La liquidation des biens publics en France

Recherche menée par Robert Gil

Picture 052De 1933 à 1982 : constitution et création du Bien Public avec notamment : Air France, SNCF, Renault, Crédit Lyonnais, Société Générale, AFP, Alsthom, Saint Gobain, Usinor Sacilor, Rhône-Poulenc, Crédit commercial de France, et la création d’EDF-GDF, soit un total d’une cinquantaine de groupes. Plus des groupes où les participations publiques sont majoritaires comme Matra, la Société d’étude Marcel Dassault, la Banque Rothschild ou la Banque Worms. Tout cela constituait le patrimoine que nous devions léguer à nos enfants !

De 1986 à 2012 : dénationalisations totales ou partielles par tous les gouvernements si bien qu’en 2007, il ne reste plus rien du secteur public industriel, le secteur public social et les biens d’usage collectif sont privatisés. Comment en est-on arrivé là ? Par le lobbying et la modification de la législation. Quand cela ne suffit pas, le gouvernement s’abrite derrière les directives européennes. La sous-évaluation des biens publics livrés aux copains est systématique, en surestimant l’endettement ou en mettant en cause la gestion par exemple. Tout devient source de profits : l’énergie, l’eau, le chômage, le savoir, la santé, les retraites et même la délinquance avec des prisons privées, tout doit être transformé en marchandises, rien de doit échapper au marché !

Les techniques utilisées : la vente totale ou partielle des entreprises publiques, l’externalisation par le recours massif à la sous-traitance (informatique, maintenance, nettoyage, restauration …), le démantèlement et la vente des filiales les plus rentables, le bradage des terrains et des logements de l’Etat … avec de gros profits en vue pour les repreneurs. L’état coupe ses sources de revenu et explique après que les caisses sont vides !

Les prédateurs sont pour l’essentiel de grandes sociétés multinationales qui ont leur siège en France ou de grands groupes financiers multinationaux, les fonds de pension, Les Hedge Funds et les Fonds Souverains. Actuellement en France les P-D.G des sociétés du CAC 40 gagnent de 300 à 500 fois le SMIC. Le bien être de quelques uns est bâti sur la misère des autres. Les impôts sur les sociétés et des plus riches ne cessent de diminuer et le chômage augmente. Le nombre de fonctionnaires et d’entreprises publiques diminue et le déficit de l’Etat augmente ! Cherchez l’erreur !! Le transfert des fonds publics vers les fonds privés est la principale cause des difficultés de l’Etat.

L’appât du gain sans limite a autorisé au nom d’une supposée efficacité économique une remontée des inégalités de revenus et de patrimoine à des niveaux que l’on n’avait plus connus depuis la fin du XIXe siècle. Ces formidables inégalités n’ont aucune utilité pour la société, bien au contraire : elles sont source de pauvreté, de misère, de délinquance et d’insécurité pour la majorité de la population ; le système profite à une minorité, tous les autres tôt ou tard le subiront. Que laisserons  nous à nos enfants ?

Une pensée sur “La liquidation des biens publics en France

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    10 novembre 2017 à 2 02 14 111411
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    L’État et la loi de la valeur.(Gérard Bad)

    Article paru dans Echange numéro 101 été 2002 pages 28

    Ce texte s’inscrit dans le débat sur le travail productif et improductif de plus-value. La question de l’État, voire de l’État-nation étant au centre des débats actuels, nous avons voulu montrer comment et pourquoi aujourd’hui le « libéralisme mondialisé » n’est que le développement normal du capital. Toutes les transformations et aménagements de l’État ne sont qu’une adaptation de la superstructure au redéploiement du capital ; l’État étant toujours au service de la classe capitaliste ou, plus exactement, au service des capitaux les plus puissants. Au passage, nous procéderons à une démystification du programme nucléaire français qui entre en contradiction avec certains pays d’Europe qui rejettent le nucléaire. Nous verrons aussi que tous les grands projets européens vont dans le sens d’une reprise par le privé de grands travaux, mais aussi comment l’État intervient pour aider ce capital à s’imposer, comment le « libéralisme » n’est qu’un mot trompeur qui ne signifie rien d’autre qu’une attaque systématique au volet social de l’État. Pour le reste, l’État providence est toujours présent pour aider les entreprises, pour endetter le peuple.

    Le retournement monétariste de 1979 et la question de l’État.

