L’appel du 22 juin 1940

OLIVIER CABANEL :

Comme dit mon vieil ami africain : « si l’histoire était racontée par le lion, elle serait moins souvent à l’avantage du chasseur  ».

C’est un peu, à sa manière, ce qu’a dit à maintes reprises Henri Guillemin, démontrant que Napoléon était surtout un manipulateur, qu’Henri IV n’était pas si bon, et que rien ne prouvait que La pucelle d’Orléans ait subi le bucher.

 

Mais c’est au fameux appel du 18 juin que Guillemin nous propose de nous intéresser, car s’il y a bien eu un appel ce jour là, de la part du « grand Charles », il n’avait quasi pas été entendu, à la différence de celui que nous connaissons, et qui a eu lieu le 22 juin.

Sur le fond, cela ne change peut-être pas grand-chose, ce qui reste à prouver, mais c’est la preuve que l’histoire est bien souvent l’objet d’erreurs, voire de mensonges.

Rappelons que Charles de Gaulle avait quitté la France le 17 juin 1940 car le 16 juin, en revenant d’une mission officielle pour le gouvernement français à Londres, il apprend en atterrissant à Bordeaux qu’il n’est plus sous-secrétaire d’état, puisque le gouvernement auquel il appartenait, celui de Paul Reynaud a démissionné, et soupçonnant que le nouveau gouvernement, présidé par le maréchal Pétain va choisir l’armistice, et donc la collaboration, il décide de retourner illico à Londres. lien

Churchill, premier ministre britannique, ne le tient pas en grande estime, (lien) mais va quand même lui donner son aval afin qu’il puisse s’exprimer à la BBC.

Or si De Gaulle a bel et bien passé un appel le 18 juin, celui-ci n’a pas été enregistré, et il n’en reste donc aucune trace acoustique, celui que nous connaissons étant celui du 22 juin. lien

De plus le texte qui a été réellement lu n’est pas exactement identique a celui écrit par De Gaulle.

Le gouvernement de Churchill l’avait en effet modifié, car il n’était pas totalement sur que Pétain signerai l’armistice, et il était contreproductif à ce moment d’appeler à la résistance, alors que la l’armistice avec l’état nazi n’était pas actée : elle ne l’a en effet été que le 22 juin 1940.

Il avait écrit « des chefs, qui depuis de longues années sont à la tête des armées françaises ont formé un gouvernement, ce gouvernement alléguant de la défaite de nos armées s’est mis en rapport avec l’ennemi pour cesser le combat », mais, selon la BBC, il aurait réellement dit : « le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, il devait continuer ». lien

Il faut aussi se souvenir que le début de la guerre entre l’Allemagne et la France, alliée avec la Grande Bretagne n’a pas réellement commencé le 3 septembre 1939…cet épisode, qualifié de « drôle de guerre », a surtout été marqué par un attentisme étonnant des alliés : les allemands envahissaient la Pologne ; France et Angleterre attendant sagement que les nazis en aient fini avec la Pologne, campaient sur leurs positions sans réagir. lien

Ce n’est en effet que le 10 mai 1940 que la « bataille de France » a réellement commencé.

C’est l’occasion de se poser la question qui fâche : que se serait-il passé si les alliés s’étaient portés des septembre 1939 au secours des Polonais, au lieu d’attendre benoitement l’agression nazie sur le territoire français ?

Toujours est-il qu’un petit mois après le début de la bataille de France, c’est-à-dire le 14 juin 1940, les allemands par une guerre éclair occupaient Paris, la ville s’étant rendu sans combattre.

Puis le 19 juin l’armée nazie occupe Brest.

Le 16 juin, on sait que le maréchal Pétain devint président du conseil, et le 17 juin, il demandait aux français de cesser le combat : « c’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat », avait-il déclaré, alors même que l’armistice n’était pas négociée. lien

En prenant cette lourde décision, l’état français se désolidarisait de la Grande Bretagne, officialisant du coup la volonté de collaborer avec l’état nazi.

C’est l’occasion de découvrir un sujet peu connu : la montée du fascisme en France, qui est bien antérieure à la 2ème guerre mondiale, s’il faut en croire l’analyse précise et documentée qu’en a fait le grand historien Henri Guillemin.

Alors qu’une tentative pour réhabiliter la mémoire du Maréchal Pétain avait logiquement avorté, réhabilitation portée par Henri Amouroux, lequel tentait de convaincre le bon peuple que Pétain était un homme bon, qu’il avait seulement fait « don de sa personne à la France » (lien) en abandonnant le pays à Hitler uniquement pour obtenir de celui-ci qu’un peu moins de rigueur soit appliquée aux français, Henri Guillemin prend le contrepieds, preuves à l’appui, affirmant que la vérité historique n’est pas là.

