La démocratie, une idée neuve en Europe

Recherche menée par Robert Gil

Depuis 2005, les libéraux, sociaux ou non, tentent de persuader les peuples que les traités européens sont des objets politiques d’un type nouveau : ils seraient inaccessibles à la démocratie… Ainsi, nous avons fait en France l’amère expérience d’avoir rejeté le projet de constitution européenne par le procédé démocratique du référendum et de l’avoir vu validé par le procédé antidémocratique du vote en congrès des parlementaires libéraux, modifiant la Constitution en vue de la ratification du traité de Lisbonne. Le même traité que le précédent à 5 % près. La plupart des députés et sénateurs ont ainsi inauguré une ère de régression brutale de la démocratie dans notre pays.

Il semble qu’à Bruxelles, on subodore comme un parfum d’échec de l’effet persuasif à long terme de la démonstration parmi les peuples. Aussi, c’est le président de la Commission européenne, Jean Claude Juncker, lui même qui s’y colle. C’est dans les colonnes du Figaro du 2 janvier dernier qu’il s’exprime : « Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Les traités européens sont désormais la matrice de la quasi-totalité des choix de politique économique, sociale, culturelle, institutionnelle, internationale, pour chacune des nations européennes. Il n’y aurait donc pour exprimer toute opinion politique ou presque, pas de cadre démocratique ? Toute opinion politique ou presque serait donc par définition séditieuse ?

M. Jean-Claude Juncker était en tête de la manifestation du 11 janvier dernier aux côtés de toute une escouade de champions du monde de la guerre, de l’austérité, de l’autoritarisme, du népotisme. Aurait-il omis de se retourner vers les 3 millions de Parisiens, venus exprimer leur amour, violenté certes, mais immodéré de la liberté d’expression, autrement dit d’un des fondements de la démocratie ?

À l’université de Strasbourg où il fit ses études supérieures, Jean-Claude Juncker n’a pas manqué de parcourir pieusement le texte du discours de Fulton du leader occidental Winston Churchill. Le 5 mars 1946 il inaugurait la méchante période de guerre froide. D’un côté « le monde libre », de l’autre « le bloc soviétique », séparés par le « rideau de fer ». L’ex-premier ministre britannique terminait son allocution en exhortant l’Europe occidentale à contrecarrer le pouvoir communiste à fin « d’établir dans tous les pays aussi rapidement que possible les prémices de la liberté et de la démocratie. »

Personne n’a prévenu M. Juncker, la démocratie, aujourd’hui, se joue des frontières. Elle était à Paris le 11 janvier, elle dansait à Athènes au soir des élections du 25 janvier, elle était un million à Madrid, singulièrement rajeunie par Podemos le week-end dernier, elle battait le pavé de novembre à Bruxelles avec 120 000 manifestants contre l’austérité, au même moment et pour les mêmes raisons elle était avec les 150 000 de Dublin en Irlande.

Jean-Claude Juncker, lui, est resté accroché au rideau de fer, il a de la compagnie, pas un membre du gouvernement français ne s’est élevé contre sa déclaration.

Catherine Destom-Bottin

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