    C’est effectivement après 1979, qu’au niveau mondial la question de l’État et surtout de son surendettement vont être la cible d’une remise en question par les milieux financiers qui se rendent compte que les profits ne sont plus assez juteux, il y a crise de la rentabilité du capital au cours des années 70 . Le volet social de l’État va être la première cible, de ce mouvement capitalistique, qui va porter le nom de « mondialisation » ou « globalisation ».

    C’est sous le qualificatif de lutte contre l’État-providence qu’une formidable machine bureaucratique et judiciaire va remettre en cause l’ensemble des acquis sociaux dans le monde. L’argumentation des « libéraux » consiste à répéter « qu’ au cours des années soixante-dix, l’interventionnisme économique de l’État provoquait le dérèglement des mécanismes délicats de l’économie de marché, en retardant les adaptations nécessaires ». Les rigidités de l’état sont jugées insupportables par le courant monétariste, l’appareil bureaucratique de l’État est jugé comme une atteinte à la libre concurrence appelée pour la bonne cause « liberté individuelle ». On va critiquer le fait que l’État transforme peu à peu les « citoyens » en « assistés » passifs et irresponsables « les » nouveaux philosophes « (B-H. Lévy, A. Glucksmann, J.-M. Benoit, J,-P. Dollé…) vont jusqu’à considérer que l’État-providence est l’antichambre du totalitarisme.

    Ce retournement » anti-étatique du capital « vers la libre concurrence n’est en fait qu’un retour du capital à lui même » La libre concurrence est le rapport du capital à lui même, en tant que capital autre, c’est6à-dire qu’elle représente le comportement réel du capital « ( Marx, Grundrisse, 3 p. 259), Comme Mattick l’avait prévu le Keynésianisme aura une fin, mais le retour à la libre concurrence annonce aussi la contradiction immanente de la production capitaliste, celle ou il est lui même une entrave à son libre développement et dont il n’a pas conscience. La « mondialisation » a cette caractéristique aujourd’hui de vouloir abolir les frontières et de provoquer le libre affrontement concurrentiel des marchandises et des capitaux au niveau mondial pour contrecarrer ( pour combien de temps et dans quelles conditions) la baisse du taux de profit . Seulement il faut le rappeler, la libre concurrence a déjà été niée une première fois à l’échelle mondiale par l’introduction du Keynésianisme et de l’économie mixte après la crise de 1929. Le recours depuis 1979 de nouveau et à l’échelle mondiale à l’économie de marché, ne fera qu’entraîner une nouvelle fois le monde vers une crise catastrophique.

    Les pionniers du libéralisme capitaliste

    C’est avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne début 1979 que le mouvement de » libéralisation « du volet social du capital va commencer. En 1980,ce sont les États-Unis de Ronald Reagan qui vont prendre la relève ; depuis tous les pays capitalistes ont appliqués et appliquent chaque jour la » déréglementation « . En France, la gauche est arrivée au pouvoir avec un » programme commun « en complète opposition avec l’abolition de la providence de l’État, programme de nationalisations mort-nées sur l’autel de l’Europe. Alors va s’amorcer l’ère de la cohabitation (gauche/droite) qui permettra un glissement en douceur vers un néolibéralisme pour un » État modeste « à la française (1983-1988) qui va finir par éclater sous la pression des éléments extérieurs. L’instauration d’une économie ouverte en Europe et dans le monde va rendre les capacités de régulation de l’État de plus en plus illusoires, la loi de la valeur frappe à la porte et menace maintenant des industries nationales et aussi européennes. Les secteurs monopolisés et protégés par l’État vont de moins en moins résister aux privatisations (c’est-à-dire à la mise en concurrence sur le marché proprement capitaliste des entreprises et des prolétaires privatisés). La remise en cause du volet social de l’État, va provoquer une collectivisation des différents statuts protecteurs et donc une abolition progressive de la distinction entre secteur public et privé toujours l’objet de rivalité au sein du prolétariat et que l’État utilisera pour attaquer l’âge de retraite du privé et ensuite du public en 1995 avec pour conséquence l’explosion sociale qui s’en est suivie.

    Revenons en donc à » notre État modeste « dont l’objectif est la destruction des engagements collectifs ( conventions collectives…) avec mise en spectacle de la » deuxième révolution individualiste « . La modestie de l’ État français ira jusqu’à provoquer un conflit important entre les partisans de l’école privée et publique. En 1983 F. Mitterrand déclare le 4 janvier » l’État n’est que la « solution ultime », à laquelle on a recours « lorsque son action devient à l’évidence indispensable » et il doit être « allégé de pouvoirs inutiles et pesants ». Le programme va être clair : allègement des charges pesant sur les entreprises, compressions des dépenses sociales, rigueur salariale dans le secteur public, réduction pour 1985 de 5500 fonctionnaires.

