La stupéfiante retraite de Marion Bartoli

FERGUS:

Alors qu’elle vient de gagner, sur le très chic gazon de Wimbledon, les Internationaux de Grande-Bretagne de tennis, Marion Bartoli annonce son retrait de la compétition. Un départ pour le moins précipité. Mais surtout en totale contradiction avec les récentes déclarations de la joueuse française. Étrange, non ?

En réussissant, après 13 ans de carrière tennistique, à gagner le prestigieux tournoi britannique de Wimbledon, Marion Bartoli avait enfin atteint la première marche de son objectif : intégrer le cercle très fermé des vainqueurs d’un titre du Grand Chelem. Avant elle, seuls trois champions français d’après-guerre avaient gravé leur nom au palmarès de l’un de ces titres majeurs dont rêvent tous les petits garçons et toutes les petites filles promis à un bel avenir sur les courts : Yannick Noah (Roland Garros 1983), Mary Pierce (Melbourne 1995 et Roland Garros 2000) et Amélie Mauresmo (Melbourne et Wimbledon 1986).

Une première marche car Marion Bartoli comptait bien en gravir d’autres, en s’imposant par exemple sur les courts de l’US Open à Flushing Meadows comme elle en caressait l’espoir. « J’ai encore d’autres rêves, d’autres objectifs. Gagner la Fed Cup*, gagner une médaille aux Jeux Olympiques à Rio » déclarait-elle avec enthousiasme aux journalistes de L’Équipe le 6 août, huit jours seulement avant son annonce surprise. Oubliée la contracture à une cuisse qui, après Wimbledon, l’avait obligée à renoncer au tournoi de Stanford à la fin du mois de juillet. Le lendemain 7 août, Marion Bartoli, toujours aussi déterminée, en remettait une couche auprès, cette fois, des journalistes du quotidien Le Parisien : « Wimbledon, c’était super, mais je veux gagner d’autres titres. Je veux rester au sommet, et je vais tout faire pour y rester. »

Plus proche encore, Marion Bartoli confiait sur Twitter (Source Eurosport.com) : « J’attends avec impatience Roland Garros 2014 » ! Nous étions le 13 août. Quelques heures plus tard, c’est une Marion Bartoli en larmes qui annonçait son retrait définitif de la compétition.

À l’évidence, l’élimination prématurée de la française au 2e tour du tournoi de Cincinnatti ne pouvait avoir le moindre rapport avec cette décision radicale, n’en déplaise aux journalistes qui ont tenté de nous faire gober cette fable. Une championne, aussi douée et dominatrice soit-elle, est en effet confrontée à des mésaventures de ce genre, y compris dans les grands tournois, sans que cela remette en cause le déroulement de sa carrière.

De même les blessures qui jalonnent le parcours d’un joueur ou d’une joueuse de tennis peuvent-elles compliquer la préparation d’un tournoi majeur, voire conduire à une série de forfaits le temps de réparer la mécanique corporelle, mais sans que cela soit un motif de renoncement définitif. Wilfried Tsonga en sait quelque chose qui a connu des galères de ce genre et vient de renoncer à participer à l’US Open pour ne pas compromettre la suite de sa carrière.

Reste la fatigue physique et la lassitude mentale qui peuvent s’installer au fil du temps, eu égard aux très dures contraintes qui constituent le quotidien des athlètes de haut niveau. Mais leurs effets dévastateurs, souvent accompagnés d’états dépressifs, relèvent de processus lents et ne conduisent pas à une décision aussi subite qu’irrévocable.

Marion Bartoli a parlé, et le malaise s’est installé, au point de susciter de nombreuses interrogations dans les milieux sportifs. Sauf blessure grave, jamais en effet, toutes disciplines confondues, on n’avait vu un(e) athlète au sommet de son art mettre un point final à sa carrière avec un visage aussi défait et baigné de larmes. Renoncer à poursuivre sa carrière est une décision qui se mûrit au fil des semaines et des mois. Une décision qui se nourrit de surcroît de nombreux échanges avec l’encadrement technique et médical, sans oublier les responsables fédéraux. Une décision, comme l’a rappelé jeudi l’ex-championne de natation Roxana Maracineanu sur les ondes de France-Inter, qui est vécue comme « un soulagement » par l’athlète et non comme un calvaire.

Rien de tout cela dans le cas Bartoli. Bien au contraire, l’impression qui est née de cette décision aussi surprenante que radicale, est celle d’une obligation faite à la française de mettre un terme définitif à sa carrière. Par qui ? Pour quelle grave raison ? Manifestement, Marion Bartoli n’en dira rien. Pas plus que son père, l’homme qui a fait d’elle une championne en sacrifiant à cet objectif son métier de médecin. Un père-entraîneur qui n’a, semble-t-il, pas été consulté ; il n’aurait même été averti par sa fille que quelques heures seulement avant la conférence de presse de Cincinnatti.

Saura-t-on un jour la vérité ? On peut en douter.

* La Fed Cup, ou Coupe de la Fédération, est l’équivalent féminin de la Coupe Davis

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