L’ abolition: de la marchandise, de l’argent, de l’échange, du salariat sous le communisme.

Camarades
Voici un extrait d’ une étude plus importante sur « l’ équivalent universel »  comme contribution aux débats SUR L’abolition de la marchandise, de l’argent , de l’échange, du salariat, sous le communisme.

Plan

Avant propos

La transition de l’ économie capitaliste au communisme.

1- Le communisme inférieur ou socialisme
a)Les bons du travail en question (Origine de l’ idée des bons du travail ou bons horaires.)
b)Les conditions économiques justifiant les bons horaires
c) la distinction entre le bon de travail et l’ argent selon J.Camatte.
2- Le communisme intégral ou supérieur
a)La suppression de l’ argent
b)La répartition sous le communisme intégral
c)la répartition selon le GIK
3-l’homme ne sera plus la carcasse du temps
a) L’heure sociale moyenne de travail chez Marx et Engels.
4-Les expériences communautaires et monnaie locale , sous le règne du capital en crise.
a) La résurgence des monnaies locales durant la crise des années 1930
b)Les expériences de troc en Argentine (2002)
5- qui dirige l’ état ou l’ association des producteurs libres ?
a) texte du GIK

Annexe I– expérience de suppression de l’ argent par les bolchéviques
L’IDÉAL BOLCHEVIK : DISTRIBUTION EN  » NATURE  » DES MOYENS DE PRODUCTION ET DES BIENS DE CONSOMMATION ( selon le GIK)
Annexe II

Annexe III

 

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Avant propos

Pour traiter de ce sujet, nous allons nous appuyer de manière critique sur l’ important document du GIK ( Groupe des communistes internationaux) « Principes fondamentaux de production et de répartition communiste » publié à Berlin en 1930. Ce document est l’ une des contributions critique des plus sérieuse du «  communisme d’ état » en fait du Capitalisme d’ état de cette période. Enfin nous mettrons en exergue les positions de K. Marx sur le capital argent en se référant , bien sur au programme de Gotha, mais aussi aux Grundrisses, qui n’ étaient pas connus ni de Hilferding , ni du GIK.

Le GIK fait remarquer à juste raison que:«  Marx ne donne que quelques indications sur les lois économiques qui doivent régner dans la nouvelle société, en fait, il donne seulement des directions dans lesquelles il faut s’engager pour les découvrir. De ce point de vue, le plus important de ses écrits est les Gloses marginales.1* » ( GIK chap II)
Ce qu’il faut résoudre pour poser les fondements de la société communiste, ce n’ est pas seulement la suppression de la propriété privés des moyen de production, dans une certaine mesure la société anonyme SA est déjà une abolition de cette propriété au profit d’ un capitalisme collectif ou capitalisme d’ état que l’on veut nous faire passer pour du communisme, pour Marx il est clair que:

 » Dans la répartition socialisée le capital argent disparaît. La société répartit la force de travail et les moyens de production dans les différentes branches de l’économie. Le cas échéant les producteurs pourraient recevoir des bons en papier, leur permettant de prélever sur les réserves sociales destinées à la consommation des quantités correspondante à leur force de travail. Ces bons ne sont pas de l’argent ; ils ne circulent pas.  » (Le Capital, t. I,  » Économie « , p. 883,  » Pléiade « )

Le communisme et son programme essentiellement abolitionniste2 se donne entre autre comme objectif ,la suppression de l’ argent, et c’est sur cette suppression que tous les mouvements de libération sociale échouèrent. Nous pouvons mettre l’ échec soviétique sur le dos d’une révolution internationale inachevée et qui de ce fait supposait encore l’ échange avec le monde capitaliste ( la coexistence pacifique) mais cet argument est bien trop simpliste et ne résout pas la question de fond : comment supprimer l’ argent.

Dés lors que la révolution sociale s’ accomplie, elle se trouvera contrainte de faire valoir la répartition des produits en remplacement de l’ échange qui lui suppose un propriétaire. La marchandise disparaît, puisque le marché n’ existe plus, seule la répartition de la production mondiale devrait se faire selon des normes à établir.

Dans un premier temps il y a selon les principes du communisme suppression de la propriété des moyens de production des mains des capitalistes et appropriation collective de ceux-ci. Dans appropriation, il y a le passage d’ une propriété à une autre, cette autre est collective cette collectivité se fait sur quelle base ( Nationale, régionale, départementale, communale, par entreprise ?) ou par une savante articulation entre toutes ces catégories ? Le but étant, d’ empêcher un retour d’ un pouvoir politique au sens de l’ Etat. Mais il restera un pouvoir économique celui de qui décidera de la répartition et comment; en fait un pouvoir de décision.

Pour contourner cette question de pouvoir économique sur la répartition, Marx s’ est hasardé à proposer les bons de travail en papier, a priori pas beaucoup de différence avec les billets de banque, sauf qu’il ajoute « ils ne circulent pas » s’ ils ne circulent pas comment se fait l’ échange/ répartition sous le socialisme ? Nous verrons plus loin comment le pouvoir soviétique tenta de supprimer l’ argent.

Dans la période du communisme inférieur, on suppose alors l’utilisation des « grandes surfaces » réparties sur toute la planète ou en échange de bons du travail chacun recevrait des produits dans le pur respect de « à chacun selon son travail » Voici comment dans l’ ABC du communisme N. Boukharine et E.Préobrajenski voyaient la suppression de l’ argent «Mais le coup décisif sera porté à l’ argent par l’ introduction de carnet de travail et par le paiement des travailleurs au moyen de produits. Sur la carte de travail l’ ouvrier sera inscrit tout ce qu’il produit, c’ est-à-dire ce que l’ état lui doit. D’ après cette carte,le travailleur sera autorisé à prendre tout ce dont il a besoin dans les magasins de ravitaillement. Avec ce système, celui qui ne fera rien ne pourra rien avoir avec de l’ argent. »( ed. Maspero p. 154
Ce qui déjà suppose que la société puisse donner du travail à tous, en attendant de passer au stade « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins »  stade de l’ abondance et du communisme intégral.

 

La transition de l’ économie capitaliste au communisme.

L’ utilisation d’ une phase de transition plus ou moins longue, vers le communisme intégral, dépend étroitement de l’ état des forces productives au moment de la révolution . Il s’ agit de savoir si les forces productives nous contraignent à envisager une transition nécessitant la mise en place de bons du travail pour la répartition des objets de consommation.

1- Le communisme inférieur ou socialisme

a)Les bons du travail en question (Origine de l’ idée des bons du travail ou bons horaires.)
Il me faut attirer votre attention sur la question des bons horaires, qui selon les préceptes de K Marx étaient une manière de comptabiliser le temps de travail comme unité de mesure, et correspondait à une période de transition, celle de « chacun selon son travail » vers le communisme intégral selon la formule « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

Selon K. Marx, John Gray3 , fut le premier à développer de manière systématique, la théorie du temps de travail pris comme unité de mesure de la monnaie. Ce que Marx, trouve d’ intéressant chez J. Gray , c’ est que celui-ci veut prendre le temps de travail comme mesure de la monnaie, mais il n’ en reste pas moins très critique sur la manière utopique de Gray d’ envisager sa réforme.

« Ce qui reste caché dans l’œuvre de Gray et que notamment lui-même ne voit pas, à savoir que la monnaie-travail est un mot creux à résonance économique qui traduit le pieux désir de se débarrasser de l’argent, avec l’argent, de la valeur d’échange, avec la valeur d’échange, de la marchandise, et avec la marchandise, de la forme bourgeoise de la production, quelques socialistes anglais qui ont écrit soit avant, soit après Gray  le proclament sans ambages. Mais il était réservé à M. Proudhon et à son école de prôner très sérieusement la dégradation de l’argent et l’apothéose de la marchandise comme étant l’essence même du socialisme et de réduire ainsi le socialisme à une méconnaissance élémentaire de la nécessaire connexion entre la marchandise et l’argent  4. »

« Toute marchandise est immédiatement monnaie. Telle était la théorie de Gray, déduite de son analyse incomplète, partant fausse, de la marchandise. La construction “ organique ” de “ monnaie-travail ” et de “ banque nationale ” et “ d’entrepôts de marchandises ” n’est qu’une chimère où l’on veut donner l’illusion que le dogme est une loi régissant l’univers. Pour que le dogme suivant lequel la marchandise est immédiatement monnaie ou le travail particulier de l’individu privé qu’elle contient est immédiatement travail social, devienne vérité, il ne suffit naturellement pas qu’une banque y croie et y conforme ses opérations. Au contraire, la banqueroute se chargerait en pareil cas d’en faire la critique pratique. » (extrait de Misére de la philosophie mais aussi figure page 55 dans la Contribution a la critique de l’ économie politique ed. sociale)

À première vue, on pourrait penser que Marx fait ici une critique des bons du travail et de la banque comme entrepôt. Sa critique concerne simplement le fait que Gray, veut supprimer l’ argent en conservant la marchandise . Marx fait toujours une importante distinction entre le produit et la marchandise ( qui suppose le marché et l’ argent).
Comment procède GRAY

«  Il fait certifier, par une banque centrale nationale agissant par l’entreprise de ses succursales, le temps de travail employé pour produire les différentes marchandises. En échange de la marchandise, le producteur reçoit un certificat officiel de sa valeur, c’est-à-dire un reçu pour autant de temps de travail que sa marchandise en contient et ces billets de banque de 1 semaine de travail, 1 journée de travail, 1 heure de travail, etc., servent en même temps de bons pour l’équivalent en toutes autres marchandises emmagasinées dans les docks de la banque. C’est là le principe fondamental, dont tous les détails d’application sont soigneusement étudiés en s’appuyant toujours sur des institutions anglaises existantes. »(extrait de Misère de la philosophie mais aussi figure page 55 dans la Contribution a la critique de l’ économie politique ed. sociale).

Cette idée d’ une banque faisant office de répartition sociale des biens produits, nous la trouvons aussi chez Saint Simon et Proudhon avec sa banque du peuple.
Voir Hilferding

Les conditions économiques justifiant les bons horaires
Si du fait de révolutions, de guerres, et autres catastrophes, le niveau des forces productives recule , il est bien évident que la répartition ne pourra alors s’opérer qu’ en fonction du slogan « a chacun selon son  travail » , c’ est comme cela que de Marx à Boukarine on envisageait la période de transition sous le règne de la nécessité, avec cet horrible slogan « qui ne travail pas ne mange pas » citons Marx:

« Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste; une société par conséquent, qui, sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel, porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue. Le producteur reçoit donc individuellement – les défalcations une fois faites – l’équivalent exact de ce qu’il a donné à la société. Ce qu’il lui a donné, c’est son quantum individuel de travail. Par exemple, la journée sociale de travail représente la somme des heures de travail individuel; le temps de travail individuel de chaque producteur est la portion qu’il a fournie de la journée sociale de travail, la part qu’il y a prise. Il reçoit de la société un bon constatant qu’il a fourni tant de travail (défalcation faite du travail effectué pour les fonds collectifs) et, avec ce bon, il retire des stocks sociaux d’objets de consommation autant que coûte une quantité égale de son travail. Le même quantum de travail qu’il a fourni à la société sous une forme, il le reçoit d’elle, en retour, sous une autre forme.5  » (Critique du programme de Gotha, ed. Sociale, p.30).

