La ligne de basculement

Recherche menée par Robert Gil

La force du système ultra libéral, nouvelle appellation de certain, mais qui n’est que la continuité du capitalisme, est d’avoir en quelques décennies réussi à faire en sorte que les gens aient intériorisé la formule du « c’est comme ça, on ne peut pas faire autrement, tous les autres systèmes ont échoué, il n’y a aucune alternative ». Et tous les pays qui veulent vivre différemment ou essaient une autre voie sont immédiatement sanctionnés, voir ici la théorie dite « punir les mauvais élèves ». Mais il est certain qu’un profond ressentiment et un mal de vivre pèsent sur les populations de nombreux pays. Les « sacrifices » constants demandés  aux plus nombreux et souvent au plus pauvres commencent à toucher les classes dites moyennes et épargnent toujours les plus favorisés qui se vautrent dans le luxe et étalent dans les magazines peoples leur fortune démesurée. A Monaco au dernier étage d’une tour en construction on pourra acheter un appartement d’une valeur de 300 millions d’euros!

La seule préoccupation de nos élites dans la course effrénée au pouvoir et à la richesse est d’éviter un soulèvement violent des populations qu’ils exploitent. Eviter coûte que coûte  qu’une «révolution» compromette complètement ce mécanisme qu’ils mettent patiemment en place depuis des décennies. Lorsque l’on pressurise des peuples, il y a une ligne que l’on pourrait nommer « ligne de basculement » ou de « fracture » qui une fois atteinte peut déclencher, pour un motif à priori anodin ou secondaire, une véritable révolte avec des conséquences incontrôlables. Passé cette ligne, les populations sont annihilées, lobotomisées et trop préoccupées par leur seule survie pour se rebeller de façon à mettre en danger le système dominant. Donc, le véritable problème pour nos dirigeants (politiques, économiques et financiers) est de passer cette ligne sans encombre. Le tout est de savoir à combien de distance nous sommes de cette ligne ? En sommes- nous encore loin ? L’avons nous atteinte ? Ou est-ce déjà trop tard ? Nous l’avons peut être déjà dépassée et les soubresauts que l’on perçoit ici ou là ne sont que des petites répliques sans importance pour le système.

En Turquie, il a suffi que  le parc Gezi  soit menacé d’être détruit par les pelleteuses pour qu’éclatent des manifestations violentes dans 385 villes du pays  et que la place Taksim soit le symbole d’un mouvement contestataire qui n’en finit pas. A Rio de Janeiro, une augmentation de 6 centimes d’euros a mis des millions de brésiliens dans les rues. Des centaines de milliers de manifestants ont défilé pendant des jours pour protester contre la hausse des tarifs des transports publics et les dépenses somptuaires engagées pour l’organisation du Mondial 2014 de football. Et là bas non plus ce n’est pas fini. Souvenons nous aussi qu’il n’y a pas longtemps, au Portugal,  il a suffi que le gouvernement veuille abaisser les cotisations patronales de 22,5 à 18, 5 % et hausser celles des salariés de 11,5 % à 18,5 % pour mobiliser 1,5 million de manifestants (soit l’équivalent de 11 millions en France). En Grèce la colère gronde toujours, et dans de nombreux pays européens un mal être et un ras le bol couvent sous l’apparente acceptation des changements voulus par la commission européenne avec la complicité de nos politiques et le « forcing » des banques et des organismes financiers. J.P Morgan ou Goldman Sachs par exemple préconisent de baisser les salaires de manière drastique et de mettre en place des régimes plus « autoritaires  » en Europe … Alors cette ligne dite de « basculement » où est-elle ?

Ouvertement ou insidieusement, tout est fait pour mettre en place  des mesures pour réprimer la classe ouvrière et éradiquer ses acquis sociaux. Le système capitaliste et ses agents politiques soutiennent qu’il est nécessaire d’imposer des «réformes politiques» destinées à supprimer l’opposition aux mesures d’austérité massivement impopulaires qui sont appliquées au nom des banques. Leur rêve est de mettre en place des régimes fascistes et dictatoriaux pour permettre à la bourgeoisie de préserver ses privilèges. Mais il est sûr que nous sommes en équilibre instable et une étincelle peut mettre le feu aux poudres, quelle sera la grosseur de l’allumette, quelle sera la quantité de la réserve de poudre… ça c’est une autre histoire !

5 pensées sur “La ligne de basculement

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    18 octobre 2013 à 23 11 08 100810
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    A Robert GIL

    « un profond ressentiment et un mal de vivre…  » C’est bien çà. Ne rêvons pas d’un Grand Soir concerté. Le Système sait très bien jusqu’où il peut aller, et aucune organisation ne peut être mise en place qui pourrait vaincre le Système, puisque ce dernier peut en prévoir la stratégie et la contrer par la force, la ruse , la zizanie ou la corruption.

    Le basculement viendra comme une crue centennale de haine. Le Système sera détruit par une multitude d’actions individuelles qui ne seront pas solidaires d’un projet ni d’une alternative raisonnable , mais uniquement commises à la destruction gratuite et irrationnelle – et donc imprévisible – du Système.

    Dans le chaos qui suivra, de nouvelle règles apparaitront qui seules ne seront pas les copies conformes de celle qui sont appliquées présentement. Soyons prêts à agir selon ces règles que nous ne connaitrons que quand elles seront là.

    PJCA

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    18 octobre 2013 à 23 11 21 102110
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    Je frémis en songeant à cette fracture – ligne de basculement – moment fatidique d’action ou réaction que nous avons peut-être dépassée.

    Sommes-nous lobotomisés parce que trop préoccupés par la survie, devenus blasés, désabusés?

    Notre société pourrait se comparer à un institut d’aliénés mentaux. Les malades dans ces lieux perdent leur pouvoir, n’ont plus la force de réagir, trop brimés par la rigidité du système qui sanctionne la moindre opposition.

    Le feu aux poudres, je peux dire que ça me fait peur. L’histoire démontre que c’est chaque fois le peuple qui souffre des révoltes. Des régimes se défont, d’autres les remplacent en n’oubliant pas de transporter les privilèges de ceux qu’ils ont abattu.

    Je pense tout à coup à un texte de la Charte de la Terre (Alexandre Leroux) : «… l’évolution de l’humanité n’est pas une question d’avoir plus, mais plutôt d’être plus … »

    C’est cette ligne que j’aimerais voir se profiler à l’horizon.

    Carolle Anne Dessureault

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      19 octobre 2013 à 6 06 39 103910
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      « Je pense tout à coup à un texte de la Charte de la Terre (Alexandre Leroux) : «… l’évolution de l’humanité n’est pas une question d’avoir plus, mais plutôt d’être plus … »

      « C’est cette ligne que j’aimerais voir se profiler à l’horizon. »

      C’est remarquable que cette phrase soit prononcée par un homme. Si on souhaite que l’œuf soit plus il faut que la poule soit plus.

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    19 octobre 2013 à 1 01 38 103810
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    J e dis, trop tard. La machine es bien huilée, elle dispose de moyens quasi infini, une banque de données illimitée .

    Le systême, comme vous dites, PJC, n’existe que dans notre esprit…eux vivent dans le leur et sauront três bien s’accomoder des actions auxquel vous faites référence.

    Dixit Pink floyd; I have become comfortably numb…comme une grenouille dans un chaudron d’eau froide sur un rond de poêle a la plus haute température, y sera encore lorsque l’eau commencera a bouillir .

    Je reste vigilant

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