La question du logement toujours aussi cruciale (première partie)

Par Gérard Bad août 2018. Sur  http://www.les7duquebec.com

 

« La crise du logement – à laquelle la presse de nos jours porte une si grande attention -, ne réside pas dans le fait universel que la classe ouvrière est mal logée, et vit dans des logis surpeuplés et malsains. Cette crise du logement-là n’est pas une particularité du moment présent; elle n’est pas même un de ces maux qui soit propre au prolétariat moderne, et le distinguerait de toutes les classes opprimées qui l’ont précédé; bien au contraire, toutes les classes opprimées de tous les temps en ont été à peu près également touchées. Pour mettre fin à cette crise du logement, il n’y a qu’un moyen : éliminer purement et simplement l’exploitation et l’oppression de la classe laborieuse par la classe dominante. Ce qu’on entend de nos jours par crise du logement, c’est l’aggravation particulière des mauvaises conditions d’habitation des travailleurs par suite du brusque afflux de la population vers les grandes villes; c’est une énorme augmentation des loyers; un entassement encore accru de locataires dans chaque maison et pour quelques-uns l’impossibilité de trouver même à se loger. Et si cette crise du logement fait tant parler d’elle, c’est qu’elle n’est pas limitée à la classe ouvrière, mais qu’elle atteint également la petite bourgeoisie. » (La question du logement Engels)


Depuis 1872 date à laquelle Engels a écrit cet article, rien ne semble avoir véritablement changé sur le fond, l’immigration étrangère ayant simplement pris le relais de l’immigration paysanne vers les villes. Au bout de vingt ans de « politique de la ville » et de  gestionnisme social la crise urbaine est toujours la. Et, comme toujours quand un problème se pose en France, on crée un ministère. Le ministère de la ville est donc créé en 1990. Avant, Raymond Barre avait lancé en 1977 son (Habitat Vie Sociale) HVS. A cette époque la « crise urbaine » ne fait qu’émerger. C’est seulement après les affrontements des Minguettes (1981) que des mesures particulières pour gérer la crise seront prises. Création des DSQ en 1983 (Développement Social des Quartiers, puis les DSU  – Dotations Sociales Urbaines) puis le pacte de relance en 1996, puis les 44 zones franches et enfin le plan Borloo de destruction/reconstruction des cités, initié par Claude Bartolome en 2001, ministre du logement de la gauche plurielle.

Il fallait « casser les ghettos » au nom de « la mixité sociale » la bourgeoisie faux cul comme d’habitude, ne va pas dire qu’il faut détruire les quartiers dangereux, mais commence à qualifier ces quartiers comme « quartiers sensibles ». Le ministre du logement Gilles de Robien, et son acolyte J.L. Borloo ministre de la ville annoncent la fin des enclaves :

200 000 logements sociaux seront détruits, ou déconstruits d’ici 2008
200 000 rénovés et 80 000 reconstruits.

Ils venaient d’ essuyer la révolte des cités de novembre 2005, voir à ce sujet la brochure d’ Echanges « La révolte des cités françaises » symptôme d’ un combat social mondial.

Quelques années après, les ministères de gauche comme de droite, constataient que la misère les avait rattrapé. Les quartiers sensibles, d’une quinzaine étaient maintenant 751 dont 33 dans les DOM-TOM. La généralisation de l’insécurité sociale devenait criante et touchait maintenant 800 communes et 200 villes.

Alors, à défaut de pouvoir faire du social on changea de nom, les quartiers sensibles devenaient des ZUS (zones urbaines sensibles). Ces zones totalisent tout de même 10,2% de la population urbaine nationale, soit selon INSEE 4 462 851 personnes en (1999).Dans ces zones, les moins de vingt ans sont nombreux (31,5% de la population) et fortement concentré dans plus de 100 grands ensembles de plus de 10 000 habitants (les chaudrons sociaux).

La très grande majorité (83%) des habitants des zup sont d’origine étrangère à la communauté européenne, les Marocains et Algériens représentent à eux seuls 41,6% de la population étrangère des zup. Comme il faut désensibiliser les quartiers sensibles, la solution finale, c’est l’expulsion et la destruction des grands ensembles. Tout sera mis en action pour faire fuir les familles ( hausse des loyers, délabrement des logements, expulsion pour impayé de loyer1, faux projets de reconstruction et tri des mal logés avant destruction des bâtiments) . Le concept de « mixité sociale » se traduisant dans les faits par la diminution du pourcentage de précaires dans les communes populaire et leur relégation à la périphérie. La loi SRU 2« Solidarité et Renouvellement Urbain » voté en 2000 par le gouvernement Jospin, allait servir d’alibi pour les communes dépassant les 20% pour ne pas reconstruire les logements sociaux antérieurs.

