La revanche du rameur

Recherche menée par Robert Gil

otan ueL’origine de cette fable humoristique semble remonter à 1997. Il en existe de nombreuses variantes.

Deux universités ont pour habitude de se confronter annuellement dans une compétition d’aviron. Le doyen de l’université A, qui a perdu les deux confrontations précédentes contre l’université B, décide d’appliquer à son équipe les techniques managériales modernes enseignées dans son établissement. Il débloque un budget conséquent pour ce projet et fait appel au cabinet de conseil McDelsen fondé par d’anciens élèves. Les deux équipes s’entraînent dur, mais l’équipe A est réorganisée à la lumière des méthodes de management modernes.

L’heure de la course arrive enfin, malheureusement, le bateau A perd avec un kilomètre de retard sur l’équipe B. Le doyen de l’université A et les consultants de McDelsen en sont très affectés. Ils se réunissent pour rechercher les causes de cet échec. Une mission d’audit composée de seniors managers est constituée. Après enquête, elle constate que leur équipe est constituée d’un barreur, de cinq consultants et de trois rameurs, alors que l’équipe B comporte un barreur et huit rameurs. La direction décide de lancer une nouvelle mission de conseil pour l’année suivante, mission confiée à un groupe d’experts de haut niveau.

Ceux-ci proposent de procéder à une réorganisation totale du bateau de l’université A. Il est question de manuel qualité, de procédures d’application, de documents de suivi. Une nouvelle stratégie est mise en place, basée sur une forte synergie. Elle doit améliorer le rendement et la productivité grâce à des modifications structurelles. On parle de Zéro Défaut, de Qualité Totale. La nouvelle équipe supervisée par McDelsen comprend désormais un directeur général d’aviron, un directeur adjoint d’aviron, un manager d’aviron, un superviseur d’aviron, un consultant qualité, un contrôleur de gestion, un chargé de la communication interne, un barreur et… Un rameur!

Il est demandé au rameur de rédiger un rapport d’activité tous les vingt coups de rame. Une brève réunion de suivi et d’évaluation des objectifs est programmée tous les kilomètres. La course a lieu et l’équipe A termine cette fois avec trois kilomètres de retard sur l’équipe B qui s’obstine à fonctionner avec un barreur et huit rameurs! Le doyen et les consultants de McDelsen en sont profondément affectés et prennent une décision rapide, mais logique et courageuse: ils licencient le rameur, celui-ci n’ayant pas atteint ses objectifs. Ils vendent le bateau et annulent la mission ainsi que tous les investissements prévus pour la réorganisation.

Avec l’argent ainsi économisé, le doyen rénove son bureau, et l’associé McDelsen en charge du projet octroie une prime aux managers et aux superviseurs. Il augmente les salaires des directeurs et s’attribue une indemnité exceptionnelle de fin de mission.

La Revanche du rameur est un livre écrit par Dominique Dupagne, publié chez Michel Lafon (février 2012).

B.GENSANE

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