Nous verrons plus loin que Marx tient à se distinguer de l’ idée des bons du travail de Gray, Owen et Proudhon. Mais revenons au bons horaires de Marx ceux dont il dit qu’ils «  ne sont pas de l’argent ; ils ne circulent pas ».
A ce niveau deux questions vont surgir qui m’ échappent pas a J. Camatte ( un familier de A. Bordiga). Une juridique: 1a question du droit égal, et une économique: 1a question de l’échange.

a) Le droit égal.
Avec plus de détermination que celle qui s’opère dans la dictature du prolétariat, le bon de travail implique encore une médiation entre l’individu et la société. Le travail et non plus le capital est la présupposition. Le bon de travail est la reconnaissance de la participation à la vie sociale. Ιl dérive d’un partage mais celui-ci est secondaire, lié au caractère limité de la production. Ce n’est pas un avoir qui présuppose, mais un acte; une manifestation. De l’accomplissement de cet acte découle l’obtention d’un certain nombre de produits. Le droit égal dérive d’une participation égale.

Ι1 semble que le socialisme inférieur ne soit donc que la réalisation de la démocratie. En effet, telle est l’apparence. Mais c’est une réalisation qui dans tous les cas ne serait que transitoire; elle découle d’une limitation imposée par la faiblesse du développement des forces productives et de la conscience des producteurs.

C’est une étape qu’il faut franchir. Sa disparition est liée au dépérissement de l’État prolétarien: Car, qui peut faire respecter ce droit égal, sinon lui? Dans le communisme pleinement développé, il n’y aura plus de droit, ni de problème de répartition, de partage. Les Sociaux-démocrates aux nuances diverses ont insisté sur un stade du mouvement et l’ont fixé comme but, alors que celui-ci est bien au-delà d’une telle société étriquée 6.

Mais cette mesure égalitaire tire son importance non de son contenu immédiat, mais du résultat qu’elle doit permettre d’atteindre: la destruction de la concurrence entre les hommes. Nous avons déjà fait allusion à cette question lors de l’étude de la dictature du prolétariat. Ici, elle revêt une dimension exceptionnelle parce que sont réalisées les conditions de sa réalisation. Or la disparition de cette concurrence est la base même de l’unification véritable de l’espèce, laquelle est incompatible avec la démocratie que ne peut fleurir que sur sa division, étant donné que même sous sa forme la plus éthérée, elle n’est qu’une conciliation de contraires.

b) L’échange.
K. Marx écrit après la citation reportée plus haut: « C’est manifestement ici le même principe que celui qui règle l’échange des marchandises pour autant qu’il est échange de valeurs égales. Le fond et la forme différent, parce que les conditions étant différentes, nul ne peut rien fournir d’autre que son travail et que, par ailleurs, rien ne peut entrer dans la propriété de l’individu que des objets de consommation individuelle ». (Critique du Programme de Gotha, p. 24). Ι1 est donc nécessaire d’analyser de plus près le rapport entre bon de travail et quantité de produits, non pas de façon figée, c’est-à-dire en le considérant comme une donnée immuable, valable sous cette forme pour toute une phase de la vie de l’humanité, mais dans son devenir. » (Capital et Gemeinwesen ed. SPARTACUS,p.209-210)

Plus loin J. Camatte indique comment s’opère la transition
« En effet, au fur et à mesure de l’augmentation de la production, pour un même quantum de travail, l’individu pourra recevoir une quantité plus grande du produit social – caractère distinctif d’avec le salaire – jusqu’au moment où, par suite de l’abondance, le bon de travail n’a plus de raison d’être. »

J. Camatte il me semble recadre bien le débat, et l’ on peut aussi s’ interroger à partir de l’ expérience allemande des “ warâ ” qui ne circulaient pas, de la lutte menée en Chine par la bande des
quatres contre le droit bourgeois, la liquidation de la monnaie par les khmers rouges .

c) la distinction entre le bon de travail et l’ argent selon J. Camatte.

Ιl permet une seule transaction.
« Ces bons ne sont pas de l’argent, ils ne circulent pas ». (Livre Il, t. 5, p. 14). Ainsi la relation que nous avons écrite entre le bon de travail et la quantité de produits à laquelle il donne droit n’est qu’en apparence forme simple de la valeur. Le bon permet un échange et un seul. La forme développée de 1a valeur est bien détruite. Mais K. Marx a démontré que la forme simple de la valeur contenait tout le développement ultérieur de celle-ci. Ι1 est donc évident qu’il faille la détruire aussi pour que le capital ne puisse pas réapparaître. Cela veut dire aussi que même la ressemblance avec cette forme simple doit disparaître. Or, le bon n’est pas accumulable, de ce fait aucun mouvement de valeur ne peut se faire à partir de lui. D’autre part, nous l’avons vu, le capitalisme n’a pu apparaître que dans une société ou un certain quantum de valeur devenu autonome s’était accumulé; quantum capable d’acheter, de se soumettre la force de travail afin de permettre la réalisation du procès de valorisation qui est celui du capital.

Le bon de travail est valable pour une certaine période. À la fin de celle-ci, s’il n’est pas consommé, il est perdu. Ainsi aucune puissance monopolisatrice ne peut apparaître dans la société. Puissance qui en s’assujettissant d’abord une certaine quantité de produits pourrait ensuite s’emparer des moyens de production et restaurer le capitalisme. »
Ce dernier passage est à rapprocher , pour notre débat du bon d’échange, le “ warâ ” lors de la crise de 1929 en Allemagne. Le warâ valait un mark mais il perdait 1 % de sa valeur par mois afin d’inciter son possesseur à l’échanger rapidement contre un bien ou un service et à en accroître ainsi la vélocité. 50.000 warâs furent prêtés au propriétaire d’une mine de charbon locale, H.Hebecker, qui, de la sorte, put continuer ses activités et payer les mineurs.
Aux observations de Camatte, je vais ajouter celle concernant le « droit bourgeois » sur lequel Marx va fortement insister dans la critique du programme de Gotha

« Le droit égal est donc toujours ici dans son principe… le droit bourgeois, bien que principe et pratique ne s’y prennent plus aux cheveux, tandis qu’aujourd’hui l’échange d’équivalents n’existe pour les marchandises qu’en moyenne et non dans le cas individuel.

En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni; l’égalité consiste ici dans l’emploi comme unité de mesure commune.
Mais un individu l’emporte physiquement ou moralement sur un autre, il fournit donc dans le même temps plus de travail ou peut travailler plus de temps; et pour que le travail puisse servir de mesure, il faut déterminer sa durée ou son intensité, sinon il cesserait d’être unité. Ce droit égal est un droit inégal pour un travail inégal. Il ne reconnaît aucune distinction de classe, parce que tout homme n’est qu’un travailleur comme un autre; mais il reconnaît tacitement l’inégalité des dons individuels et, par suite, de la capacité de rendement comme des privilèges naturels. C’est donc, dans sa teneur, un droit fondé sur l’inégalité, comme tout droit. Le droit par sa nature ne peut consister que dans l’emploi d’une même unité de mesure; mais les individus inégaux (et ce ne seraient pas des individus distincts, s’ils n’étaient pas inégaux) ne sont mesurables d’après une unité commune qu’autant qu’on les considère d’un même point de vue, qu’on ne les saisit que sous un aspect déterminé; par exemple, dans le cas présent, qu’on ne les considère que comme travailleurs et rien de plus, et que l’on fait abstraction de tout le reste. D’autre part : un ouvrier est marié, l’autre non; l’un a plus d’enfants que l’autre, etc., etc. A égalité de travail et par conséquent, à égalité de participation au fonds social de consommation, l’un reçoit donc effectivement plus que l’autre, l’un est plus riche que l’autre, etc. Pour éviter tous ces inconvénients, le droit devrait être non pas égal, mais inégal.

Mais ces défauts sont inévitables dans la première phase de la société communiste, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste, après un long et douloureux enfantement. Le droit ne peut jamais être plus élevé que l’état économique de la société et que le degré de civilisation qui y correspond. »
Cette question du droit inégal, s’est d’ ailleurs posée lors de la réformes des retraites, ou il fut question de reconnaître la pénibilité, pour partir en retraite quelques années avant les autres.

3 )Le communisme intégral ou supérieur

Nous venons de voir, qu’une période de transition du communisme inférieur au supérieur dépend étroitement de l’ état des forces productives. Nous pouvons, je pense ,considérer que celle ci sont amplement développées dans notre monde actuel pour que la période de transition soit très brève.
C ‘est l’ idée que défend Jean Barrot dans son Livre le mouvement communiste ed. Champ Libre p;93 à 116 il considére deux programmes celui du temps de Marx et celui de notre époque, qui peut se résumer par la période de transition nécessaire , manque de force productive automatique et maintenant règne du travail mort ou capital fixe = passage très rapide au communisme.

Ce qui veut dire, que tous les préceptes théoriques du communisme supérieur peuvent s’ appliquer . Dans ce cas nous nous trouvons dans le mouvement prôné par les « communisateurs » pas de période de transition, mais passage immédiat au communisme supérieur. C ‘est la il me semble que le débat peut s’ engager, en tenant compte des expériences déjà menées et en n’ ayant pas peur d’ être critique même vis à vis de Marx lui même, le grand penseur disait «  en tous les cas je doute » au sens ou « nous ne sommes pas marxistes ».

Si nous nous appuyons, sur l’ expérience historique des tentatives visant une société communiste , nous sommes contraints de nous rendre compte que celles ci ont été de courte durée. L’expérience de la révolution russe est la plus riche à ce niveau. Force est de constater, que les forces révolutionnaires, n’ ont jamais dépassées le stade du socialisme ( communisme inférieur) d’ une part parce que l’ expérience se pratiquait dans un pays ou l’ essor du capitalisme était récent, la guerre et la révolution ayant anéanti les forces productives de la Russie, l’ idée de sauter l’ étape du capitalisme pour passer au communisme , va se transformer en « communisme de guerre » en NEP avec le taylorisme en « capitaliste enrichissez vous »…La période de transition se figea rapidement en capitalisme d’ état comme stade suprême du mensonge socialiste , le communisme du bolchévisme était devenu un communisme de caserne.

