Le capitalisme n’est ni moral ni immoral, mais foncièrement amoral

Recherche menée par Robert Gil

 paradoxJe vous propose, une fois n’est pas coutume, l’extrait d’un article paru dans « Challenges » du mois de juin 2015 … et oui ! Le titre de cet article est : « Les excès du capitalisme », il s’agit d’une interview du philosophe André Comte-Sponville, souvent sollicité parait-il par les entreprises pour faire réfléchir leurs dirigeants… et oui ! Évidemment, leurs analyses et solutions restent dans le capitalistiquement correct, mais c’est la preuve que parmi les « acteurs » du capitalisme, certains s’inquiètent de ses dérives et sentent qu’il est temps d’essayer d’apprivoiser ce monstre avant que tout explose, avec le risque de tout perdre … Alors comme de toute façon le capitalisme ne s’effondrera pas tout seul, aidons le !

Extrait de l’article:

Le paradoxe du capitalisme, c’est qu’il va trop loin justement parce qu’il ne va nulle part ! Le marché n’a pas de but global ; il n’est que la rencontre d’une multitude de buts individuels. Chacun en veut toujours plus. Cela suffit à expliquer que le capitalisme n’a pas de limites intrinsèques. Si on le laisse aller, il ira trop loin, tant du point de vue de l’écologie que de ce qui est moralement et socialement acceptable en termes d’écart de richesse.

Le capitalisme n’est ni moral ni immoral, mais foncièrement amoral. Pour deux raisons. La première c’est que, pour être moral, il faut être une personne. Or le capitalisme est un sujet impersonnel, sans sujet ni fin. La seconde, c’est que le capitalisme ne fonctionne pas à la vertu ou au désintéressement, mais à l’intérêt personnel ou familial, donc à l’égoïsme. Or si l’égoïsme est une force considérable pour créer de la richesse, cela n’a jamais suffi à faire une civilisation, ni même une société humainement acceptable. Pour y parvenir, il faut des règles, des limites non marchandes et non marchandables. Et tout cela ne peut se faire que par le droit et la politique.

Les profits ne seront jamais infinis, mais ne comptons pas sur l’économie ou sur le marché pour leur fixer des limites ! On pourrait le faire par une loi, mais personne jusqu’ici ne l’a fait. Cela se comprend : il est paradoxal qu’un Etat reproche à une entreprise de faire des profits ou veuille les limiter par la loi, alors que la richesse créée par l’entreprise lui profite et lui permet d’en redistribuer une partie ! Ce qui est en jeu, c’est moins le niveau des profits que leur redistribution. On peut envisager, je ne dis pas qu’il faut forcement le faire, que l’Etat fixe des limites à la richesse individuelle.

Qu’une entreprise crée le plus de richesse possible, ce n’est pas choquant, c’est la preuve que l’entreprise a bien fait son boulot ! Cela pose surtout la question de la redistribution de cette richesse, ce qui relève de la loi, des Etats, de la fiscalité… Pour ma part, je crois davantage à une augmentation de la redistribution qu’à une diminution des profits. C’est pour cela qu’on a besoin d’un Etat, et c’est ce qui donne tort aux ultralibéraux. Etre ultralibéral, c’est penser que la liberté du marché suffit à tout. Or nous savons, surtout depuis la crise de 2009, que ce n’est pas le cas.

On a besoin de l’Etat pour assurer la redistribution et un minimum de justice. On a fini par comprendre, y compris à gauche, que l’Etat n’était pas très bon pour créer de la richesse : le marché et les entreprises le font plus et mieux. Il serait temps de comprendre, y compris à droite, que le marché n’est pas très bon pour créer de la justice : seul les Etats ont une chance d’y parvenir.

« La guerre ne sert qu’à remplir vos poches et à éliminer mes proches. C’est pourquoi je n’irai pas. Vous ne me verrez pas au combat »… Boris Vian

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