L’agonie de Dexia, une préfiguration de ce qui va nous arriver

Vous avez tous entendu parler de Dexia, n’est-ce pas ? Vous savez, la banque franco-belge qui a ruiné nombre de nos infortunées collectivités locales. Et qui traîne sa misère de restructurations lapidaires en plans de sauvetage désespérés. Justement, en voilà un nouveau sur le gril. Et le feu brûle dans la maison

Résumons : Dexia a une nouveau besoin archi urgentissime de 5,5 milliards d’euros. Les Etats belges et Français, comme de bien entendu, se sont déclarés prêts à voler à son secours. Leur prétexte, repris d’un administrateur de la future défunte, faisait déjà un peu tiquer :

« Dexia ne peut pas être liquidé avant 2099. »

Ah, hum, teuf, teuf, pourquoi vous toussez ? Mais attendez, ce n’est pas fini. Avant que de ne pas mourir, la banque souffreteuse a un petit mur vachard à franchir : celui du vote de ses actionnaires.

Ceux-là sont invités à se prononcer le 21 décembre en assemblée générale pour savoir si oui ou non ils acceptent une recapitalisation par les deux infirmières empressées, belges et françaises. Moyennant quoi, ce serait de nouveau tintin pour leurs dividendes.

Pressions pressantes

S’ils refusent, s’ils coupent les tuyaux qui maintiennent le malade en coma artificiel, alors zou, c’est la dissolution bébête et très brutale.

L’avantage, quand un agonisant se retrouve dans cet état critique, devant un tel choix cornélien (l’acharnement thérapeutique ou le trépas mal assisté), c’est qu’on finit par connaître l’avancement vraiment réel de son mal.

Pour tenter de convaincre les actionnaires de poursuivre l’aventure médicale, les autorités et les dirigeants politiques multiplient les états de santé inquiétants. Et les menaces à peine déguisées sur ce qui attend les héritiers au cas où ils choisiraient le décès immédiat du grabataire.

D’abord, un héritage peau de chagrin : la liquidation des actifs de Dexia SA entraînerait une forte décote, donc des pertes en capital supérieures à la capitalisation de 5,5 milliards.

Ensuite, pire encore, une obligation de rembourser immédiatement les dettes du moribond qui s’élèvent aujourd’hui au total, produits dérivés compris — accrochez-vous bien ! — de 605 milliards d’euros !

Acharnement thérapeutique ou dissolution ?

605 milliards d’euros, c’est 155 % du PIB belge, plus du quart de la création annuelle de richesses en France. Tout ça pour une toute petite banquelette étique qui ne vaut plus un clou.

Bon, achevons [rires]. Parions qu’une nouvelle fois, les actionnaires vont céder aux pressions… jusqu’au jour où ils ne le pourront ou ne le voudront plus.

Parions que les 5,5 milliards d’injections permettront à peine de prolonger l’agonie du prochain cadavre, mais n’empêcheront pas ce qu’il reste d’organes vitaux — s’il en reste ! — de se délabrer.

Parions que ce qui arrive aujourd’hui à Dexia préfigure juste ce qui va nous arriver dans un très proche avenir par contamination systémique.

Enfin, ce qui va arriver au système et à ceux qui ont encore du fric dedans. Parce que les fauchés — je veux dire la grande majorité d’entre nous — s’ils étaient un peu malins et moins froussards…

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