La suppression de l’ argent
A la suppression du travail salarié, doit nécessairement correspondre la suppression de l’ argent. Mais si l’ argent est remplacé par le bon du travail et que le travail devient inessentiel, il n’ y a plus qu’une question de répartition en fonction des besoins. Mais qui va déterminer les besoins de chacun ?
Déjà les capacités productives, mais ensuite nous n’ avons pas tous les mêmes besoins les mêmes goûts, de ce fait il y a forcément une sorte d’ anarchie de la consommation, celle ci pouvant varier selon de multiples critères.
En 1930, il n’ y avait pas de solution à ce problème, et le socialisme ne pouvait que s’ appuyer sur une standardisation du niveau de vie ( un toit, la santé, s’ habiller, s’ alimenter avec des loisirs simples) pour planifier la production en fonction d’ une consommation de produits de premières nécessité . Mais depuis les forces productives et la RTS (révolution technique et scientifique) nous permettent d’ envisager le passage au communisme en n’ ayant plus besoin d’ une armée de fonctionnaires pour s’ occuper de la comptabilité. Nous voyons aussi qu’ avec le système du flux tendu, le capital à résolu le problème de l’ anarchie de la production mieux que l’ URSS, il n’ a que de faible stock et adapte en permanence la production à la consommation. Sous le socialisme ce système, pourra élargir le champ de la satisfaction des besoins et donc gérer une bonne partie de l’ anarchie de la consommation.

La répartition sous le communisme intégral

Voici déjà comment Marx envisageait la question:

« À toute époque, la répartition des objets de consommation n’est que la conséquence de la manière dont sont distribués les conditions de la production elle-même. Cette distribution est un caractère du mode de production lui-même. Le mode de production capitaliste, par exemple, consiste en ceci que les conditions matérielles de propriété sont attribuées aux non-travailleurs sous forme de propriété capitaliste et de propriété foncière tandis que la masse ne possède que les conditions personnelles de production: la force de travail. Si les éléments de la production sont distribués de la sorte, la répartition actuelle des objets de consommation s’ensuit d’elle-même. Que les conditions matérielles de la production soient la propriété collective des travailleurs eux-mêmes, une répartition des objets de consommation différente de celle d’aujourd’hui s’ensuivra pareillement ». (Critique au Programme de Gotha, pp. 25-26). [10]

Dans ce passage nous retrouvons deux questions, celle du droit bourgeois c’ est-à-dire de l’ égalité juridique et non réelle, que le communisme se propose de dépasser par l’ abolition de la démocratie ( en fait sa réalisation).L’ autre envisage une autre répartition du travail collectif.

Si du fait de la révolution, de guerres et autres catastrophes le niveau des forces productives recul , il est bien évident que la répartition ne pourra alors s’opérer qu’ en fonction du slogan « a chacun selon son » travail , c’ est comme cela que de Marx à Boukarine on envisageait la période de transition, avec ses bons horaires. Mais le problème devient tout autre « si l’ on suppose réalisées les conditions dans lesquelles le prix des marchandises est égal à la valeur d’ échange ; si l’ offre correspond à la demande, la production à la consommation, et en dernier ressort si la production est proportionnée (25) (les prétendus rapports de distributions étant eux-mèmes des rapport de productions),-le problème monétaire devient tout a fait secondaire, et, en particulier, la question de savoir s’il faut émettre des tickets bleus ou vert, de tôle ou de papier, ou s’il faut tenir la comptabilité sociale sous telle ou telle forme. Il est alors inepte de continuer à prétexter qu’il faut entreprendre des recherches sur les rapports monétaires réels. » ( question des bons horaires de travail, K.Marx Grundrisse , chap. De l’ Argent, ed. 10/18.)

La question qui fut alors posée, était celle de savoir si sous le communisme, il devait y avoir une comptabilité basée sur l’ unité de mesure qu’ est le temps de travail horaire moyen, voir plus loin chap 3

la répartition selon le GIK.

Le GIK ne reconnaitra l’ unité comptable en heure de travail social moyen comme base de la production communiste , mais récuse qu’ elle puisse servir de base pour la distribution. La raison en est que le GIK n ‘est pas d’ accord pour procéder à une répartition inégalitaire des produits, voici son argumentaire. Ce que le GIK considère comme inégalitaire Marx le considère à l’ inverse comme égalitaire.

« Nous constatons donc que l’on tient ici pour juste, en principe, de rétribuer différemment les divers travaux, voire même les différences entre individus effectuant un travail de même nature. Mais cela veut tout simplement dire que, dans une telle société, la lutte pour de meilleures conditions de travail ne cesse pas, que la répartition du produit social reste une répartition antagoniste et que, enfin, la lutte pour la répartition des produits continue. Cette lutte est une lutte pour le pouvoir et devra être menée en tant que telle. Pourrait-il démontrer plus clairement que ces socialistes ne peuvent envisager une société où les masses travailleuses cesseraient d’être dominées ? C’est que pour eux les hommes sont transformés en objets des objets qui ne sont rien de plus que des rouages de l’appareil de production. Il appartient aux physiologistes de la nutrition de calculer la quantité de moyens d’existence (le minimum vital) qu’il faut fournir à ce matériel humain, pour avoir à disposition une force de travail renouvelée. La classe ouvrière doit donc lutter avec la plus grande énergie contre une telle conception et revendiquer pour tous la même part de la richesse sociale. » (Le GIK Chapitre 3 LE PROCÈS DE PRODUCTION EN GENERAL).

En dépit de ce progrès, le droit égal reste toujours grevé d’une limite bourgeoise. Le droit du producteur est proportionnel au travail qu’il a fourni; l’égalité consiste ici dans l’emploi du temps de travail comme unité de mesure commune.

« Mais un individu l’emporte physiquement ou moralement sur un autre, il fournit donc dans le même temps plus de travail ou peut travailler plus de temps; et pour que le travail puisse servir de mesure, il faut déterminer sa durée ou son intensité, sinon il cesserait d’être unité. Ce droit égal est un droit inégal pour un travail inégal.  » gotha p. 31
Vous remarquerez, qu’ici Marx fait entrer un critère autre que le temps de travail social moyen, celui de son intensité.

Le GIK poursuit sa critique de la répartition.

« Ce que veulent les « socialistes » à la Kautsky, Leichter, Neurath, avec leurs « niveaux de vie », ce n’est rien d’autre que d’assurer au simple travailleur un minimum vital, calculé par les physiologistes de la nutrition, tandis que ceux qui sont plus haut placés consommeront le surplus de richesse. En réalité ces gens ne cherchent pas à supprimer l’exploitation. Ils comptent en fait la poursuivre sur la base de la propriété commune des moyens de production.
En ce qui nous concerne, reproduction ne peut signifier qu’une seule chose : répartition égalitaire du produit social. Le calcul du temps de production permet de faire le compte exact des heures de travail dépensées, chaque travailleur prélevant, en retour, sur le produit social, la quantité de produit correspondant au nombre réel de ses heures de travail. » Le GIK (Chapitre 3 LE PROCÈS DE PRODUCTION EN GENERAL)

Il y a une certaine confusion évidente dans le texte du GIK qui tient à une certaine confusion entre la période de transition et le communisme intégral, ou le GIK pense qu’il faut un calcul du temps de production.
« A toute époque, la répartition des objets de consommation n’est que la conséquence de la manière dont sont distribuées les conditions de la production elles-mêmes. Mais cette distribution est un caractère du mode de production lui-même. Le mode de production capitaliste, par exemple, consiste en ceci que les conditions matérielles de production sont attribuées aux non-travailleurs sous forme de propriété capitaliste et de propriété foncière, tandis que la masse ne possède que les conditions personnelles de production : la force de travail. Si les éléments de la production sont distribués de la sorte, la répartition actuelle des objets de consommation s’ensuit d’elle-même. Que les conditions matérielles de la production soient la propriété collective des travailleurs eux-mêmes, une répartition des objets de consommation différente de celle d’aujourd’hui s’ensuivra pareillement. Le socialisme vulgaire (et par lui, à son tour, une fraction de la démocratie) a hérité des économistes bourgeois l’habitude de considérer et de traiter la répartition comme une chose indépendante du mode de production et de représenter pour cette raison le socialisme comme tournant essentiellement autour de la répartition. Les rapports réels ayant été depuis longtemps élucidés, à quoi bon revenir en arrière ? » (Critique du programme de Gotha, ed. Sociale , p.33)

Mais que veut dire « répartition égalitaire du produit » ? à partir du moment ou nous sommes dans la phase du communisme « de chacun selon ses besoins de chacun selon ses capacités »  phase ou nous avons quitté le monde de la nécessité, celui de « à chacun selon son travail » celui des « bons de travail » et du « qui ne travaille pas ne mange pas ». Le GIK est déjà en contradiction avec lui même sur les citations ci-dessus d’une par il réclame « la même part de richesse sociale pour tous » et d’ autre part il la fait dépendre comme les bons du travail des heures de travail. L’ argument de la pénibilité du travail a mon sens est aussi valable, d’ ailleurs il est amplement mis en avant , même avec des grèves par la classe ouvrière depuis la réforme des retraites ( transport, port…)

Cette répartition égalitaire dont parle GIK, est celle des communauté primitives agricole ou tribales encore soumises à la rareté. Dans un monde de surproduction et d’ abondance, il est supposé que l’ on puisse se servir en fonction de ses besoins. Mais restera à définir les besoins raisonnables et déraisonnables, les normes de l’ écologie….

« En d’autres mots : parce que l’égalité est l’idéal de M Proudhon. Il s’imagine que la division du travail, le crédit, l’atelier, que tous les rapports économiques n’ont été inventés qu’au profit de l’égalité, et cependant ils ont toujours fini par tourner contre elle. De ce que l’histoire et la fiction de M. Proudhon se contredisent à chaque pas, ce dernier conclut qu’il y a contradiction. S’il y a contradiction, elle n’existe qu’entre son idée fixe et le mouvement réel. » (Misére de la philosophie/ la métaphysique de l’économie politique . K Marx.

La nous sommes en but avec certaines réalités, qu’ils ne faut pas évacuer par des slogans du type on baissera le temps de travail pour que tous puissent avoir une activité ( selon ses envies). La question qui se posera immédiatement sera celle du savoir /pratique et celui-ci ne peut s’ acquérir même avec les nouvelles technologies en ne faisant que 3 heures ou 2 heures d’ occupation par jour.

 

3- l’homme ne sera plus la carcasse du temps

a) L’heure sociale moyenne de travail chez Marx et Engels.
Le GIK dans son document, fait remarquer que :
« Marx se plaçait dont du point de vue de « l’Association des Producteurs libres et égaux ». Cette Association n’a cependant strictement rien de commun avec la nébuleuse entraide mutuelle, elle a au contraire, une base très matérielle. Cette base est le calcul du temps nécessaire pour fabriquer les produits. Pour plus de commodité nous l’appellerons pour l’instant « calcul du prix de revient », bien que cela n’ait rien à voir avec la valeur, comme nous allons le voir plus loin. »

Engels et Marx sont sur la même longueur d’ onde en ce qui concerne la comptabilité basée sur le temps de travail durant la période de transition, période qui mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun. Mais cette position restera t’ elle viable sous le communisme ?

« La société peut calculer simplement combien il y a d’heures de travail dans une machine à vapeur, dans un hectolitre de froment de la dernière récolte… Il ne peut donc pas lui venir à l’idée de continuer à exprimer les quanta de travail, qui sont déposés dans les produits et qu’elle connaît de façon directe et absolue, dans un étalon seulement relatif, flottant, inadéquat, autrefois inévitable comme expédient, en un tiers produit, au lieu de le faire dans un étalon naturel, adéquat, absolu, le temps… Donc si on tenait compte de ces suppositions, la société n’attribuera pas non plus de valeurs aux produits. » (Engels, Anti-Dühring, p. 346 ; Ed. sociales, Paris, 1971).

