Le Grand capital français en cours d’intégration

(Le prolétariat français n’est pas concerné par cette France du grand capital  sur laquelle il n’a aucune emprise. Ce qu’il lui reste à faire – le prolétariat français – ce n’est pas se battre pour que le grand capital français joue un autre rôle dans la division internationale du capital – mais  se battre pour conserver ses emplois – ses conditions de vie et de travail – en attendant de renverser ce système capitaliste pourrit en entier. Si ALSTOM est accaparée par SIEMENS c’est que depuis des années le grand capital français s’est financiarisé et les milliardaires français sont largement devenus des « tondeurs de coupons » usuriers, des spéculateurs boursiers. Peu leur importe que ce soient des ouvriers français ou allemands qui rapportent la plus-value pourvu que leurs actions en bourse (à la Cité, mais ça va changer), à Francfort et au CAC40, à Paris, fluctuent à la hausse – ce qui est le cas présentement. Le grand capital allemand quant à lui – historiquement et intelligemment – s’est vu attribuer le rôle de père Fouettard du capital manufacturier (presser le citron ouvrier jusqu’à la corde quitte à l’étrangler)… Comme vous voyez  chacun son métier… l’un spéculateur boursier l’autre extracteur de plus-value ouvrier, en tandem. Qui peut empêcher cette distribution des rôles sur l’échiquier impérialiste mondialisé ? Certainement pas l’État fétiche – majordome des riches des deux côtés du Rhin. Et encore moins les ouvriers que ces milliardaires méprisent au plus haut point… de la chair d’expatriés – de la chair d’exploités quand ce n’est pas de la chair à canon pour les tranchés. Voilà un excellent motif pour les routiers de bloquer les routes de France et les raffineries des rentiers. Robert Bibeau  http://www.les7duquebc.com).

 

**********Bonne lecture **********    

Par Jack Dion   P  Le 27/09/2017. Sur   Marianne  https://www.marianne.net/economie/alstom-stx-france-ton-industrie-fout-le-camp

Titre original de l’article :  « Alstom, STX… France, ton industrie fout le camp ! »
Alstom passant dans le giron de l’allemand Siemens et les chantiers navals STX contrôlés par l’italien Fincantieri sont les derniers avatars d’un Munich industriel.
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Évoquant la mainmise de Siemens sur Alstom, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner, qui n’en rate pas une, a expliqué qu’il fallait arrêter « de jouer avec un pseudo-nationalisme franco-français qui serait protecteur ». En vertu de quoi le gouvernement a opté pour un abandon qui sera destructeur.

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Personne ne peut décemment croire à une quelconque parité entre les deux groupes dès lors que Siemens détiendra 51% du capital du nouvel ensemble. Toute comparaison avec Airbus, basé sur une vraie parité franco-allemande, est hors de saison. Comme dans l’affaire STX où le gouvernement a accepté de laisser la majorité à l’italien Fincanteiri, les fleurons de l’industrie foutent le camp, nonobstant les moulinets verbeux de Jupiter.

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Comme je l’avais raconté dans mon libre Le mépris du peuple (LLL), le scandale Alstom a éclaté en mai 2014, quand la direction de ce groupe présent dans le secteur de l’énergie et du transport a négocié en secret la cession de son activité énergétique au groupe américain General Electric (GE). Les syndicats n’ont évidemment pas été consultés (classique). Visiblement, le gouvernement ne l’a pas davantage été. Pourtant, l’Etat avait dû intervenir en 2004 lors d’une passe difficile en prenant une participation temporaire dans le capital, avant de laisser Bouygues récupérer sa participation dans un groupe qui, sans les commandes publiques, serait privé d’une large partie de ses débouchés.

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Certes, la concurrence des pays émergents, et notamment de la Chine, est une réalité. Cependant la principale faiblesse d’Alstom est la course à la rentabilité financière qui s’est traduite par une flambée de la part des profits dans la valeur ajoutée et des dividendes record versés aux actionnaires (dont Bouygues). Reste qu’Alstom n’avait rien d’un canard boiteux, ce qui est encore vrai aujourd’hui. A l’époque, il constituait le cinquième groupe mondial dans son secteur, jouant un rôle essentiel en matière de transition énergétique. Son PDG, Patrick Kron, confiait alors : « Il n’y a pas le feu à la maison Alstom. Son avenir à court terme n’est pas menacé et nous continuons à gagner de l’argent ».

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Machette allemande

Dans ces conditions, pourquoi abandonner une partie de ses activités à General Electric ? Réponse de l’intéressé: « Le sujet, c’est de se projeter dans l’avenir, de relever les défis stratégiques qui attendent l’entreprise ». En somme, pour assurer l’avenir, il fallait se faire hara-kiri avec un sabre américain. Aujourd’hui, c’est avec une machette allemande.

