La « passion d’Augustine » ou la musique magnifiée

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FERGUS :

 

C’est à une Canadienne originaire de Suisse que l’on doit ce film atypique. Tout y sonne juste, des sentiments exprimés par les actrices à l’interprétation des œuvres, toutes tirées du grand répertoire classique. Une incontestable réussite cinématographique…

Les affiches sont parfois trompeuses : La passion d’Augustine (bande-annonce) n’est pas un film consacré à la religion. Certes, l’essentiel de l’action se passe dans un couvent implanté sur une rive du Richelieu. Et la réalisatrice, Léa Pool, met en scène des religieuses et leurs élèves, confrontées à la menace que fait peser sur leur école la cession par l’Église catholique de ses activités éducatives à l’administration publique du Québec après le Concile Vatican II. Mais le sujet du film est avant tout la rencontre entre la musique et la spiritualité, ce mot devant en l’occurrence être pris au sens d’une élévation de l’âme, d’un accomplissement de soi, et non d’une croyance religieuse.

Simone Beaulieu, devenue Mère Augustine, est tout à la fois la supérieure du couvent, une pédagogue passionnée et une virtuose du piano entrée en religion à la suite d’un drame personnel. Elle s’est donné pour mission de former des interprètes de haut niveau, tant sur le plan instrumental que sur celui du chant. Et de fait elle y parvient, au point que l’école qu’elle dirige avec autorité recueille régulièrement des récompenses dans les concours organisés dans la Belle Province. L’histoire que nous raconte Léa Pool est située à la convergence d’une menace de fermeture de l’établissement et de l’arrivée dans l’institution de sa propre nièce, une jeune pianiste dont le talent va illuminer le film.

Avec Bach, Beethoven, Chopin, Liszt, Mozart, Purcell, Scarlatti, Vivaldi au programme des études de ces demoiselles, Léa Pool s’est trouvée confrontée à un problème de mise en scène. Faire appel à des comédiennes aux compétences pianistiques limitées obligeait en effet la réalisatrice à user d’artifices – plans alternés des visages des actrices et des mains de doublures – pour montrer les jeunes filles au clavier. Eu égard au nombre de plans concernés, Léa Pool a procédé autrement en faisant son casting non dans un panel de comédiennes, mais en auditionnant des élèves de différents conservatoires d’excellent niveau. Le résultat est incontestablement à la hauteur, avec des jeunes filles remarquables de naturel, et totalement crédibles dans le rôle qui leur est dévolu.

Toutes les actrices sont excellentes, et notamment Céline Bonnier et Lysandre Ménard*. La première incarne Mère Augustine, tout imprégnée de sa passion pour la musique et pour l’école qu’elle dirige. Quant à la seconde, elle est formidable dans le rôle d’Alice Champagne, la nièce rebelle de la supérieure. Outre le jeu de comédienne impeccable de cette jeune fille, c’est la prestation au piano de cette ancienne élève du Conservatoire de Montréal qui crève l’écran et qui suscite en nous une émotion sincère.

Si l’émotion est au rendez-vous, le film réserve également quelques moments de gaîté, mais aussi de désarroi dans une communauté religieuse confrontée à des changements – institutionnels et… vestimentaires – auxquels elle n’a pas été préparée. Sans oublier les éléments d’émancipation féminine qui offrent en filigrane une trame à cette histoire. Intelligemment scénarisé, et centré tout à la fois sur la musique et sur la psychologie de ses personnages, La passion d’Augustine nous offre un pur moment de félicité cinématographique, servi de surcroît par une photographie de grande qualité. Cerise sur le gâteau, le film est accessible à tous les publics, et pas seulement aux amateurs de musique classique.

* Lysandre Ménard s’est déjà produite sur différentes scènes classiques, y compris au Carnegie Hall de New York. Très éclectique dans ses goûts, elle est également membre du groupe indie-rock The Loodies.

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