 » C’est seulement pour faire un parallèle avec la production marchande que nous supposons que la part accordée à chaque travailleur est déterminée par son temps de travail, le temps de travail jouerait ainsi un double rôle. D’un côté, sa répartition planifiée règle le rapport exact des diverses fonctions aux divers besoins ; de l’autre, il mesure la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun, et en même temps la portion qui lui revient dans la partie du produit commun réservée à la consommation. Les rapports sociaux des hommes à leurs travaux et aux produits de ces travaux restent ici simples et transparents dans la production aussi bien que dans la distribution.  » (ibid.)

La question qui se pose est de savoir si ce calcul se poursuivra sous le communisme intégral ?

le GIK répond que oui « Marx admet en général que cette comptabilité de la société est un procès de production, où le travail est devenu travail social, c’est-à-dire qu’il importe peu que le communisme soit encore peu développé ou qu’au contraire le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » soit déjà réalisé. Cela veut dire que l’organisation de la vie économique peut, au cours des diverses phases de développement, passer par divers stades, mais que le temps social moyen de travail ne restera pas moins la base immuable de cette organisation. »
«  Toute comptabilité en temps de travail serait incompatible avec le communisme » dit Jean Barrot page 97 de son livre le mouvement communiste. A lire la citation ci dessous on se rend compte que sous le communisme intégral, le temps de travail cesse et doit cesser d’ être la mesure tant de la valeur d’ usage que de la valeur d’ échange.

«Dés que le travail sous sa forme immédiate a cessé d’être la grande source de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange celle de la valeur d’usage. Le surtravail de la masse a cessé d’être la condition pour le développement des puissances universelles du cerveau humain. La production fondée sur la valeur d’échange s’effondre de ce fait, et le procès de production matériel immediat parvient à se dépouiller de la forme de la nécessité (Notdürftίgkeit) et de la contradiction (Gegegensätztlichkeit). Ce n’est pas la réduction du travail nécessaire pour créer plus de surtravail, mais 1a réduction à un minimum du travail nécessaire à la société, qui correspond au libre développement des individualités, donc à l’éducation artistique, scientifique, etc., des individus, grâce au temps devenu libre et aux moyens créés.» (Fondements,t.2, p. 222).

« La richesse véritable signifie, en effet, le développement de la force productive de tous les individus. Dès lors, ce n’est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la richesse. » ( Grundrisse )
les producteurs n’échangent pas leurs produits

« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! »(Critique du programme de Gotha, ed. Sociale , p.32).

« Au sein d’un ordre social communautaire, fondé sur la propriété commune des moyens de production, les producteurs n’échangent pas leurs produits; de même, le travail incorporé dans des produits n’apparaît pas davantage ici comme valeur de ces produits, comme une qualité réelle possédée par eux, puisque désormais, au rebours de ce qui se passe dans la société capitaliste, ce n’est plus par la voie d’un détour, mais directement, que les travaux de l’individu deviennent partie intégrante du travail de la communauté. L’expression : « produit du travail », condamnable même aujourd’hui à cause de son ambiguïté, perd ainsi toute signification. »(Critique du programme de Gotha, ed. Sociale , p.29).

Réfléchissons bien au sens de cette citation, a priori on pouvait penser à l’ époque que la fin du travail sous sa forme immédiate se réaliserait sous le socialisme. Mais nous constatons aujourd’hui, que la dissociation entre la productivité ouvrière et celle des machine ( Travail mort ou passé contre travail vivant), déjà formulé par Marx prend seulement aujourd’hui toute sa dimension. La productivité est le fait de complexes automatisés la gestion des processus se fait en temps réel ( traçabilité) et le système du flux tendu c’ est non seulement mondialisé à l’ industrie, mais il industrialise le tertiaire …, le temps de travail cesse déjà sous le règne même du capital d’ être la source de la richesse. Mais comme le capital ne peut se reproduire qu’ en exploitant du travail humain, dont il doit de par ses contradictions se débarrasser en permanence tant et si bien que le capital se trouve confronté à être son propre ennemi.
Le passage de la productivité du travail vivant au travail mort (295) a pour corolaire la montée en puissance de la précarisation dans les pays les plus industrialisés et indique ouvertement cette fois que l’ homme n’ est plus rien il n’ est que la carcasse du temps. Par conséquences tout ce qui avait trait avec l’ exploitation de la force de travail , doit être liquidé au yeux du capital porteur d’ intérêt comme incongru inutile et doit être supprimé , d’ ou la démolition des services publics, des conventions collectives, des syndicat, des structures juridiques.
J’ ai souligné en gras le passage suivant ordre social communautaire qui prend toute sa dimension dés lors que l’ on passe au communisme intégral.

4- qui dirige l’ état ou l’ association des producteurs libres ?

L’Association des producteurs libres et égaux ( selon le GIK).

« L’appareil de production est un organe créé par l’humanité pour satisfaire ses multiples besoins. Au cours de leur procès de formation, du procès de production, nous usons notre force de travail ainsi que l’appareil de production. De ce point de vue le procès de production est un procès de destruction, de démolition, mais grâce à cette destruction nous créons perpétuellement des formes nouvelles. Le même procès fait renaître ce qui a été démoli. Au cours de ce processus, les machines, les outils, notre force de travail sont en même temps rénovés, renouvelés, reproduits. C’est là un flot continu d’énergies humaines passant d’une forme à l’autre. Chaque forme particulière est de l’énergie humaine cristallisée, que nous pouvons mesurer à son temps de travail.

La même chose vaut pour le secteur du procès de production, qui ne fabrique pas de produits directs, comme par exemple d’éducation, les soins médicaux, etc. La distribution s’opère directement lors de la production et par elle, les énergies de se répandent directement dans la société sous une forme complètement nouvelle. Par le fait que nous puissions mesurer ces énergies en temps, il se forme un rapport parfaitement exact entre le producteur et son produit. Le rapport de chaque producteur individuel à chaque produit social particulier est ici parfaitement transparent.

L’organisation de la production, comme le voient Neurath, Hilferding ou les dirigeant russes, masque complètement ce rapport. Ils l’ignorent et les producteurs en savent sûrement encore bien moins qu’eux à son sujet. Ainsi une partie déterminée du produit social doit-elle être distribuée par le gouvernement aux producteurs, et ceux-ci doivent attendre pleins de  » confiance  » ce qu’ils reçoivent. C’est ainsi que s’accomplit alors ce que nous voyons en Russie. Bien que la productivité augmente, bien que la masse des produits sociaux croisse, le producteur ne reçoit néanmoins pas une plus grande part de production – donc il est exploité.

Que faire contre cela ? Rien ? Le producteur peut recommencer une nouvelle fois la lutte contre l’exploiteur, contre ceux qui disposent de l’appareil de production. On peut essayer de mettre en place des  » chefs meilleurs « , mais cela ne supprimera pas la cause de l’exploitation.

Finalement, la seule solution est de construire toute l’économie de façon que le rapport du producteur et de son produit devienne la base du procès de travail de production. Mais on supprime par-là du même coup la tâche des dirigeants et des gérants chargés de l’allocation des produits. Il n’y a plus rien à allouer. La participation à la répartition du produit social est déterminée directement. Le temps de travail est la mesure de la part du produit individuellement consommable.

Le prolétariat réussira-t-il lors d’une révolution communiste à déterminer le rapport du producteur au produit? C’est de la force du prolétariat que dépend la réponse à cette question. Seule la détermination de ce rapport rend possible une production planifiée. Les entreprises et industries pourront alors s’unir horizontalement et verticalement en un tout planifié, pendant que chaque branche particulière établira elle-même sa propre comptabilité du temps de travail, consommé sous forme d’usure des machines, des matières premières, des sources d’énergie et de la force de travail. La détermination de cette base et cette organisation de la production communiste peuvent fort bien être effectués par les producteurs eux-mêmes, oui précisément, eux seulement peuvent les réaliser, des  » producteurs libres et égaux » devenant par-là même une nécessité. Le procès d’interférence et d’assemblage se développe à partir de la base, parce que les producteurs ont eux-mêmes entre leurs mains la direction et la gestion de l’appareil de production. Maintenant l’initiative des producteurs a le champ libre; ils peuvent « créer eux-mêmes la vie mouvante dans ses formes multiples.

Le prolétariat souligne le caractère fondamental du rapport du producteur à son produit. C’est cela et seulement cela qui est le problème central de la révolution prolétarienne.

Tout comme le serf se battait, lors de la révolution bourgeoise, pour son lopin de terre, et pour le droit de pouvoir disposer entièrement des fruits de son travail, le prolétaire se bat pour son entreprise et pour le droit de pouvoir disposer entièrement de la production, ce qui n’est possible que lorsque le rapport fondamental entre le producteur et son produit est déterminé socialement et juridiquement. Le problème est de savoir quelle place le prolétariat conquerra dans la société ; si le travail dans les entreprises sera lié au droit de pouvoir disposer de la production ou si on va à nouveau proclamer le manque de maturité du prolétariat et codifier ce droit de disposition à des chefs, des spécialistes et des savants. Ce combat sera mené en premier lieu contre ceux qui croient obligé de tenir le prolétariat en tutelle après la révolution. C’est pourquoi la collaboration de pareilles gens ne sera de mise que lorsque auront été posés les fondements de la production communiste. Sur cette base leurs forces pourront s’exercer au profit de la société, alors que, autrement elles ne peuvent que se développer en un nouveau pouvoir de caste.

La dictature du prolétariat a des effets totalement différents dans l’une ou l’autre forme de communisme. Sous le communisme d’État, elle opprime tout ce qui s’oppose à la direction dominante jusqu’à ce que toutes les branches de la production soient assez mûres pour pouvoir être intégrées dans la machine administrative par l’appareil dirigeant. Sous « l’Association des producteurs libres et égaux », la dictature sert à mener à bonne fin la nouvelle comptabilité de la production, comme base générale de la production. C’est-à-dire pour créer la base générale de la production. C’est-à-dire pour créer la base sur laquelle les producteurs libres pourront eux-mêmes diriger et maîtriser la production. Sous le communisme d’État, la dictature sert à créer les conditions favorables à l’oppression violente d’un appareil central. Sous l’Association des producteurs libres et égaux, il sert à appeler à la vie les forces grâce auxquelles cette dictature perdra. Elle mène continuellement son pouvoir en tant que dictature, jusqu’à finalement devenir superflue ; elle travaille elle-même à sa propre disparition.

Sans nous préoccuper plus longtemps de communisme d’État, nous voulons plutôt, maintenant, examiner comme un homme peut, à notre époque encore, soutenir les conceptions « puériles » de Marx (que celui-ci aurait tirées des courants anarcho-libéraux de son temps) (cf. H. Cunow, La théorie marxienne de l’Histoire, de la Société et de l’État, 1, p. 309.). Selon celles-ci la régulation de la vie économique « ne peut se faire pas l’État, mais seulement par l’union des Associations libres de la société socialiste », l’heure de travail devenant dans le même temps, la catégorie fondamentale de la vie économique. Oui, comment en arrive-t-on à déclarer cette conception « puérile » de Marx seule base possible du communisme? Poser cette question, c’est dire en même temps que cette conception n’a. pas vu le jour d’abord derrière un bureau de travail, mais qu’elle est le produit de l’effervescence de la vie révolutionnaire elle-même.

