps de Tariq Ramadan sa cible privilégiée avant de s’y casser les dents.

Tariq Ramadan condamne l’ostracisme dont ont été victimes les intellectuels de son origine et de sa culture après les événements de Charlie de la part de médias réservant leurs plateaux et leurs micros aux seuls “Je suis Charlie” estampillés, exigeant de leurs rares invités musulmans qu’ils se justifient et « présentent patte blanche avec le faciès autant qu’avec l’esprit ».

« J’accuse aujourd’hui la grande majorité d’entre vous de manquer de déontologie, de professionnalisme, de liberté et de courage. Et je prends date car l’Histoire sera plus forte que vos présentes trahisons à ces belles valeurs que vous affirmez défendre. »

“Je suis blanc et j’emmerde les bougnoules”

Samir AminSelon Samir Amin, philosophe, économiste, directeur du Forum du Tiers Monde de Dakar, les actes des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly étaient odieux, « mais la faute est à la France et aux États-Unis »[2] qui soutiennent sans honte les régimes obscurantistes d’Arabie Saoudite, du Qatar et des pays du Golfe, qui ont été détrôner au Moyen-Orient les seuls chefs d’État, de Saddam Hussein à Kadhafi, aujourd’hui le Syrien Assad, qui faisaient rempart à l’expansionnisme islamiste (mais aussi aux appétits des grandes compagnies pétrolières occidentales).

« La France a une responsabilité de plus : avoir soutenu les islamistes en Algérie, en les présentant comme des victimes de la dictature de l’armée. Une partie de ces islamistes s’est réfugiée en Arabie Saoudite mais aussi en Europe : en Grande-Bretagne encore plus qu’en France. »

asterix-moi-aussi-je-suis-un-charlie.jpgPour Faysal Riad, chroniqueur sur le site “Les Mots sont importants”, le pompon de l’islamophobie primaire est résumé dans le dessin qu’Albert Uderzo consacra au drame[3]  : un Astérix vengeur et bien de chez nous envoyant au tapis un possesseur de babouches, ce modeste accoutrement étant de fait assimilé aussi bien à “l’arabe” qu’au “terroriste”, sinon à un “envahisseur” puisque les babouches remplacent au pied levé la paire de sandales de l’envahisseur romain.

« Dès lors, le “Je suis un Charlie” signifie bien “Je suis un Français” un “blanc”, ce qui n’a rien de honteux en soi naturellement, mais quand c’est un blanc cognant joyeusement sur un porteur de babouches, assimilé implicitement à un envahisseur, alors “Je suis un Charlie” signifie : “Je suis blanc et j’emmerde les bougnoules”. »

Le réquisitoire du docteur Abdel-Rahmène Azzouzi

Abdel-Rahmène Azzouzi

La gifle la plus cinglante fut sans doute cette lettre ouverte du docteur Abdel-Rahmène Azzouzi, « Devrais-je faire semblant ? », adressée à ses « chers collègues et amis » du Conseil municipal d’Angers[4] . Par ailleurs urologue et chef de service au CHU d’Angers, le futur ex-élu socialiste de la ville (depuis 2008) dresse un réquisitoire impitoyable des faux-semblants qui justifient sa décision de démissionner.

Le texte, au scalpel, fustige l’absence de réaction des élus « alors que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent », leur mutisme face à l’inculpation d’enfants de 8 et 10 ans, leur « adhésion religieuse à une laïcité qui est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France », leur façon de détourner le regard alors que se multiplient les tracasseries humiliantes à l’égard de la communauté musulmane, leur manque flagrant de volonté pour accorder aux minorités étrangères le droit de vote qu’ils leur avaient promis.

« Insidieusement, la France est probablement devenue la nation démocratique la plus islamophobe du monde et vous, élus du peuple de France, vous en portez, que vous le vouliez ou non, que vous en soyez conscients ou inconscients, une part de responsabilité. Parce que vous avez trop longtemps détourné le regard, des millions de Français de confession musulmane vivent quotidiennement dans le malaise et l’incertitude. »

Face à cette lâcheté ordinaire, à cette capitulation d’élus d’une République qui ne mérite plus son nom, devant la politique de bouc-émissaire menée par le camp triomphant de ceux qu’il appelle les « éradicateurs », le docteur Abdel-Rahmène Azzouzi préfère jeter l’éponge et aller cultiver son jardin en attendant que passe ce vent mauvais qui rappelle de bien sinistres épisodes de notre histoire.

« Aussi petite fut ma contribution, mon retrait n’est pas une défaite pour moi, mais pour vous. À présent, je m’en lave les mains et après toutes ces années de luttes et d’avertissements sans succès, je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. Fraternellement. »

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