    De 1986 à 1988 , le gouvernement français prend de nouveaux engagements contre le salariat (libéralisation des prix, suppression du contrôle des changes, développement de la concurrence, lutte contre les rigidités concernant l’embauche et les dénationalisations).

    Le programme commun de la gauche est nié jusqu’à la moelle des os. Plus de 65 groupes (banques, compagnies d’assurances, entreprises industrielles), seront soumis à la privatisation . Ce programme va toucher les nationalisations de 1982, voire de 1945. Après « l’État modeste » et sa métamorphose, un nouveau qualificatif de l’État marque la période qui va suivre celle du « libéral-étatisme » avec une redéfinition du rôle de l’État français.

    En 1989, le gouvernement Rocard entend donner une nouvelle ambition à l’État, il parle de « renouveau du service public » dans la pratique il va constamment opposer les usagers au secteur public préparant ainsi le terrain des privatisations de 1993 du gouvernement Balladur ; 21 groupes visés : Renault, air France l’ Aérospaciale, en 1994 privatisation totale d’Elf-Aquitaine et de l’UAP.

    Dés 1987 date du début des dévalorisations financières en chaînes, la politique monétariste de l’ultra-libéralisme est remise en cause, le bilan est plus que négatif. De nouveau la question de l’État ; et de sa réhabilitation revient sur le tapis. En Grande-Bretagne Thatcher démissionne le 22 novembre 1990 ; c’est la fin des croisades contre le « Welfare State » (Etat-providence), Aux USA Bill Clinton est réélu sur un programme de relance de l’économie par des dépenses publiques, il veut « réinventer l’État » et parle d’une réforme en profondeur du système de protection sociale.

    Dans pratiquement tous les pays occidentaux des mouvements de réhabilitation du rôle de l’État auront lieu, mais la purge sociale aura été programmée par tous les États et la réhabilitation de l’État ne remettra pas en cause la poursuite de cette purge, elle va au contraire la diriger, la contrôler et l’accentuer.

    Le nouvel État, n’est pas vraiment nouveau comme nous allons le voir.

    Il est structuré autour de représentations comme : la subsidiarité, la régulation, l’équité.

    La subsidiarité, n’est que la remise au goût du jour de la doctrine sociale de l’église, qui habilitait l’État à agir dans la seule hypothèse de carence de l’initiative privée. Ce n’est pas une découverte nouvelle , Marx à ce sujet faisait cette remarque :

    « Pour que le capital assure la relève de l’État dans les travaux publics, il faut que la communauté réelle soit déjà largement représentée par la forme du capital. » ( Grundrisse, 3, p. 45, édt. 10/18).

    A cette fin, un organisme mi-public, mi-privé : le Centre européen pour l’étude des infrastructures (ECIS (sorte de clone spécialisé de l’ERT ) fut fondé en 1993 ; son objectif le développement des trains à grande vitesse, les aéroports, et 12000 Km de nouvelles autoroutes transeuropéennes. Tout retour à l’État pour le financement de travaux publics, serait donc un retour en arrière, une sorte d’incapacité du capital à s’assumer sans les béquilles de l’État. Nous verrons par la suite, que le capital et sa frange libérale, non seulement ne parviennent pas à se « libérer de l’Etat » mais en fait fonctionnent avec une aide constante de l’État national, mais aussi d’organismes chargés de la gestion du monde, avec notamment le FMI, la Banque mondiale, BEI…les forces armées de la communauté internationale ).

    La régulation : La véritable fonction de l’État serait d’être un régulateur et non un fournisseur de biens et services qu’il faut laisser à des opérateurs privés, qui n’agiront que si le profit est au rendez-vous. L’ État, compte tenu des privatisations, devant renier son rôle d’État entrepreneur.

    L’équité. Elle devrait se substituer, au principe républicain d’égalité , et donc admettre la réalité sociale d’inégalité sociale telle qu’elle est, sans l’hypocrisie de l’égalité juridique qui consiste à dire : « Il est interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts. » ( A . France)

    Mais en disant simplement : « il est interdit aux pauvres de coucher sous les ponts », la fracture sociale est reconnue comme telle.

    La suite sur spartacus 1918:L’État et la loi de la valeur.(Gérard Bad) rubrique Etat

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