Comme on peut le voir, ce sont trois moments principaux qui nous firent oublier les litanies des « économistes communistes ». Tout d’abord la formation et le travail spontanés du système des conseils, puis l’émasculation des Conseils par l’appareil d’État russe, enfin la croissance de l’appareil étatique de production, qui devient une nouvelle forme de domination, inconnue jusqu’ici, sur l’ensemble de la société. Ces faits nous forcèrent à un examen plus approfondi, au cours duquel il apparaît que le communisme d’État, aussi bien dans sa théorie que dans sa pratique, n’a rien à voir avec le marxisme.

La pratique de la vie — le système des Conseils — plaçait ainsi « l’Association des producteurs libres et égaux » de Marx au premier plan, tandis que, dans le même mouvement, la vie commençait à exercer sa critique contre la théorie et la pratique du communisme d’État. (GIK)

 

La banque et son rôle dans l’ édification du socialisme.
Ce n’ est certes pas un hasard si Engels fait cette réflexion dans la préface de la Guerre civile en France:
«  Le plus difficile à saisir est certainement le saint respect avec lequel on s’arrêta devant les portes de la Banque de France. Ce fut d’ailleurs une lourde faute politique. La Banque aux mains de la Commune, cela valait mieux que dix mille otages. »

Les expériences communautaires et monnaie locale , sous le règne du capital en crise.

a) Allemagne -La résurgence des monnaies locales durant la crise des années 1930
Après l’effondrement de la Bourse de New-York, les capitaux américains cessèrent de s’investir en Allemagne. Les réserves en devises de sa Banque centrale, la Reichsbank, diminuèrent concurremment, provoquant même des mouvements de panique qui obligèrent le gouvernement du Reich à décréter le 20 juillet 1930 la fermeture des banques pendant deux jours. Celles-ci furent nationalisées, le taux d’escompte de la Reixhsbank fut porté jusqu’à 20%. L’indice de la production qui était encore de 74 en 1931 tomba à 55 en juin 1932 alors que le nombre des chômeurs allait atteindre les six millions. C’est dans ce contexte récessionniste que les bons d’échange et les substituts monétaires réapparurent pour tenter de combattre les effets dépressifs de la politique déflationniste menée par le Chancelier Brûning. Comme les bractéates et les monnaies de foire médiévales, ces substituts monétaires ne pouvaient être thésaurisés. Ils étaient émis pour couvrir une nouvelle production, et annulés lors de sa destruction ou de sa consommation. C’est en 1930, à Scwarenkañachen, village de Bavière, alors que le chômage sévissait depuis deux ans dans les mines de charbon, que Hans Tim créa un bon d’échange, le “ warâ ” (de ware, marchandise et warung, valeur monétaire). Il circulait entre les membres consommateurs et producteurs d’une Société d’Echanges Commerciaux (SEC) réunissant des geselliens. Le warâ valait un mark mais il perdait 1 % de sa valeur par mois afin d’inciter son possesseur à l’échanger rapidement contre un bien ou un service et à en accroître ainsi la vélocité. 50.000 warâs furent prêtés au propriétaire d’une mine de charbon locale, H.Hebecker, qui, de la sorte, put continuer ses activités et payer les mineurs. Ceux-ci réglèrent leur charbon en warâs à Hebecker, se désendettèrent et achetèrent des biens de consommation avec les warâs, ce qui permit aux commerçants de les remettre à leurs fournisseurs et grossistes. La boucle économique se recréait. La reprise fit tâche d’huile à d’autres villages. Les commerçants préféraient perdre 1% par mois sur les warâs plutôt que de voir leurs stocks s’accroître.Avec la SEC warâ, les warâs commencèrent à circuler en Allemagne.Pour les juristes de l’Etat allemand, le warâ était “ une monnaie en contravention avec le droit souverain de l’Etat car un particulier ne peut pas se permettre de créer et d’émettre de l’argent sans illégalité ”. Pour les geselliens, le warâ n’était pas une monnaie, car il n’avait pas de couverture, il n’était pas remboursable, il ne portait pas intérêt et n’était qu’un instrument d’échange émis par la SEC warâ. Mais malgré un procès gagné par la SEC warâ, le Chancelier Brûning interdit la circulation des warâs le 30 octobre 1931 .L’expérience allait pourtant inspirer les autrichiens. En 1932, le Bourgmestre de Wôrgl décida, avec sa municipalité, d’émettre des “ bons de monnaie franche ” avec l’accord de la population, de la Caisse Municipale locale et d’un arrangement avec la banque locale. 32.000 schillings furent échangés contre des Bons municipaux de monnaie franche le 1er août 1932. Un tiers seulement fut nécessaire pour remettre l’économie en place. La ville régla ses dettes à la mi 1933, le commerce et l’industrie reprirent. Sept routes neuves, douze rues nouvelles furent construites, des travaux de reboisement et de canalisation entrepris. Devant le redressement économique spectaculaire que ces bons de monnaie franche engendrait, l’économiste Irving Fisher y dirigea une commission d’enquête en décembre 1932. Il devait en tirer son livre “ Stamp Strip ” en 1934. En 1933, une piscine fut achevée et un nouveau pont porta l’inscription “ Construit en 1933 avec de l’argent libre ”. Des communes proches adoptèrent dans les mois qui suivirent les Bons de monnaie franche sous forme de “ Bons du travail ” à Kuishbichl, de “ Monnaie de secours ” à Innsbruck. Mais là encore, la Banque centrale de Vienne déposa une plainte devant la Cour Suprême autrichienne. Elle admit néanmoins que “ la monnaie à timbre a prouvé ses qualités de moyens d’échange et que ces billets avaient une valeur effective ” mais elle gagna son procès. Ces expériences restèrent dans les mémoires et traversèrent les époques et les frontières. Elles devaient réapparaître dans les années 1950 et 1980. ( sources le net : Cahier N°18 Janpier Dutrieux Les apparences de la prosperité ».

Les expériences de troc en Argentine (2002)

Dans notre brochure «  L’ Argentine de la paupérisation à la révolte » on se posait la question de savoir «  Comment la plupart des habitants peuvent ils survivre avec une inflation incroyable (elle atteignit en Argentine jusqu’à 5 000 %), et/ou un taux de chômage très élevé depuis des années (qui, pour l’Argentine, atteint officiellement 20 % de la population active mais touche, dans certaines banlieues ou provinces reculées, plus de 60 %, c’est-à-dire la quasi totalité de la population) et/ou des retards importants et récurrents dans la paiement des salaires ou des retraites ? »
Nous constations que les piqueteros,et des organisations actives de chômeurs, procédaient à la « récupération à grande échelle de la marchandise par des pressions diverses plus ou moins radicales en vue de se faire attribuer des « dons « de vivres en nature (colis gratuits de l’Etat, des collectivités, des supermarchés ou des commerçants), la forme d’action collective garantissant son efficacité et assurant, dans un certain rapport de forces, une moindre exposition à la répression judiciaire. »

« En Argentine, toutes les vicissitudes et misères frappant les travailleurs depuis longtemps ont favorisé la naissance de cette vaste organisation de troc, dont la dimension a pris avec les années une telle échelle qu’on peut la regarder sous l’angle d’une sorte de réorganisation parallèle spontanée de l’économie hors des circuits capitalistes de production et de distribution même si elle se développe dans un système capitaliste, en partie à partir de marchandises anciennes ou récentes produites par ce système (achetées ou « récupérées « ). »
Une première constatation va s’imposer: qui échange quoi et a qui « Ceux qui ont lancé et utilisent le plus ce réseau de troc doivent avoir quelque chose à échanger pour sa valeur d’usage. En majorité, ce sont des membres des classes moyennes ou ex classes moyennes. Il y a fort à parier que le clivage entre les piqueteros et les participants des réseaux de troc recoupe la division entre le prolétariat (ou tout au moins la couche la plus pauvre et la moins qualifiée du prolétariat, qui n’a rien d’autre à échanger que sa force de travail brute, marchandise très abondante sur ce marché) et ceux, proches des classes moyennes ou leur appartenant, qui ont (soit par leurs possessions antérieures, soit par leur expertise ou qualification) quelque chose à échanger. Si l’on voit les moyens d’actions des piqueteros et la « reprise « directe des marchandises d’une part, et, d’autre part, la mise en place des circuits d’échanges, on peut observer que le choix des moyens de survie est déterminé par l’appartenance à une couche sociale : cette appartenance de classe définit d’un côté une forme revendicative d’action directe qui devient rapidement, pour être plus efficace, une forme plus radicale de récupération, une sorte d’attaque frontale contre la marchandise. Mais les prélèvements des piqueteros, volontaires ou contraints, les attributions de colis gratuits ne dépassent pas une simple répartition différente de la plus-value. Il ne s’agit nullement d’une transformation radicale du système mettant en cause l’extraction de cette plus-value par l’exploitation du travail ; elle définit d’un autre côté une innovation court-circuitant le circuit capitaliste de la marchandise mais pouvant apparaître comme une adaptation aux carences de ce système.

La question que l’on peut se poser, eu égard à ces observations, c’est ce que signifient en termes de transformation fondamentale de la société ces organisations de survie. « Dans un cas comme dans l’autre (tout comme l’organisation et le caractère des manifestations et protestations), aucun pas ne semble avoir été fait dans le domaine de la production. Les quelques expériences de coopératives ou d’autogestion restent sporadiques et elles ont pu s’insérer dans ces mouvements ; tout comme quelques tentatives individuelles de production d’objets de consommation en vue de l’échange par le canal des red de true , ces tentatives sont trop limitées pour figurer autre chose précisément que des exceptions. A notre connaissance, il n’y a actuellement en Argentine, mis à part quelques grèves dans des entreprises bien définies ou les grandes messes syndicales, que très peu de mouvements d’occupation d’usine pour des revendications spécifiques aux travailleurs, encore moins de tentatives d’autogestion ou de formation de conseils ou autres organisation autonomes. Il est certain que dans la mesure où près de 50 % de la force de travail est inutilisée et où les entreprises ne tournent qu’à 50 % de leur capacité, où les services et fonctionnaires et autres agents des collectivités locales ou provinciales tiennent une place démesurée, une action proprement ouvrière pourrait paraître mineure. De plus il est difficile, faute d’informations, de dire quelle participation ouvrière directe soutient les piqueteros ou les assemblées de quartiers. Ces remarques faites et elles sont loin d’être négligeables ou secondaires , on ne peut que souligner l’importance que ces red de true ont pris, tant dans la marginalisation des structures traditionnelles de l’économie capitaliste que dans le système de relations sociales, toutes choses qui ont joué certainement un rôle important dans le cours des événements. »

Origine et importance des red de true.