Les mairies et les offices HLM, veulent changer de clientèle, quitte à vider les quartiers. Des milliers d’appartements ne seront plus attribués au départ de leurs locataires et des barres entières resteront vides. Une adaptation curieuse s’opère, par le truchement du DAL (droit au logement) qui confronté à l’occupation des logements vides signe un accord de relogement progressif des squatteurs en échange d’indemnisation d’occupation, d’un montant équivalent à un loyer (sans aide de la CAF et toujours en situation d’expulsion du jour au lendemain) du « logement au noir » en toute légalité.

Tous les beaux discours sur le renouvellement urbain ne parviennent pas a masquer que ces dernières années, le recours à l’hébergement temporaire n’a cesser de progresser. La faute en reviendrait selon le pouvoir et ses gestionnaires locaux de l’impossibilité financière ou juridique d’accéder à une location. Sont donc condamnés aux logements précaires et passerelles (les SDF, les chômeurs, les CDD, les femmes isolées, les ex-squatters, les familles immigrées).

Pour ces précaires, il n’y a que des logements éphémères foyers, hôtels sociaux, et autres CHRS (Centres d’Hébergement et de Réinsertion Sociale) dont la surveillance est entre la prison et la caserne (dortoirs sous vidéo surveillance, chambre avec accès contrôlés à la cuisine et à la salle de bain…

La question du logement, est toujours présente et accuse l’ordre capitaliste ce paradis sécuritaire qui laisse crever le pauvre dans la rue, la peine de mort existe mais elle a un visage anonyme celui du capitalisme, se souvenir.

L’incendie de la tour Grenfell est un incendie survenu le 14 juin 2017 dans la tour Grenfell, un immeuble de logements sociaux de 24 étages, situé dans le district de North Kensington à Londres au Royaume-Uni faisant, selon les policiers, 71 morts et environ 8 disparus (que l’on compte comme morts, ce qui fait 79 morts) en ajoutant les 74 blessés1. Le feu serait parti de l’explosion du réfrigérateur d’un studio du quatrième étage, et se serait propagé via une fenêtre ouverte située à un mètre de l’équipement puis via le bardage2. Selon un rapport cité mi-avril 2018, le feu aurait été bloqué à l’appartement 16 sans le nouveau bardage, et aucune victime ne serait à déplorer.

Gérard Bad août 2018

seconde partie  » La loi Elan et le logement social » en France


 

Notes

1-Les expulsions réalisées avec l’assistance de la force publique ont augmenté de 75 % entre 1998 et 2002, et ce en dépit de la loi de juillet 1998 sur la lutte contre les exclusions.

2-Cette loi visait à contraindre les communes de plus de 3500 habitants à se doter, dans les 20 ans, d’un parc de logements sociaux représentant 20 % du nombre de résidences principales. Cette proportion n’est actuellement que de 1% à Neuilly-sur-Seine, contre 60

2 pensées sur “La question du logement toujours aussi cruciale (première partie)

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    24 août 2018 à 8 08 26 08268
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    @ Gérard

    Excellent article MERCI.

    Engels avait totalement raison et tu as raison la situation empire mais surtout LA SITUATION DU LOGEMENT DU PROLÉTARIAT DISSIMULE UNE CATASTROPHE IMMINENTE que la crise des produits boursiers sulfureux de 2007-2008 a révélé au monde entier… La quasi totalité des ouvriers – même et surtout ceux mieux logé – sont sur-endetté et croule sous les remboursements d’hypothèques astronomiques et ils se retrouveront à la rue par millions dès que les taux d’intérêts auront commencés à remonter (que la hausse de l’inflation dans tous les pays du monde permet de prévoir)

    Réédition de la crise de 2007-2008 mais en dix fois plus terrible parce que dix ans plus tard le prolétariat est dix fois plus endettés – le pouvoir d’achat grugé – et alors les bobos viendront brailler que les ouvriers (qui n’ont absolument aucun pouvoir contre cette arnaque) sont en décadence.

    Mais nous nous savons que lorsque la classe sera jetée à la rue ce pourrait être l’étincelle d’un immense brasier comme le montre l’image au fronton de ton article (:-))

    Robert Bibeau http://www.les7duquebec.com

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    24 août 2018 à 13 01 55 08558
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    @ Robert

    Salut robert

    Mon article est bien sur très insuffisant, mais je me limite a ce que je connais bien. IL va y avoir tout les sans logis migrants du fait du réchauffement climatique et de la montée des eaux. Les victimes des guerres et des crises économiques (venezuela) . Nous avons encore de quoi remplir nos vieux jours.

    bien a toi

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