Pour la plupart des commentateurs, l’affaire ne souffrait aucune discussion. Cette entreprise à la réputation internationalement reconnue, a été systématiquement décriée, comme si elle était à la veille du dépôt de bilan. Sous la plume de François Lenglet, éditocrate officiant également à RTL et France 2, Alstom a été présenté comme « un bourgeois de Calais, la corde au cou, attendant que d’autres décident pour lui de son destin ». Le soir du 30 avril 2014, le patron de General Electric, Jeffrey Immelt, était invité sur France 2 et traité comme un hiérarque du Parti communiste d’Union Soviétique par la télévision d’Etat de l’URSS. Au même moment, Patrick Kron donnait la version française du laïus de Jeffrey Immelt sur TF1, sans plus de contradiction.

Pour conquérir Alstom, General Electric et ses conseillers en communication ont donc d’abord lancé (et réussi) leur OPA sur les médias. Ils ont pu compter sur la complicité d’un Pascal Kron qui avait choisi comme avocat conseil le cabinet américain Hogan Lovells, dirigé par le dénommé Steve Immelt, frère de Jeff, boss de General Electric.

Parmi les banques conseils de GE figurait le Crédit Suisse, dont la filiale française est dirigée par François Roussely, ex PDG d’EDF, et la banque Lazard, où l’on retrouve le fringuant Mathieu Pigasse. Pour sa communication, le groupe américain avait su frapper à la bonne porte, en l’occurrence celle de Havas Worldwide, emmenée par Stéphane Foucks, proche de Manuel Valls.

Un combat perdu avant d’avoir été mené

Pour l’élite, le combat était perdu avant d’avoir été mené. Alstom devait se coucher et de préférence devant le géant américain, accueilli comme l’avaient été les soldats ayant débarqué sur les plages de Normandie, en juin 1944. Et c’est ce qui se passera, avec un accord final qui permettra à General Electric d’arriver à ses fins sans que jamais n’ait été envisagée une solution franco-française permettant de conserver un joyau technologique dans le patrimoine national.

La presse n’a pas tari d’éloge sur Patrick Kron, devenu un héros des temps modernes. On le présenta comme le Stéphane Hessel de l’économie, l’Abbé Pierre de l’entreprise, le Nelson Mandela de la mondialisation. Le Point crut utile de rappeler qu’il avait « déjà livré une belle bataille pour sauver Alstom ». Oui, sauf que cette bataille a été gagnée grâce à l’Etat et à une nationalisation partielle, en 2004.

En somme, il fallait d’urgence transférer Patrick Kron de son vivant au Panthéon et passer l’éponger sur son vrai bilan. Il fallait oublier qu’il n’avait pas réussi à assurer le développement de l’entreprise et qu’il avait taillé à la hache dans les emplois ; oublier qu’il était l’un des patrons les mieux payés du CAC 40; oublier qu’il avait encaissé des millions d’euros en liquidant ses stock options. Il ne fallait retenir que son profil de star des affaires invité de Nicolas Sarkozy au Fouquet’s le 6 mai 2007, un homme dont l’un de ses proches dit au Point : « Comme tous les gens supérieurement intelligents, il ne supporte pas la médiocrité ».

En dépit de son QI de surdoué, Patrick Kron a très bien supporté que l’un des principaux fleurons industriels de France passât sous pavillon étranger. La chose n’est pas pour étonner. Cet ancien membre de la direction général du ministère de l’Industrie avait troqué depuis longtemps le sens de l’Etat pour le goût du business. Il a été de l’aventure Péchiney, ancien fleuron de l’aluminium qui sera bradé au Canadien Alcan en 2000 avant de sombrer corps et bien. Membre de la sélecte Association Française des Entreprises Privées (AFEP), administrateur de Bouygues, il avait préparé ses arrières en étant élu au conseil d’administration du groupe pharmaceutique Sanofi en même temps qu’il liquidait le dossier Alstom, prouvant ainsi un grand sens des priorités.

Le mirage du couple franco-allemand équilibré

Aujourd’hui, pour cautionner la deuxième mort d’Alstom, on nous rebat les oreilles du coupe franco-allemand équilibré et de l’impossibilité de faire face au chinois CRRC, comme si Alstom était une PME de sous préfecture. On nous refait le coup du mariage entre époux qui se respectent l’un l’autre et qui regardent ensemble dans la même direction. On nous explique qu’il n’y avait pas d’autre choix possible et que l’Etat ne peut rester au capital d’un groupe où il est présent à hauteur de 20% via un prêt du groupe Bouygues sur lequel il a une option d’achat qu’il n’entend pas exercer.

Résultat : après Péchiney (vendu au canadien Alcan), le chimiste Solvay-Rodhia (exilé en Belgique), Lafarge (émigré en Suisse après sa fusion avec Holcim) Usinor (devenu Arcelor-Mittal et installé à Londres), EADS (qui a installé son siège social aux Pays-Bas) et les Chantiers navals STX de Saint-Nazaire (qui vont battre pavillon italien), un nouveau fleuron du patrimoine national succombe. Cela s’appelle un Munich industriel.

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Robert Bibeau

Robert Bibeau est journaliste, spécialiste en économie politique marxiste et militant prolétaire depuis 40 années.

Une pensée sur “Le Grand capital français en cours d’intégration

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    7 octobre 2017 à 8 08 15 101510
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    Siemens, c’est la « boite  » qui fabriquait les barbelés électrifiés pour les camps de la mort hitlérien. De solides références.
    JMD

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