« Les red de true seraient nés au cours de l’année 1995 de l’action effective d’une vingtaine de personnes, plus préoccupées d’idéologie et d’écologie que des problèmes du capitalisme argentin, ; elles ont fondé des « clubs » d’échanges, à l’imitation des SEL7 européens. Mais la formule correspondait à un tel besoin, dans la descente aux enfers de l’économie argentine, qu’elle s’est répandue en quelques années à l’ensemble du pays, pour former un réseau national, avec des boutiques et des marchés réguliers, à date fixe ; elle a même conduit à émettre une monnaie spécifique, le credito une sorte de bon d’échange portant cette valeur fictive. Chaque adhérent remplit une fiche sur laquelle il mentionne son offre et sa demande : tout peut être proposé et échangé. Outre des marchés réguliers avec présence physique, un marché réel mais virtuel s’est développé sur Internet.

On compterait ainsi en Argentine plus d’un millier de ces clubs regroupant jusqu’à 2 millions de participants « échangistes ». Il y aurait en circulation l’équivalent de près de 7 millions de dollars américains de creditos (environ 8 millions d’euros) et, en 2000, des produits d’une valeur comprise entre 600 et 800 millions de dollars américains auraient été ainsi échangés (entre 700 et 900 millions d’euros). C’est peu si l’on considère la dette ou le PIB argentins. Le réseau de troc se serait même répandu dans les pays voisins et, ces derniers mois, aurait fait un bond de 80 %, à la démesure de la faillite du pays. Mais le plus inquiétant pour le devenir de ce réseau, c’est que différentes collectivités, municipales et provinciales, ont d’une certaine façon reconnu ce mode de répartition des marchandises, admettant même le credito comme monnaie « légale ». Il est bien évident que l’extension du réseau a rendu sa formalisation nécessaire, d’où tout un ensemble de problèmes d’organisation au delà du bénévolat, de financement, de prêts, etc. questions sur lesquelles on ne possède que peu d’éléments.

Cette forme d’activité communautaire n’est d’ailleurs pas la seule, sans qu’on puisse préciser si des coordinations se sont créées entre des activités similaires mais qui pourraient paraître rivales. Un « red solidaria » (« réseau solidaire ») serait plus orienté vers la solution de problèmes sociaux ; il aurait 18 représentations dans le pays et œuvrerait plus dans le domaine des soins, notamment tentant de résoudre les carences dans l’approvisionnement des médicaments. Les assemblées de quartier tout comme les associations de chômeurs regroupant les piqueteros auraient aussi développé des organisiations communautaires : jardins d’enfants, cantines. Mais là aussi peu d’éléments ont franchi l’Atlantique.

Il reste une question à laquelle il est tout aussi difficile de répondre : quelle est l’incidence de toutes ces formes d’activités communautaires sur les mouvements de protestations divers (piqueteros, assemblées de quartiers, manifestations, vindicte des politiciens, etc..). Il y a sans doute une interconnexion étroite dans laquelle cause et conséquence interfèrent. On doit pourtant pouvoir affirmer, sans trop grand risque d’erreur, que, quelle que soit son origine et quel que soit son caractère, la réponse à des situations de pénurie et à des évidences de faillite d’un système et des politiciens qui y ont conduit créée, en raison de la dimension de cette crise et de son élargissement à différentes couches ou classes de la population, présentement une solidarité et une communauté d’action dans des domaines fort divers, mais dont on ne peut prévoir l’évolution.

ANNEXE I

L ‘ expérience de suppression de l’ argent par les bolchéviques.

Nous ne pouvons pas dire qu’ils n’ ont pas essayé, voir ce que dit le GIK en annexe, qu’il me faut compléter par :
«  Le communisme de guerre produisit une inflation telle que, totalement déprécié, l’ argent finit par pratiquement disparaître. L’ échange avait lieu par troc. Le marché n’ avait pas disparu, il était « noir », et constituait une forme de lutte de classes. C’ était selon l’ aveu de Lénine un facteur de décomposition et de déclassement d’ un prolétariat qui, pour se procurer des denrées, fabriquait de petit articles. Légalement interdit, souvent flétri, le marché noir ne fut jamais paralysé tout au long de la guerre civile et jouit même de la tolérance des autorités, preuve d’ un rapport de force entre les classes. Aussi des déclarations comme celles de Zinoviev, cité par Carr, relèvent-elles du rêve :… »nous allons vers la suppression totale de l’ argent. Nous payons les salaires en nature, l’ enseignement est gratuit, la nourriture ( certes mauvaise pour le moment) est gratuite de même que le logement, l’ électricité, etc… » (57). Si la N.E.P., se chargera de réveiller les rêveurs, l’ argent est un rapport de pouvoir, la base de sa disparition consiste à transformer le statut de la force de travail. D’où la volonté léninienne de faire prendre en main la distribution par les travailleurs eux-mèmes, ou de leur confier des tâches de gestion politique générale de la société. » (Marxisme et socialisation ,jean Robelin ed. Meridiens Klincksieck (1989) p.63)

Note (57)Carr, La révolution bolchévik,T.2,p.274.

« Idée centrale centrale de Préobrajensky, à l’ intérieur du prétendu secteur socialiste, la monnaie ne circulait plus, l’ échange était direct même exprimé en monnaie. Lénine avait préconisé , sans pouvoir passer aux actes, la substitution de chèques ou de bons à la monnaie. C’est la vieille tradition marxienne : «  Le capital argent disparaît en production socialiste. Les producteurs pourront , si l’ on veut, recevoir des bons en échange desquels ils prélèveront sur des dépôts sociaux de consommation une quantité correspondante à leur temps de travail. Ces bons ne sont pas de l’ argent, ils ne circulent pas »(59)(Marxisme et socialisation ,jean Robelin ed. Meridiens Klincksieck (1989) p.64).

Note.(59) capital livre 2 t 5 p 14

Nous faire prendre l’ inflation comme une mesure socialiste visant à l’ abolition de l’ argent, c’ est vouloir masquer que celle-ci correspond à une désintégration de l’ économie, on fait marcher la planche à billet, on distribue des bons.. tout ce qu’ une économie de guerre fait pour subsiter et on déguise cela en mesure menant au socialisme et à la disparition de la valeur d’ échange. On égalise les salaires via la disparition du salariat. Puis on se retrouve face aux réalités économiques.

L’IDÉAL BOLCHEVIK : DISTRIBUTION EN  » NATURE  » DES MOYENS DE PRODUCTION ET DES BIENS DE CONSOMMATION ( selon le GIK)

a. L’expérience.

Le but des bolcheviks était de supprimer le travail salarié et l’exploitation. Avec assurance, ils empruntèrent la voie de la suppression de l’argent, qui devait survenir grâce à une énorme inflation du moyen d’échange. Les imprimeries de l’État travaillèrent jour et nuit, afin d’imprimer toujours plus d’argent en papier, dont l’État se servait pour ses paiements, mais auquel il ne garantissait pas d’équivalent. « On fabrique des billets… Il est impossible de fabriquer assez de billets. Les besoins sont encore plus énormes que les possibilités de fabrication. » (A. Goldschmidt, p. 138.)
Dans la mesure où s’accroissait le montant total de l’argent » dépensé, diminuait naturellement la valeur d’échange, le pouvoir d’achat du rouble. Les prix des marchandises augmentaient journellement par bonds successifs – phénomène que nous avons également pu observer en Allemagne, durant la période d’inflation. La valeur du moyen d’échange augmentait avec une telle rapidité que ceux qui avaient quelque chose à vendre, ne voulaient plus céder leur marchandise contre de l’argent. Ils voulaient certes céder leurs marchandises, mais uniquement de façon directe, en échange d’autres marchandises, sans utiliser la forme intermédiaire de l’argent : ils voulaient uniquement échanger leurs marchandises en « nature ».

C’était là précisément ce que voulaient les bolcheviks. Dans un rapport du Commissariat russe aux finances, qui fut distribué à Moscou en 1921 à tous les participants du IIIe Congrès de la IIIe Internationale, cette politique de l’inflation est vantée comme une méthode sciemment utilisée pour instaurer le communisme.

 » Lorsque chez nous en Russie la valeur de l’argent baisse, c’est là une chose certainement très dure à supporter pour nous… mais nous avons une issue, un espoir; Nous nous dirigeons vers l’abolition totale de l’argent. Nous délivrons le salaire en « nature », nous introduisons l’usage gratuit des tramways, l’éducation est gratuite, les repas de midi sont gratuits – même si provisoirement encore ils laissent à désirer – l’habitat, l’électricité sont gratuits. Il s’agit là d’une œuvre de longue haleine qui se heurte à de grandes difficultés; il nous faut lutter sans relâche, mais nous avons une issue, un espoir, un plan…  » (Grigorij Zinoviev, Zwölf Tage in Deutschland , Hamburg, 1921;  » Douze jours en Allemagne « , p. 74, cité par Pollock, Essais d’économie planifiée, p. 73.)

Comment se présentait alors cette sorte de communisme ? Le Conseil économique central de l’État soviétique prendra en main la production des marchandises et la distribution, en supprimant l’argent et le commerce ; il aurait alors à déterminer pour tous les habitants la quantité de pain, de beurre, d’habits que chacun peut recevoir et à lui fournir ces biens en  » nature « . La possibilité de réalisation de ce programme devait reposer sur une statistique consciencieuse de la production et de la consommation prolétarienne est principalement une économie de biens de consommation :

 » L’économie prolétarienne est principalement une économie naturelle. Avec le développement de l’économie étatique, ce qui est éliminé, en premier lieu, des relations qu’entretiennent les entreprises les unes avec les autres : c’est l’argent. Les usines de charbon livrent leur charbon aux chemins de fer et aux usines métallurgiques, sans fixation de prix. Les fonderies livrent leur fer aux industries de transformation qui livrent à leur tour leurs machines à des entreprises d’État ou à des entreprises rurales, sans l’entremise de l’argent. Les travailleurs reçoivent une part de plus en plus grande de leur salaire sous forme naturelle : habitation, chauffage, pain, viande, etc. L’argent dépérit également comme moyen de circulation.  » (Varga, Les problèmes économiques et politiques, p. 159)

Comme les faits le prouvent, il ne s’agissait pas seulement de pure théorie :
Janvier 1919 : instauration du trafic postal gratuit.

20 février 1919 : décret relatif à la circulation des marchandises entre les entreprises d’État, sans virement bancaire ni comptabilisation.

Premier juin 1919 : gratuité du trafic des marchandises dans les chemins de fer.
La  » nationalisation du salaire » eut lieu pendant toute la période comprise entre 1918 et 1921. Finalement on ne délivra que 15 % du salaire en argent; les 85 % qui restaient étaient payés en « nature ». Le téléphone, le gaz, l’eau courante, l’électricité, le loyer, les combustibles et les transports étaient « gratuits ». Le Commissariat à l’approvisionnement devait entretenir, de cette manière, 58 millions de personnes.

