Le Capitalisme par Charles Beaudelaire

Le capitalisme par Charles Baudelaire
GILLES BONAFI:

« Quoi de plus absurde que le progrès, puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme, c’est-à-dire toujours à l’état sauvage. »

Charles Pierre Baudelaire est un poète français (1821-1867).

« Mon coeur mis à nu » est à l’origine un carnet de notes (1864) dans lequel Baudelaire déverse « son impertinence ».

Il commence par une sentence alchimique :
« De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est là. »

Impertinent, il précise à la page 33 ce qui s’applique aussi à ce que l’on nomme culture en général:
« Le Français est un animal de basse-cour, si bien domestiqué qu’il n’ose franchir aucune palissade…l’ordure ne lui déplaît pas dans son domicile, et en littérature, il est scatophage. Il raffole des excréments. »

Il continue en critiquant les reliques sacrées.
Tout d’abord le commerce (page 39) :
« Le commerce est, par son essence, satanique.
Le commerce, c’est le prêté-rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne…
Le commerce est satanique, parce qu’il est une des formes de l’égoïsme, et la plus basse et la plus vile. »

Puis le progrès (page 64):
« Quoi de plus absurde que le progrès, puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme, c’est-à-dire toujours à l’état sauvage. »

Mais, surtout, il nous laisse un trésor à la page 68 et surtout 69:
« L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres états communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel ; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des coeurs
 
Alors, le fils fuira la famille… Il l’a fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir et pour faire concurrence à son infâme papa, – fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières… »

En guise de conclusion, je laisse cet extrait (page 71) d’une cruelle actualité, qui s’applique aux adeptes de l’art de ramper et à ceux qui veulent changer le pansement au lieu de penser le changement :
« J’ai cultivé mon hystérie avec jouissance et terreur. Maintenant j’ai toujours le vertige, et aujourd’hui 23 janvier 1862, j’ai subi un singulier avertissement, j’ai senti passer sur moi le vent de l’aile de l’imbécilité. »

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