La grave montée des incivilités dynamite la cohésion sociale

Avec la crise, les incivilités se multiplient dans notre beau pays de France :

Certains mégoteront en nuançant sur le degré de gravité de ces différentes incivilités. Méthode classique pour tenter de dédouaner celles à laquelle on se livre (ou rêve de se livrer). Les uns légitiment toujours leurs crapuleries par celles des autres d’en face (réelles ou supposées). Toutes en réalité s’alimentent les unes les autres, se répondent comme un écho.

Pourquoi se gêner ?

Pourquoi se gêner dans un rayon de supermarché dégoulinant de marchandises hors de portée de son porte-monnaie, quand tous les patrons du CAC40 se servent copieusement dans les caisses de leurs entreprises ?

Comment respecter un conseiller à la clientèle qui vous sermonne sur votre malheureux mais persistant découvert bancaire, quand vous savez que les banques ont érigé la tricherie et le pillage à l’échelle mondiale en toute impunité ?

Pourquoi se priver de gruger son patron ou son voisin, quand même des benêts de champions grassement payés parient contre leur propre employeur ?…

Une société ne peut vivre sainement qu’à travers un tissu social fait de règles élémentaires et d’un respect collectif de ces règles. Quand le tissu social, inculqué par voie éducative, vole en éclat, la société se désagrège. Et vient le règne de la sauvagerie.

La dérégulation érigée en principe au nom de la liberté sacro-sainte des “marchés” contenait en germe ses propres bactéries infectieuses et débouche sur la loi de la jungle et du plus fort.

On arguera bien sûr que les incivilités ont existé de tout temps. Certes, mais c’est leur multiplication accélérée sous l’effet de la crise qui gangrène aujourd’hui le corps social et le condamne.

Contamination hystérique

Oui, “le condamne”, car l’engrenage ainsi mis en branle devient rapidement impossible à maîtriser. La contamination s’hystérise. Derrière cette fuite en avant, il y a, je pense, une préscience de la fin. Une acceptation de la chute. Et vous pouvez alors sentir une tenace odeur de décomposition flotter dans l’air ambiant. La bonde au n’importe quoi est ouverte :

  • les financiers dépècent leurs propres organismes à coups de primes extravagantes ; parient (Goldman Sachs) sur la mort de leur propre système ;
  • les entrepreneurs gagnent plus d’argent immédiat en “restructurant” qu’en investissant, se votent indemnités et retraites dorées par précaution ;
  • les sauvageons de banlieues brûlent leurs écoles, conchient leurs propres cages d’escalier, massacrent la bande du trottoir d’en face, accueillent désormais les flics avec des armes à feu ;
  • et les politiques, morveux, prétendent relancer le bien-être de leurs administrés avec des plans d’austérité dont ils savent qu’au final ils ne serviront qu’à renflouer leurs sponsors financiers en déroute.

Outre la montée des incivilités, il y a un effet collatéral terrible à ces dérives : l’éclatement du corps social en une multitude de groupes isolés, jaloux de leurs prérogatives, opposés entre eux et hostiles à tout ce qui leur est étranger. Et qui ne se retrouvent que pour cogner sur le bouc émissaire de service.

Passé un certain stade de dilution collective, il n’y a plus guère qu’un effet de choc pour enrayer cette effrayante descente aux abimes. En espérant que celui-ci ne soit pas encore plus terrifiant.

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