La Crise qu’ils disent finie…

 

OLIVIER CABANEL :

La crise n’est pas une nouveauté, et il serait temps de s’attarder à celle qui à frappé le monde dans les années 30, afin de découvrir si des similitudes existent avec celle que nous connaissons, et s’il y a d’autres moyens d’en sortir par le haut.

Alors que des économistes bien intentionnés tentent de nous faire croire depuis quelques années que la crise est derrière nous, d’autres, peut-être plus perspicaces, pensent le contraire.

On se souvient que Christine Lagarde, bien avant qu’elle ne soit aux commandes du FMI assurait en 2007 que la crise était derrière nous, (lien) (autant ridicule que Waxman, l’auteur de la chanson :« la crise est finie  » écrite en 1933, alors qu’elle ne finira qu’en 1939), appuyée dans cette conviction par un certain nombre de politiques, voire d’économistes patentés, mais d’autres aujourd’hui, Raffarin en tête, pensent que le pire serait à venir. lien

D’ailleurs Ben Bernanke, le patron de la FED en est conscient, et contre toute attente, à décidé de maintenir son soutien exceptionnel à la reprise en attendant « plus de preuves d’une amélioration soutenue avant d’ajuster le rythme de ses achats ». lien

Alors, pourquoi ne pas s’attarder à analyser celle qui a frappé une bonne partie du globe dans les années 30 pour en comprendre l’origine ?

Un journaliste britannique, Chris Harman, qui nous a quittés en 2009, a fait un remarquable travail sur cette époque qui permet de comprendre les mécanismes qui ont provoqué tous ces bouleversements. lien

Il constate que la crise des années 30 avait réduit de moitié la production industrielle des 2 premières économies du monde de l’époque, les Etats unis, et l’Allemagne.

On pourrait presque ajouter… tout comme aujourd’hui.

A l’époque déjà, cette crise était complexe à comprendre, et 2 prix Nobel s’y étaient cassés les dents…Edward Prescott, et Robert Lucas : l’un évoquant « un épisode pathologique défiant tout explication… », et l’autre admettant « on ne sait pas ce qui est en train de se passer  »…

Il y avait pourtant des explications.

L’économiste Henryk Grossman avait, dans les années 20, réfuté l’argument du socialiste Otto Bauer lequel était convaincu que le capitalisme pouvait connaitre une expansion indéfinie à condition que les différents secteurs de l’économie se développent en harmonie les uns avec les autres, démontrant l’erreur de cette analyse, affirmant « qu’un point serait atteint à partir duquel le déclin du taux de profit aboutirait à ce qu’aucun investissement nouveau ne pourrait être réalisé sans détruire complètement la profitabilité de l’investissement existant, amenant l’accumulation du capital à s’arrêter complètement  »…

La suite allait lui donner raison : la construction commença à décliner dès 1925, et comme l’écrivit un autre économiste : « l’augmentation de la production de biens durables en 1928-1929 était trop rapide pour pouvoir durer longtemps (…) les commandes de certains types de bien durables déclinèrent assez tôt dans l’année 1929 »…en effet, en 1928 et 1929 la production croissait 3 fois plus vite que la consommation.

Par exemple, 15 millions de postes de radio étaient produits annuellement pour seulement 4 millions de vendus.

Dès lors, la production commença à décliner à l’été 29 de 25%, puis de 25% supplémentaires l’année suivante, provoquant la chute des prix de l’immobilier, plombant les banques qui avaient prêté pour financer ce secteur, déclenchant finalement de nombreuses faillites bancaires.

Pour sortir de la crise, pas mal de solutions avaient été tentées à l’époque… le gouvernement américain achetait des récoltes, et les détruisait afin de faire monter artificiellement les prix… des camps de travail étaient créés afin d’occuper plus de 2 millions de jeunes chômeurs…des augmentations de salaires étaient décidées afin d’encourager la consommation… en vain.

En Angleterre, Lloyd George, l’ancien premier ministre qui proposait la réalisation d’un programme de travaux publics fut lucidement contesté par Keynes, celui-ci expliquant que ce programme n’aurait pu faire baisser le chômage que de 11%…

Mais si les faillites concernaient surtout les agriculteurs, les banques, et les petites ou moyennes entreprises, elles faisaient les affaires des plus grosses entreprises qui achetaient à bas prix les usines défaillantes et leurs machines, et en profitaient pour tirer les salaires vers le bas, ce qui n’est pas sans rappeler la situation actuelle.

Les géants de l’industrie continuèrent leur activité, laissant les petites compagnies supporter tout le poids de la crise, licenciant leurs salariés, sans pour autant sacrifier leur capital… tout comme aujourd’hui.

Cette situation provoqua un répit de courte durée, avant l’effondrement définitif.