La comptabilité de la production et de la distribution ne s’effectuerait donc pas en argent ou en fonction d’une autre mesure générale, mais uniquement en sommes de marchandises. On calculerait selon le poids, la longueur ou le volume, ou alors seulement selon le nombre par unité de biens d’usage. On passerait en un mot à l’économie naturelle, qu’Otto Neurath caractérise dans son livre, Plan économique et Comptabilité naturelle, de la manière suivante :

« La science de l’économie socialiste ne connaît qu’un seul agent économique : la société. Celui-ci, sans comptabiliser ni les pertes ni les profits, sans mettre en circulation d’argent – qu’il s‘agisse de monnaie métallique ou de bons de travail – déterminé par le plan économique, sans se baser sur une unité de mesure, organise la production et détermine les divers niveaux d’existence selon des principes socialistes.  » (p. 84).

De 1918 jusqu’à 1921, les bolcheviks ont essayé de réaliser ce principe et le rapport du Commissariat aux finances, que nous avons mentionné plus haut, est encore un des derniers prolongements de ces essais : en 1921 le rouble se stabilisait; on retournait à l’argent à valeur fixe.

L’État soviétique dut abandonner ses projets visant à éliminer l’argent de la production et de la distribution et le remplacer par une comptabilité en nature effectuée par l’économie étatique. Ni l’absence de la Révolution mondiale ni l’inadaptation de l’entreprise rurale individuelle à la gestion étatique ne peuvent être tenus pour responsables de cet échec. Il s’avéra simplement qu’une production et une distribution reposant sur une pareille « base communiste » n’était pas viable. La révolution russe a démontré pratiquement qu’une production sans unité de mesure était un non-sens.

Les essais faits pour amener la vie économique sur des voies nouvelles prirent fort justement comme point de départ un plan déterminé à l’avance. Les différentes entreprises établissaient leurs plans de production et leurs devis, à partir desquels la direction centrale des trusts élaborait un plan de trust général. La réunion de tous les plans de trust permettait au Conseil suprême de l’économie nationale d’avoir une vue d’ensemble sur l’appareil de production regroupé au sein de l’État. À partir de là il était possible d’établir un plan de production général pour l’ensemble de l’industrie d’État.

Tous ces plans étaient basés sur une comptabilité en roubles. Et pourquoi pas sur une comptabilité en « nature « .
Parce qu’économiquement il est dépourvu de sens d’additionner des poids, des volumes ou la quantité par unité des divers produits du travail. Mais la valeur du rouble baissa rapidement et les prix des produits augmentèrent de ce fait tout aussi rapidement. Aussi les plans et les devis n’existaient-ils que sur le papier – ils n’étaient d’aucune valeur pour le procès réel de production. Varga, qui reconnaît par ailleurs les mérites de la « méthode » inflationniste », trouve que c’est là un de ses grands inconvénients, il écrit :

« La dévaluation rapide et continue de l’argent est un désavantage dans la mesure où elle empêche une stabilisation des salaires, et rend ceux-ci fluctuants; elle occasionne des désaccords entre les travailleurs de l’État et l’État prolétarien lui-même ; pousse à des augmentations constantes de salaires, complique considérablement la comptabilité et l’établissement d’un plan de gestion étatique, mais empêche surtout la poursuite de celui-ci. » (Varga, id., p. 138).

Aussi est-ce là une des raisons pratiques qui forcèrent l’État soviétique d’abandonner son projet de détruire l’argent à valeur fixe ». Déjà en 1919 on constate que « le calcul de la valeur du produit devient de jour en jour plus nécessaire », de sorte que le 2e Congrès économique (1919) décida d' »entreprendre la comptabilité des dépenses les plus importantes de l’État d’après la valeur des produits. » (Goldschmidt, p. 133) Naturellement ceci n’est possible que si toute la production est basée sur la valeur. La stabilisation générale de l’argent devait donc s’ensuivre nécessairement.

ANNEXE II

« Dès aujourd’hui, le prolétariat possède, avec ses économies individuelles et ses syndicats, coopératives, caisses d’invalidité, etc., des fonds assez importants,qu’accroîtront progressivement l’extension de ces institutions et le relèvement des classes laborieuses, augmentant le nombre des catégories susceptibles de faire des économies pour les moments de besoin ou pour l’amélioration de leurs conditions d’existence. A cela viendront s’ajouter les communes socialistes avec leurs entreprises et les exploitations socialisées par l’État.
Pour le placement avantageux de tous les fonds que ces éléments doivent constituer et tenir disponibles pour des fins déterminées, ils ne disposent aujourd’hui que des banques capitalistes, lesquelles emploient l’argent déposé à étendre et renforcer le système capitaliste.

Si le prolétariat et le gouvernement prolétarien disposent d’une banque à eux, elle peut devenir le moyen d’employer le crédit, dans le sens exposé par Marx, à encourager des entreprises socialisées et les rendre indépendantes du crédit capitaliste.

La banque socialiste devra, il est vrai, payer un intérêt pour les dépôts placés chez elle, afin de pouvoir soutenir avantageusement la concurrence des banques capitalistes. Elle devra donc aussi en demander pour les fonds qu’elle prêtera. Mais ce dernier intérêt ne servira pas à des fins de profit : il ne pourra dépasser l’intérêt payé aux dépositaires que d’un droit d’administration et d’une prime pour le risque. Il sera,par conséquent, sensiblement inférieur à celui que prennent les banques capitalistes.A mesure que s’étendra la socialisation, cette banque deviendra plus forte et aussi plus capable d’accélérer, de son côté, le progrès de la socialisation.D’autre part, la puissance et le rayonnement des banques capitalistes tomberont à mesure que se restreindra le champ de l’exploitation capitaliste. Ainsi, l’on pourrait considérer la nationalisation complète des banques, que l’on disait devoir constituer le point de départ de la socialisation, comme en étant le terme final.Toutefois ce terme, c’est que l’argent cesse complètement de servir comme capital.Or, avec le capital argent disparaîtra aussi ce qui en est l’organisation, la banque et la nécessité du crédit. »
(  Sur la socialisation des banques « La révolution prolétarienne et son programme »
Karl Kautsky ( 1922 ).

 

ANNEXE III

Il est monstrueux de vouloir supprimer l’argent en conservant l’échange ou en voulant un échange enfin égal. Au début du 19e siècle des « socialistes ricardiens » ont proposé que les marchandises soient échangées directement en fonction de la quantité de travail consacrée à leur production. Les bolcheviques Boukharine et Preobrajensky propageaient en 1919 de semblables illusions :

« L’argent, dès le commencement de la Révolution socialiste, perd peu à peu de sa valeur. Toutes les entreprises nationalisées, pareilles à l’entreprise d’un seul grand patron… ont une caisse commune et elles n’ont plus besoin de se faire des achats ou des ventes contre de l’argent. L’échange sans argent est ainsi graduellement introduit. L’argent est, de ce fait, écarté du domaine de l’économie populaire. Même à l’égard des paysans, l’argent perd lentement de sa valeur et c’est le troc qui le remplace… La suppression de l’argent est encore favorisée par l’émission par l’Etat d’une énorme quantité de papier-monnaie… Mais le coup décisif sera porté à l’argent par l’introduction de carnets de travail et par le paiement des travailleurs au moyen des produits..  » ( L’ABC du communisme ).

Il y a eu des tentatives pour démonétariser au moins partiellement l’économie. Les transactions entre entreprises se traduisant uniquement par des opérations comptables. Cela n’a rien donné, ni de très fameux, ni de très communiste. » ( un monde sans argent)

« Sans vouloir recourir à l’échange certains révolutionnaires, Marx et Engels au premier chef, ont compris l’impérieuse nécessité de régler le problème des coûts et de leur comptabilité dans la société future. Ils ont cherché un étalon pour estimer et comparer les dépenses.

Régulièrement l’étalon proposé a été la quantité de travail. Cette quantité se voyant mesurée par le tempe parfois corrigé par l’intensité. Tout investissement de la société peut ainsi être ramené à une certaine dépense de temps. L’orange et l’avion ne correspondent plus à une certaine quantité de monnaie mais à un nombre donné d’heures de travail. Malgré leur différence de nature ils peuvent se comparer sur une même échelle.

Cette façon de faire semble logique. Que peut-il y avoir de commun entre différents biens sinon le travail qu’ils contiennent ? C’est de là que partait Marx dans Le Capital pour découvrir le travail comme source de la valeur. Quel autre étalon trouver ?

Marx et Engels ont adopté cette conception sans s’enliser dans des détails pratiques. D’autres ont cherché à la développer plus dans les détails en la fondant sur une comptabilité précise en heures de travail qui permet d’évaluer la valeur de chaque bien.

Pour notre part, nous n’avons pas évoqué un « au-delà du travail » pour nous précipiter ensuite misérablement sur la mesure par le temps de travail dès qu’il s’agit d’aborder les dures réalités pratiques.

La théorie de la mesure des biens ou de la prévision des investissements par la quantité de travail est fausse. Elle doit être radicalement rejetée. Il ne s’agit pas d’une querelle de méthode mais d’un problème de fond qui concerne la nature même du communisme. La mesure par le travail reste économiste. Elle veut la fin de la loi de la valeur mais ne voit pas tout ce que cela implique. La société capitaliste tend à se perpétuer tout en étant débarrassée de la division en classes et de la valeur d’échange !

L’on a voulu régler un problème présentant deux aspects. Le premier est celui de la rémunération ouvrière. Le deuxième plus général concerne la distribution des forces productives dans le champ social. Comment sans argent distribuer les biens de consommation ? Comment récompenser justement le travailleur en fonction de l’effort fourni ?
A ce sujet Marx reprend dans « La Critique du Programme de Gotha » le point de vue de Bray. Il le débarrasse de ses côtés gênants. Dans une période transitoire où le principe « à chacun selon ses besoins » ne pourra pas encore être appliqué la rémunération dépendra du travail fourni. Elle dépendra et ne sera pas égale car une partie de ce que représente ce travail devra aller à un fond social pour être consacrée à la production des biens de production, à l’aide aux impotente… L’ouvrier ne peut toucher le produit intégral de son travail. Par ailleurs les bons attestant la quantité de travail fournie par l’ouvrier ne circulant pas l’échange est tué dans l’oeuf.

Voilà qui veut dire, qui exige que l’on tienne une comptabilité. « … le travail, pour servir de mesure, doit être calculé d’après la durée ou l’intensité, sinon il cesserait d’être un étalon de mesure. » ( Critique… )

Pour Marx le problème de la rémunération est accessoire et limité à la phase inférieure du communisme. Au contraire la question de la distribution des forces productives est fondamentale et permanente.

