LE JOUR OÙ LÉNINE QUITTA LA SUISSE

Pour alimenter le débat sur la révolution russe, voici un texte donnant quelques explications détaillées sur le passages des révolutionnaires russes par l’ Allemagne. Il est assez conforme à la version des bolcheviks Voir Lénine T 41 p,409 ed. Moscou, mais doit être complété par le texte de Rosa Luxemburg: la tragédie russe
https://www.marxists.org/francais/luxembur/spartakus/rl19180900.htm
« Le sauvetage de l’honneur de la révolution russe coïncide, en cette heure fatale, avec le salut de l’honneur du prolétariat allemand et du socialisme international. »

LE JOUR OÙ LÉNINE QUITTA LA SUISSE
Publié le vendredi 07 décembre 2012 par nomade

Image -L’arrivée de Lénine à St Petersbourg le 16 avril 1917
Très ouverte aux réfugiés politiques et aux proscrits, la Suisse du début du XXème siècle hérita d’un hôte pas très encombrant à l’époque mais qui le devint rapidement par la suite : Vladimir Oulianov, dit Lénine. Bien moins tatillonne que maintenant, la Confédération ne « pistait » pas ces réfugiés, laissant aux cantons le soins de veiller au grain. Seuls les « anarchistes » faisaient l’objet d’une surveillance particulière. Apprenant en mars 1917 qu’une nouvelle révolution avait eu lieu en Russie, Lénine décide de rentrer au plus tôt au pays.
Dès lors furent examinées toutes les solutions possibles pour regagner la Russie au travers d’une Europe en guerre. Il ne fallait pas compter sur les Français ou les Anglais, alliés  à la Russie des Tsars. La voie aérienne fut envisagée, mais trop périlleuse. Restait le passage à travers l’Allemagne. Mais Lénine avait besoin d’aide. Ce sont les socialistes suisses qui lui apportèrent, ainsi que l’Allemagne du Kaiser, dont les milieux politiques et militaires virent tout l’avantage à « injecter » à St-Petersbourg des révolutionnaires devenus alliés occasionnels car tout disposés à atteindre le même but : l’écrasement du régime tsariste, sinon par la force, du moins par l’intérieur.
Les conditions établies avec  l’Allemagne tatillonne au passage de Lénine sur son territoire furent discutées par Fritz Platten, un Suisse alors membre du parti socialiste ouvrier zurichois. Les conditions du « transfert » de Lénine en Russie, qui seront à l’origine du mythe du « wagon plombé », méritent le détour :
– Fritz Platten accompagnera les « émigrés » russes et sera le seul interlocuteur des autorités allemandes lors du voyage,
– le droit d’exterritorialité sera reconnu au wagon et l’identité de ses occupants ne sera pas contrôlée,
– le transit sera effectué sans interruption et personne ne pourra descendre de la voiture.
Les « émigrés » venant tous de Suisse étaient au nombre de 32, parmi lesquelles bien des « figures » de la future Russie communiste. Outre Lénine, sa femme et sa maîtresse, on y remarque Karl Radek, futur commissaire à la propagande (fusillé en 1939), Zinoviev, qui dirigea le Kominten (fusillé en 1936), Sokolnikov, futur commisaire aux finances (assassiné par le NKVD en 1939) et quelques autres moins connus. Quant à Fritz Platten, il sera fusilléé en 1942. Le Moloch stalinien prit aussi sa part du wagon dit « plombé ».
Un beau matin d’avril 1917 ( personne n’est d’accord sur la date exacte ) c’est donc un groupe de 32 personnes dont dix femmes et deux enfants qui prend le train régulier en gare de Berne avec Stockholm pour destination, sous les applaudissements des amis, chantant l’Internationale, et les huées des Mencheviks hurlant « Espions ! sales espions allemands ! ». le train (régulier) part vers 15h et atteint Schaffouse, ou il fait l’objet d’un premier contrôle de la douane suisse, le second ayant lieu à Thaygen, dernière gare avant l’Allemagne.

Au delà, c’est une autre histoire, sachant que Lénine, via la Suède et la Finlande, fait une arrivée triomphale en train spécial quelques jours plus tard à la gare de Finlande de St-Petersbourg  où il est accueilli  aux accents de la Marseillaise.
Sans le savoir, la Suisse avait laissé le libre passage à un homme qui devait changer la face du monde.

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