En Allemagne, la crise provoqua la montée de l’extrême droite, laquelle avait trouvé son bouc émissaire : les Juifs, les Roms…entre autres. lien

Le chômage y était passé en 1930 de 1 400 000 à 3 100 000, et le pays, outre ces difficultés, pâtissait des conséquences du traité de Versailles, entré en vigueur le 10 janvier 1920, lequel obligeait l’Allemagne à s’acquitter annuellement d’une dette annuelle si lourde qu’il était quasi impossible de s’en sortir. lien

Le national socialisme allait se nourrir de cette situation, amenant, comme on le sait, l’avènement d’Hitler, lequel annula le traité de Versailles, et provoqua la seconde guerre mondiale avec les conséquences que l’on connait.

Mais une fois la guerre finie, le même modèle économique ayant été gardé, la croissance repris de plus belle : des millions d’humains avaient perdu la vie, il fallait reconstruire l’Europe… et aujourd’hui, nous nous retrouvons quasi dans la situation qu’ont connu de nombreux pays dans les années 30.

Dans son article, Chris Harman, mettait en évidence les similitudes « remarquables » entre cette crise, et celle que nous connaissons aujourd’hui.

Pointant du doigt l’internationalisation de la finance, la baisse du taux de profit du capital, l’écart entre l’épargne et l’investissement lequel avait été comblé par un investissement improductif et des dépenses spéculatives, l’augmentation des impôts, il a mit en évidence les convergences entre les 2 situations, et Martin Wolf, dans les colonnes du « Financial Times » enfonce le clou en décrivant parfaitement le mécanisme : « la machine à égaliser marche en sens inverse, et, de la même manière qu’elle a généré des profits fictifs dans sa phase ascendante, elle supprime ces profits dans la descente. Et pendant que cela continue de se dérouler, les consommateurs très endettés réduisent leurs dépenses, les sociétés se retranchent et le chômage s’envole  ».

Aujourd’hui, en France, la part de l’alimentation dans le budget des ménages a baissé d’un tiers en 50 ans, et selon une étude le l’ONG Oxfam, 42% de la population espagnole sera pauvre en 2025, et 15 millions de nos voisins d’outre-Rhin sont rentrés en pauvreté.

Alors si la crise des années 30 s’est finalement soldée par la 2ème guerre mondiale, comment pourrait se finir celle que nous connaissons ?

Personne ne peut imaginer une nouvelle guerre mondiale… et pourtant, il y a tant d’instabilité dans ce monde qu’il est difficile d’écarter définitivement une telle issue, à moins que les dirigeants de la planète ne décident de réduire les inégalités entre les plus riches et les autres… ce que permettrait en partie le Revenu de Base. lien

Il serait en effet grand temps de faire quelque chose, car le nombre de riches continue d’augmenter dans ce bas monde, et l’humain, comme le démontre ce court dessin animé, reste le pire ennemi de la planète.

S’il faut en croire les analyses de la Banque « Crédit Suisse », ils sont aujourd’hui 31,6 millions à posséder un patrimoine supérieur à 1 million de dollars dans le monde, contre 29,8 millions l’an dernier, répartis ainsi : 42% au USA, 8% au Japon, 7% en France, 5% en Allemagne, Grande Bretagne, et Italie, 4% en Chine et en Australie, le reste du monde se partageant les 20% restant.

Mais l’accroissement du patrimoine mondial ne fait pas le bonheur de tous : ces millionnaires ne représentent que 0,7% des humains de la planète et alors que ces millionnaires détiennent 41% de la fortune mondiale, 68,7% de la population mondiale ne détient que 3% des richesses.

Martin Hirsch, l’initiateur du RSA a eu cette jolie sortie : « ça revient cher d’être pauvre  » (lien) et le chanteur Robert Charlebois a résumé assez bien la situation sur l’antenne de France Culture dans l’émission « à voix nue » en déclarant : « c’est comme des petits enfants qui se battent dans une cour d’école… l’économie, c’est quoi ? C’est un sac de bille, (…) dans une cour de récré on donne 10 billes à tout le monde, et au bout d’une heure, y en un qui a 100 billes, les autres n’en n’ont plus, et s’il ne redonne pas ses billes, qu’est-ce qu’il va se faire chier ! »  lien

Comme disait Vladimir Jankélévitch : « le diable n’est fort que de notre faiblesse, qu’il soit donc faible de notre force  » et comme ajoute mon vieil ami africain : « ils ne sont pas plus grand que toi, c’est seulement que tu es à genoux ».

L’image illustrant l’article vient de « tousoptimistes.com »

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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Fin du travail et revenu universel, Michel Husson, n°176, juillet 2005

L’allocation universelle, Yannick Vanderborght et Philippe Van Parijs, la découverte 2005

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