La France : un géant maritime !

Très peu de nos concitoyens le savent : la France possède le 2e domaine maritime international, tout près des États-Unis et loin devant l’Australie. Au delà de la curiosité géographique, cette réalité pourrait revêtir une importance économique de tout premier plan dans les décennies à venir. Grâces en soient rendues à nos valeureux navigateurs découvreurs de terres inconnues ou aux négociateurs qui ont su acquérir les territoires polynésiens…

En matière maritime, les droits souverains d’exploitation des ressources s’exercent non seulement dans les eaux territoriales attenantes à la bande côtière, mais également dans ce que l’on nomme la zone économique exclusive (ZEE). Une ZEE qui comprend, à partir de la ligne de base (limite moyenne atteinte par les marées sur le littoral) : la mer territoriale, d’une largeur de 12 milles marins, la zone contiguë, également de 12 milles, et une zone d’exclusivité dont la largeur est librement fixée par chaque État maritime, le tout formant la zone économique exclusive, dans une limite fixée depuis 1982 par la Convention des Nations-Unies sur le droit de la mer, à 200 milles marins depuis la ligne de base. 

200 milles, c’est la largeur choisie par la France pour délimiter sa ZEE autour de l’ensemble de ses territoires souverains. Avec 11 millions de km² de ZEE, notre pays vient en 2e position derrière les États-Unis (12,2 millions de km²) mais loin devant l’Australie (8,5) et la Russie (7,6). Quant au Royaume-Uni, il ne se classe qu’au 8e rang avec 5,5 millions de km², une misère pour l’ex-empire, dépossédé de la souveraineté de ses plus beaux fleurons planétaires, y compris l’Australie, le Canada et la Nouvelle-Zélande qui n’ont gardé de leur ancienne dépendance que la tête couronnée de la reine d’Angleterre.

Contrairement à sa voisine d’outre Manche, la France possède encore, comme chacun sait, de nombreux territoires sur les différents océans du globe. Des territoires parfois largement éparpillés à l’image des 118 îles qui, réparties en 5 archipels, constituent la Polynésie française. Un éparpillement océanien qui, à lui seul, suffit à expliquer le classement de notre pays au 2e rang mondial. La ZEE de la Polynésie française est en effet de… 4,8 millions de km², derrière le Canada (5,6) et le Royaume-Uni (5,5), mais devant le Japon (4,5).

Avec 1,4 millions de km², la Nouvelle-Calédonie occupe le 2e rang des possessions françaises, avec une ZEE à peine inférieure à celle de l’Afrique du Sud (1,5). Impressionnant, comparé à la ZEE métropolitaine, limitée par les eaux souveraines des pays voisins, et qui s’établit à un très modeste 0,33 million de km², loin derrière les îles Éparses (0,62), les Crozet (0,57), les Kerguelen (0,57) et même Saint-Paul et Amsterdam (0,51).

Certes, ces trois derniers territoires sont d’un accès lointain et difficile et, mis à part des membres de l’équipage et les rares passagers du navire ravitailleur Marion-Dufresne* basé à La Réunion, bien peu de manchots et d’otaries de ces Terres australes sont dérangés par la présence humaine. Sans doute le sont-ils davantage par les animaux introduits naguère, tels les bovins d’Amsterdam ou les ovins et caprins des Kerguelen.

Avec ses 11 millions de km² de ZEE, la France semble disposer d’un atout économique de premier ordre, mais un atout encore largement illusoire tant les ressources halieutiques (pêche en mer et aquaculture) sont menacées ici, du fait de la pollution ou de la surpêche, et bien trop éloignées des zones d’habitation ailleurs. Des expériences aquacoles basées sur l’élevage de la légine et de la langouste sont même en cours aux abords des terres australes, mais elles se heurtent à une concurrence encore plus féroce que celles des thoniers espagnols pour les pêcheurs métropolitain : celle des albatros et des pétrels, aussi nombreux que voraces, mais tellement beaux dans leurs évolutions aériennes.

L’homme n’a toutefois pas dit son dernier mot : si les pêcheurs ou les aquaculteurs semblent devoir limiter leurs prétentions à dominer la nature et à s’accaparer ses ressources animales, les scientifiques continuent de plancher sur une autre ressource, minérale celle-là : les nodules polymétalliques, particulièrement nombreux dans le secteur de Clipperton (ZEE de 0,43 million de km²) mais également présents dans d’autres secteurs de la ZEE française du Pacifique. Problème : ces nodules reposent le plus souvent à de grandes profondeurs et leur coût d’extraction les rend actuellement non rentables. Une situation qui pourrait pourtant évoluer dans les années à venir par la découverte de nouveaux gisements et la modernisation des techniques d’exploitation. Auquel cas la ZEE de notre pays pourrait se révéler un réel atout dans la compétition économique…

La France dont la ZEE représente 8 % des mers du globe alors que l’ensemble de ses territoires ne totalise que… 0,45 % des terres de la planète ! Étonnant, non ?

* L’une de mes ex-collègues a fait le voyage sur le Marion-Dufresne, seule passagère à bord à titre payant. Lors de ce périple dans les mers australes, elle a pu, grâce à l’hélicoptère de bord, visiter les Crozet et les Kerguelen en compagnie de scientifiques et de l’ex-navigatrice et ingénieur agronome Isabelle Autissier, alors membre consultatif du Conseil des TAAF et devenue depuis présidente du WWF France. Un voyage coûteux mais inoubliable, avis aux amateurs !

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