En effet, dès 1934, il prouve que le maréchal Pétain avait résolu de modifier profondément la politique intérieure française, qu’il détestait la République, qu’il détestait aussi tout ce qui pouvait ressembler à du socialisme, et qui pensait qu’il fallait modifier complètement cette République, au besoin en passant par un désastre.

Pour bien comprendre ce qui s’est passé, Guillemin nous fait remonter en janvier 1875, aux débuts de la République, rappelant qu’en 1871, l’assemblée nationale était majoritairement royaliste : pour 750 députés, 600 étaient royalistes. lien

C’est à l’initiative de Thiers, le bourreau de la Commune, que nous devons paradoxalement cette République, car comme l’explique parfaitement l’historien, il avait convaincu ses amis royalistes, ou bourgeois, que c’était le moyen le plus sur de garder le pouvoir.

Il avait pris l’exemple de 1792, ou 1848, et d’autres dates historiques, démontrant qu’alors que le peuple était majoritairement fait des classes les plus pauvres, ceux-ci élisaient pourtant pratiquement toujours des notables, des nantis. lien

Mais revenons à Pétain.

Contrairement à ce que croyait Thiers, à plusieurs reprises, la gauche radicale était arrivée au pouvoir et le parlementarisme avait mauvaise presse, au point que certains mettaient sur leur voiture un calicot affirmant « je ne suis pas député  »…

Au début des années 30, la petite ligue d’extrême droite estudiantine « action française » crée en 1906, (lien) avait pris de l’ampleur, devenant importante et dangereuse, suivie par des groupes plus efficaces, les « croix de feu », qui voyaient d’un très bon œil les idées que développait outre-Rhin, un certain Hitler, et qui, sans de déclarer ouvertement fascistes, étaient clairement antirépublicains. lien

Dans ces temps sombres existait aussi la « ligue de la solidarité française », la « ligue des contribuables », (laquelle va se retourner contre la gauche, qui l’avait pourtant défendue), et ces ligues avaient des outils performants, 3 hebdomadaires très influents auprès de l’opinion française.

Candide, Gringoire, et « je suis partout », avaient tout de même 2 millions de lecteurs chaque semaine, poujadistes avant l’heure, qui marchaient contre la république. lien

La scandaleuse affaire Stavisky fut l’occasion pour ces antirépublicains de mener une fronde contre les radicaux-socialistes, sous la houlette d’un certain Philippe Henriot qui ne voulait rien d’autres que de « balayer la république ». lien

Tout cela abouti le 6 février 1934 à une énorme manifestation menée par Action Française, et les autres groupes, qui auraient pu prendre le pouvoir si les égos des différents meneurs n’avaient finalement fait capoter la volonté de renverser la République, afin de mettre en place un gouvernement plus ou moins fasciste, dixit Henri Guillemin.

A l’issue de ce drame, qui fit des centaines de blessés et provoqua la mort de 16 manifestant, Brasillach, l’un des meneurs, déclara : « le 6 février fut l’aube du fascisme en France  ». lien

Quelques jours après, le gouvernement démissionna, et c’est un homme de droite qui fut élu, un certain Gaston Doumergue, dans le gouvernement duquel on découvrait pour la première fois le maréchal Pétain. lien

Pour la troisième fois, une chambre de gauche aboutissait a un gouvernement de droite, dans le droit fil de la théorie de Thiers.

En offrant, quelques années après, la France à Hitler, l’antiparlementariste Pétain était donc parfaitement cohérent, espérant que par la suite une autre France redevenait possible. lien

Mais revenons à ce fameux appel du 22 juin 1940.

Un épisode cocasse est assez mal connu concernant celui qui l’a lancé.

Alors qu’il est en Angleterre, menant le début de la résistance, aux cotés de Churchill, il reçoit un message du gouvernement français qui le somme de rentrer en France sous peine d’être jugé comme déserteur et De Gaulle fit, le 20 juin 1940, au Général Weygand, commandant des armées, la réponse suivante : « mon Général, j’ai reçu votre ordre de rentrer en France. Je me suis donc tout de suite enquis du moyen de le faire, car je n’ai, bien entendu, aucune autre résolution que de servir en combattant… »

D’aucuns vont même jusqu’à affirmer que c’est Churchill, qui en refusant de mettre en avion à la disposition du général, empêcha ce dernier d’honorer sa décision, faisant ainsi de lui le héros de la résistance un peu malgré lui. lien

Comme dit mon vieil ami africain : « c’est toujours trop tard quand le poisson découvre l’hameçon ».

L’image illustrant l’article vient de « www.blogg.org&nbsp ;&raquo ;

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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