Le changement, façon Sarközi

OLIVIER CABANEL :

Alors que pour la nième fois Nicolas Sarközi affirme qu’il a changé, une chose est sure, beaucoup de choses ont changé autour de lui…d’abord il est pour la première fois le candidat de l’opposition, mais aussi pour la première fois s’est fait jour dans son propre camp une véritable opposition qui indique clairement que son challenge, celui d’être le candidat de son parti en 2017, est tout, sauf gagné d’avance.

En effet, dans le camp de la droite, il y a du monde : entre Alain Juppé qui s’est récemment huer dans sa propre ville par les partisans de Sarközi, sous les yeux amusés de ce dernier, et Bruno Le Maire, en passant par Hervé Mariton, sans oublier Copé en embuscade, et de quelques autres, sous les yeux attentifs des militants de l’UDI, et du Modem, la partie est loin d’être gagnée.

Son score, étriqué pour les uns, voire décevant pour les autres (64,5%) du 30 novembre 2014, loin des attentes du vainqueur, ne va rien arranger. lien

Bruno Le Maire avec ses 30% n’a pas à rougir, et il est probable qu’il va subir les avances du nouveau président…mais aura-t-il envie d’y succomber, ou va-t-il se rapprocher de Juppé, alors qu’une partie du mouvement clame « le renouveau, c’est Bruno  » ? lien

En tout cas, après la 1ère entrevue, le challengeur a clairement fait comprendre au nouveau président de l’UMP qu’il entendait garder sa liberté en dehors de tout organigramme. lien

Alors, Sarközi fait feu de tout bois pour se mettre dans la poche Bruno Le Maire, lui proposant des missions de prestige, mais l’intéressé à fait savoir qu’il entendait garder sa liberté, et pourrait bien se décider à être candidat à la primaire. lien

Les sondages ne font pas tout, mais tout de même, quand on sait que dans l’hypothèse d’un second tour face au front national, les sondés ont clairement choisi, pour faire gagner la droite, Alain Juppé comme meilleur candidat, on peut s’interroger sur la conviction du nouveau président de l’UMP, que c’est lui qui portera les couleurs de son parti à la présidentielle.

Au-delà des luttes de personne, c’est un combat idéologique qui est engagé, et toute la question est de savoir comment les candidats à l’élection présidentielle du camp de la droite se positionneront par rapport à l’idéologie du Front National.

Il y aura fatalement une partie de la provisoire UMP qui tentera, sous la houlette sarköziste, de se « front-nationaliser » et une autre partie qui tirera le parti vers le centre, ce qui conduira éventuellement à l’éclatement du parti.

Même si officiellement, Sarközi tient un discours de rassembleur, il est évident qu’il tentera de pousser son parti vers l’extrémisme de droite, comme on l’a vu lors du meeting récent, où sous la pression des « anti mariage pour tous », il a donné des gages à ce mouvement. lien

Sarközi, dès son élection a la tête du parti, a tenté de piéger Fillon et Juppé, en proposant de se mettre sous le conseil d’une poignée d’anciens premiers ministres, dont il assure qu’il en serait l’oreille attentive… mais le piège n’aura pas tenu longtemps, puisque Fillon a fait savoir le 1 décembre, qu’il ne donnait pas une suite favorable à cette proposition, et Juppé réserve sa réponse définitive. lien

Pour l’instant le seul à avoir accepté de participer à ce comité d’anciens premiers ministres est Dominique de Villepin, celui là même qui devait finir sa carrière sur un croc de boucher…et on attend la réponse d’Edouard Balladur, de Jacques Chirac, et de Jean-Pierre Raffarin.

Ensuite, la question la plus délicate à trancher se porte sur les primaires.

Seront-elles ouvertes, donnant la possibilité à tous les sympathisants de droite et du centre, soit 2 ou 3 millions, de choisir leur candidat, ou fermées, ne prenant en compte que l’avis des militants de l’UMP ? lien

Au début du mois d’octobre, Sarközi avait promis qu’elles seraient ouvertes, mais on sait la fragilité des promesses politiques. lien

Dans le premier cas, il y a de fortes probabilités que Jupé sera désigné…et dans le second, ce sera Sarközi.

Or, si ce dernier choisit finalement des élections primaires fermées, il aura certainement l’investiture, mais ça fragilisera sa crédibilité… et s’il choisit des « primaires » ouvertes, il court le risque de ne pas être le candidat choisi.

Même s’il est vrai que, dans l’hypothèse d’un second tour ou la gauche serait absente, certains sont convaincus que dans le cas de figure opposant Sarközi à la présidente du FN, certains à gauche seraient tentés de faire élire l’extrême droite, il n’en reste pas moins que dans la seconde hypothèse d’un duel Marine Le Pen, et Alain Juppé, ce dernier l’emporterait avec les voix de gauche. lien

Mais la lecture dans le marc de café a ses limites et d’ici 2017, les nombreuses casseroles que trimballent le nouveau président de la provisoire UMP, pourraient finalement éclore en fleurs judiciaires de mauvais aloi pour le futur candidat…à condition que la justice se décide enfin à passer.

On dénombre au moins 9 affaires qui menacent la sérénité du nouveau président de l’UMP.

De l’affaire des contrats passés entre la France et la Kazakhstan (la vente de 45 hélicoptères pour laquelle Sarközi aurait fait pression sur le Sénat Belge), à celle des comptes de campagne de 2012 (dont Sarközi aurait du être le seul concerné, au lieu de laisser l’UMP régler la facture), en passant par l’affaire des écoutes, (la cour d’appel de Paris à suspendu l’enquête, mais Sarközi reste mis en examen), l’affaire Bygmalion, (qui concerne en priorité Copé, mais n’épargne pas Sarközi), celle des sondages de l’Elysée, (éventuels faits de favoritisme, détournement de fonds publics, complicité, recel), l’affaire Karachi,(financement de la campagne de Balladur en 1995 par le biais de rétro-commissions présumées), celle de la Libye, (Kadhafi aurait financé la campagne présidentielle de 2007 de Sarközi), l’affaire Lagarde-Tapie, (dans laquelle Tapie aurait été « favorisé  »), et celle des voyages d’affaire suspects, ce serait troublant si rien n’aboutissait avant 2017. lien

En tout cas, l’un des rares à se féliciter de ces péripéties s’appelle François Hollande, découvrant qu’il est agréable de ne plus être pour quelques temps l’inconditionnelle cible des médias.

Quant à Marine Le Pen, élu triomphalement à la tête de son parti avec un score de potentat africain, vu qu’elle était la seule à se présenter, elle doit méditer cette phrase de Corneille : « à vaincre sans périls, on triomphe sans gloire  ».

Et comme dit mon vieil ami africain : « il est plus facile de déplacer un fleuve que de changer son caractère ».

L’image illustrant l’article est de Joe Cummings

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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A lire aussi  : le travail de l’ombre de Claude Guéant en Libye

Le dossier complet sur les 10 mois d’enquête menés par Médiapart est sur ce lien.

Un blog intéressant à visiter : désintox.blog.libération

Une pensée sur “Le changement, façon Sarközi

  • avatar
    7 décembre 2014 à 14 02 58 125812
    Permalink

    Comme à l’habitude, calomnies, médisances et mensonges seront de la partie. La seule solution que je vois pour moi-même comme à tous mes compatriotes français, faire la Révolution, absolument indispensable par ces temps de trahisons envers la France.

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