Dans une société communiste « disparaît en premier lieu le capital-argent, en même temps que le travestissement des transactions ( économiques ) qui s’ensuit. Le problème se réduit simplement à la nécessité, pour la société, de calculer d’avance la quantité de travail, de moyens de production et de moyens de subsistance qu’elle peut, sans le moindre dommage, affecter à des entreprises ( la construction de chemins de fer, par exemple ) qui ne fournissent ni moyens de production, ni moyens de subsistance, ni effet utile quelconque, pendant longtemps, un an et plus, tout en obligeant à prélever, sur la production totale, du travail et des moyens de production et de subsistance. » ( Le Capital, II )

Calculer la quantité de travail nécessaire ne veut cependant pas dire que la loi de la valeur puisse se perpétuer alors que disparaît le capital-argent. En effet la quantité de travail est répartie en fonction des besoins. Des « Misère de la Philosophie » Marx écrit : « Dans une société à venir, où l’antagonisme des classes aurait cessé, l’usage ne serait plus déterminé par le minimum du temps de production; mais le temps de production qu’on consacrerait à un objet serait déterminé par son degré d’utilité. »

La loi de la valeur n’est qu’une expression particulière, mercantile d’une règle plus générale qui s’applique à toute société : « en réalité, aucun type de société ne peut empêcher que la production ne soit réglée, d’une manière ou d’une autre, par le temps de travail disponible de la société. Mais, tant que cette fixation de la durée du travail ne s’effectue pas sous le contrôle conscient de la société – ce qui peut se faire uniquement sous le régime de la propriété commune – mais par le mouvement des prix des marchandises, la thèse exposée avec tant de justesse dans Les Annales Franco-Allemandes reste entièrement valable. » Voilà ce que Marx écrivait à Engels le 8.1.1868. Quelle était la thèse exposée par ce dernier ? « J’ai dit dès 1844 ( … ) que cette évaluation de l’effet utile et de la dépense du travail est tout ce qui, dans une société communiste, pourrait subsister du concept de valeur de l’économie politique. Mais établir scientifiquement cette thèse n’est, comme on voit, devenu possible que grâce au Capital de Marx. » ( Anti-Dühring )

Ce que nous disent Marx et Engels de la société communiste – et l’on voit qu’ils en parlent ! – découle directement de leur analyse de la société capitaliste. Leur conception en tire ses qualités mais aussi ses défauts.

Les qualités sont de montrer que les problèmes de répartition de la consommation, de la rémunération du travail ne sont pas fondamentaux. C’est le mode de production qui détermine le mode de distribution. Affirmer contre les bonnes âmes que le travailleur ne pourra toucher l’intégralité du produit, de son travail prolonge directement une analyse du capitalisme où l’on ‘montre que la valeur d’une marchandise couvre en plus du salaire et de la plus-value le capital constant. Il faut produire les instruments de production. Capitalisme et communisme sont des sociétés outillées contrairement aux sociétés antérieures.

Capitalisme et communisme sont aussi des sociétés changeantes. On ne peut compter sur une expérience immémoriale. Tout n’est pas réglé d’avance par l’usage passé éventuellement corrigé par le bon sens. L’estimation des coûts n’est pas tant un problème de comptabilité après coup qu’un problème de prévision. Il y aura sur ce point fondamental plutôt régression chez les communistes après Marx. Certains conseillistes réduiront la question à celle d’une photographie la plus exacte possible de la réalité et des mouvements économiques.

Le passage suivant montre comment pour Marx la société présente et la société à venir doivent régler le MEME problème, la première grâce au capital-argent, au crédit, la deuxième en s’en passant. « … des opérations assez étendues et d’assez longue durée entraînent des avances de capital-argent plus importantes, pour un temps plus long. Dans de telles sphères, la production dépend donc des limites dans lesquelles le capitaliste individuel dispose de capital-argent. Cette barrière est enfoncée grâce au crédit et au système d’association qui va de pair avec lui, par exemple les sociétés par actions. Des perturbations sur le marché de l’argent paralyseront en conséquence de telles affaires, tandis que de leur côté celles-ci provoqueront des perturbations sur le marché de l’argent. Sur la base d’une production socialisée, il y a lieu de déterminer à quelle échelle ces opérations, qui pour un temps assez long prélèvent force de travail et moyens de production sans fournir pendant ce temps d’effet utile sous forme de produit, pourront être exécutées sans nuire aux branches de production qui ne se bornent pas, d’une façon continue ou plusieurs fois par an, à prélever de la force de travail et des moyens de production, mais fournissent aussi des subsistances et des moyens de production. En production socialisée, comme en production capitaliste, les ouvriers des secteurs à périodes de travail relativement courtes ne prélèveront des produite, sans fournir d’autres produits en retour, que pour des temps relativement courts; par contre, dans les branches à longues périodes de travail, ils prélèveront continuellement des produits pour un temps assez long, avant de restituer quelque chose. Cette circonstance résulte donc des conditions objectives du procès de travail considéré, non de sa forme sociale. »

Marx et Engels placent trop le communisme dans le prolongement du capitalisme. Voilà leur défaut.

Ils maintiennent la séparation bourgeoise entre sphère de production et sphère de consommation. Déjà Le Manifeste distingue la propriété collective des moyens de production et l’appropriation personnelle des biens de consommation. L’on y jure bien fort que l’on ne veut socialiser que ce qui est déjà propriété commune et sociale : les instruments de production capitaliste. Dans La Critique du Programme de Gotha on continue à opposer la consommation individuelle et familiale proportionnelle au temps de travail fourni et la consommation productive et sociale. L’on ne s’attarde pas sur la façon dont sera gérée cette dernière.

Il y a confusion entre le mode de répartition des produits et leur nature de « biens de consommation » ou d’instruments de production. Il y a d’un côté les individus et de l’autre la société conçue de façon abstraite. Il y a des individus isolés, en groupe, en commune qui se font face et s’organisent.

En réalité lorsque l’état ou le chef d’entreprise en tant que représentant de l’ « intérêt général » disparaît la Société opposée à l’individu disparaît. Il n’y a plus que des hommes isolés, en groupe, en commune qui s’organisent de telle ou telle façon. Un individu peut se voir attribuer une machine-outil et un comité de quartier quelques tonnes de pommes de terre.

La séparation entre d’un côté la force de travail, les individus séparés et de l’autre le capital social et collectif disparaît. On ne peut invoquer pour la maintenir la nécessité d’une rémunération dans une période de transition. C’est au contraire la défense de cette nécessité qui est chez Bray ou chez Marx le reflet des limites d’une époque, de l’immaturité du communisme.

Malgré des remarques critiques et pertinentes Marx reste dominé par le fétichisme du temps. Soit qu’il en fasse un instrument de mesure économique, Soit qu’il en fasse un instrument de mesure extra-économique : « La richesse véritable signifie, en effet, le développement de la force productive de tous les individus. Dès lors, ce n’est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la richesse. » ( Grundrisse )

Le temps de travail est la base du temps libre. Le règne de la liberté ne peut se fonder que sur le règne de la nécessité.

L’erreur n’est pas de continuer à voir de la nécessité, du sacrifice, de la production dans la société nouvelle. L’erreur est d’empaqueter tout ça, d’y coller l’étiquette « temps de travail » à réduire si possible et de l’opposer globalement au temps libre.

Marx dit dans La Critique du Programme de Gotha que le travail deviendra un jour le premier des besoins. La formule n’a pas manqué d’être exploitée dans un sens odieux par des dirigeants staliniens. De toute façon il y a une contradiction. Le travail dans la société communiste devient-il une dépense ou une satisfaction ? Faut-il, en conséquence, réduire au minimum le temps de travail ou, au contraire, produire le plus de travail possible pour satisfaire les demandeurs ? Il n’y a que dans la société capitaliste où le travail puisse apparaître comme le premier des besoins, comme seul moyen de satisfaire les autres. Il n’y a que là qu’il puisse être détesté et réclamé tout à la fois.

Position du CCI sur les bons du travail

 

« Nous critiquons le système des « bons du travail » (forme de « monnaie » représentant une certaine quantité d’ heures de travail avec laquelle un individu se procurerait autant de biens de consommation, calculés également en heures de travail) en ce sens que le système tend à perpétuer la notion de la classe ouvrière comme une somme d’ individus qui reçoivent de quoi vivre en fonction de leur travail individuel . Or, quelles que soient les mesures qui seront prises pendant la période de transition, ce qui importe surtout est l’ orientation de ces mesures, leur rupture avec le système passé. » ( CCI ( courant communiste international ) Brochure « La période de transition du capitalisme au socialisme » mai 1981.p.27).

Bibliographie

J. Camatte « Capital et Gemeinwesen. » Page 198 et suite
Jean Barrot « communisme et question russe » et « Le mouvement communiste »
Maximilien Rubel, « Marx critique du marxisme » ed. Payot. « Le mythe d’ octobre »
Marx ,Engels, Critique du programme de Gotha, ed. Sociale
Principes fondamentaux de production et de répartition communiste ( groupe des communistes internationaux) GiK Berlin 1930-Fondements de l’ économie communiste I.C.O N°101,12,1971
« Temps de travail et domination sociale » Moishe Postone ed Mille et une nuits.
L’ Anti Dhurïng… sur la répartition
K.Marx

http://kropot.free.fr/nomonnaie.htm

2 pensées sur “L’ abolition: de la marchandise, de l’argent, de l’échange, du salariat sous le communisme.

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    28 décembre 2017 à 13 01 47 124712
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    Après lecture attentive, je pense que cette bien longue étude aurait gagné à se référer, dans son ensemble -et notamment dans la partie «La transition de l’économie capitaliste au communisme.» – au travail de Staline « Les problèmes économiques du socialisme en URSS (1952), ne serait-ce qu’en le notant dans la « Bibliographie » en fin d’article.

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      29 décembre 2017 à 7 07 52 125212
      Permalink

      @ COMTE

      À MON HUMBLE AVIS LE PROBLÈME DE toutes et chacune de ces études y compris celle de Staline – et y compris les textes de Marx qui portent sur le sujet du mode de production COMMUNISTE, ne serait-ce que du point de vue de la monnaie, de l’État, etc. parlent de quelque chose qu’ils ne connaissent pas – et plus le texte est ancien plus l’écart avec ce que sera probablement la réalité est accablant

      1) Un nouveau mode de production est contenue en germe = à travers les contradictions = dans l’ancien mode de production et servira à le transcender = à résoudre ses contradictions profondes et à libérer les forces productives nouvelles. Marx l’a dit en observant les anciens modes de production et leur remplacement révolutionnaire.

      2) Je le crois sincèrement ca semble logique et c’est assez général pour ne pas se tromper et l’histoire le démontre

      3) Passer ce niveau de généralité on tombe dans la spéculation futuriste et plus on est loin du futur plus on se fourvoie. Comment des gens en 1867- 1950 ou même de 1999 peuvent-ils décrire la société communiste nouvelle sans une connaissance approfondie de la science, des nanotechnologies, des scanners, de l’aérospatiale, des nouvelles technologies de la communication, de la pharmacologie, des sciences médicales, de l’économie politique du XXIe siècle, de la chimie moléculaire et j’en passe

      Vaut mieux éviter ces sujets extrêmement périlleux où nous risquons de nous ridiculiser.

      Le prolétariat de la fin de ce siècle = après la révolution = se mettra à la recherche des solutions inscrites dans le présent mode de production mais qui sont entraver par les rapports de production capitaliste et par essai erreur nous diront un siècle plus tard ce que cela a donné

      Comme l’on fait les bourgeois du XViiie et XIXe siècle qui ont réinventé le capitalisme impérialisteselon un mode qu’ils n’imaginaient même pas à l’origine

      robert bibeau http://www.les7duquebec.com

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