Le Mans, ville fortifiée romaine


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Détail du rempart

 

FERGUS :

Peu de gens le savent, Le Mans a conservé un superbe rempart antique, témoin de l’époque gallo-romaine, lorsque la ville se nommait Vindunum. Ce rempart, édifié sous Dioclétien, constitue l’un des plus beaux exemples de l’architecture défensive des Romains et l’un des fleurons méconnus de notre patrimoine…

 Lorsqu’ils évoquent les traces laissées par les Romains sur notre territoire, la plupart de nos compatriotes citent spontanément des villes ou localités caractérisées par la présence de vestiges importants et, pour certains, spectaculaires : Arles, Autun, Lyon, Nîmes, Orange, Paris, Remoulins (pont du Gard), Saint-Rémy-de-Provence ou Vaison-la-Romaine. Mais jamais ou presque Le Mans, beaucoup plus connue de nos concitoyens pour ses mythiques « 24 heures » automobiles ou ses savoureuses rillettes que pour son patrimoine architectural. Il est vrai que la ville, située en bordure de l’autoroute A11, n’est pas aussi visitée qu’elle le mériterait malgré un important héritage culturel et historique.

Trop près de Paris, dont on s’éloigne rapidement sur la route des vacances, et implantée de surcroît au cœur d’une région charmante mais sans grand caractère, Le Mans mérite pourtant que l’on y fasse étape comme l’y invite le label mérité de « Ville d’Art et d’Histoire » et peut-être, dans un avenir proche, une inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco. L’occasion de découvrir, au long des ruelles pavées ou sur les places de la vieille « cité Plantagenêt », des siècles d’histoire dont les témoins – la cathédrale Saint-Julien, les hôtels particuliers de la Renaissance, la centaine de maisons médiévales à colombages – forment un remarquable et séduisant ensemble.

Quels que soient les attraits de la cathédrale et des monuments classés juchés sur les hauteurs de la vieille ville, ce ne sont pourtant pas ces superbes fleurons du patrimoine sarthois qui frappent l’imagination des visiteurs, mais les vestiges du rempart romain. Un rempart construit aux alentours de l’an 300 pour ceinturer complètement les 9 ha de l’oppidum afin de protéger la capitale des Cénomans, devenue une importante cité de la IIe Lyonnaise, des invasions barbares dont le nombre s’était accru lors de la seconde moitié du 3e siècle. En trois décennies, grosso modo de 280 à 310 après JC, c’est une enceinte de 1300 mètres de périmètre, flanquée d’au moins 27 tours, qui a été élevée par les bâtisseurs romains afin de sécuriser non seulement les lieux de commandement et d’administration, mais aussi les commerces et les habitations des notables.

18 siècles plus tard, la totalité des ouvrages bas de l’enceinte romaine est encore visible en sous-sol (du moins aux personnes ayant autorité pour y accéder), mais une grande partie du rempart a disparu, victime des évolutions de l’urbanisme et de l’habitat. Le secteur sauvegardé n’en est pas moins spectaculaire, particulièrement depuis que des travaux de destruction des constructions parasites adossées au fil du temps à ces remparts ont permis de les remettre en lumière dans les années 80. Avec 500 mètres de murailles, 12 tours,  1 porte et 3 poternes, la ville du Mans peut même s’enorgueillir de posséder les plus importants vestiges de remparts de l’Empire romain après la cité fondatrice, Rome, et la lointaine Byzance, sans oublier la méconnue ville galicienne de Lugo en Espagne. Mais si les murs de Lugo sont spectaculaires par leur périmètre (environ 2200 mètres), nulle part ils n’offrent à la vue les ornementations des remparts de la vieille cité sarthoise, bien que les ouvrages aient été édifiés à peu près à la même époque.

L’enceinte du Mans est en effet l’une des plus belles qui se puisse admirer. Construite sur un modèle typique de l’architecture défensive romaine, elle présente, sur un soubassement fait de gros moellons assez largement récupérés de constructions plus anciennes, une couleur rouge principalement due à l’emploi du « roussard ». Très commun dans la région, le roussard* est un grès contenant une importante proportion d’oxyde de fer qui lui donne sa couleur rouge ; ici et là, la présence d’oxyde de manganèse lui donne même une teinte plus foncée pouvant tirer vers le noir, une particularité très utile pour diversifier les ornements.

Le rempart du Mans n’est toutefois pas constitué du seul roussard : ont également été employés dans l’appareillage de la muraille du calcaire crayeux et des briques afin de permettre la création des motifs ornementaux. Des motifs en l’occurrence agencés en niveaux superposés, chacun d’entre eux comportant trois rangs de briques et cinq rangs de moellons en calcaire ou roussard assemblés par du mortier rose, ici en cercles, là en chevrons, ailleurs en losanges ou en forme de chaîne. Le résultat est spectaculaire et fait du rempart de la vieille ville du Mans une véritable œuvre d’art que les travaux de déblaiement des abords ont permis de mettre en valeur pour le plus grand plaisir des visiteurs, qu’ils soient ou non des férus d’histoire antique.

Outre le superbe rempart gallo-romain, les nombreux monuments de la vieille Cité Plantagenêt ne peuvent manquer de séduire les visiteurs. De jour, mais aussi en soirée lorsque, la nuit tombée, les pavés prennent du relief à la lueur des réverbères ; il suffit alors de se laisser porter par son inspiration au fil des rues… Cerise sur le gâteau, Le Mans est une ville où l’on peut trouver d’excellentes tables. Ce n’est pas le plus important, et comme nous l’a enseigné Molière, « il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », mais rien de tel que le plaisir de la table après le plaisir des yeux. Après tout, on ne vit qu’une fois !

* Utilisé dès l’époque gallo-romaine dans la Sarthe, d’une part pour extraire le minerai de fer, d’autre part pour la construction, le roussard n’est plus exploité de nos jours.

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Tour Madeleine
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Tour du Vivier

13 pensées sur “Le Mans, ville fortifiée romaine

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    27 janvier 2014 à 15 03 57 01571
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    Fergus, c’est vraiment dommage, quand vous commencez un article assez archéologique pour dire que le sujet que vous traitez ici est peu connu. Ca donne un aspect d’article pour Téléstar ou Télépoche dans lequel l’auteur s’adresserait au spectateur moyen, la foule !

    Dire qu’une chose est peu connue, c’est un peu se mettre à la place d’une foule. Et déjà l’orienter et la qualifier, la juger et la dévaloriser.

    C’est une chose que je ne ferai jamais, même en parlant des gutturales dans le sanskrit et de leur variations de formes dans la syntaxe des phrases et des mots du sanskrit ancien des pandits. Parce que, à tous les coups, mon premier lecteur sera un spécialiste de la chose. Puisque, sur Google, l’article serait référencé comme tel et attirerait d’abord les spécialistes. Et pourquoi dire à celui qui ignorait tout de la chose, qu’il est un ignorant en préalable.

    Tout ceci me rappelle un personnage que j’ai connu et qui est devenu mondialement célèbre et qu’il a dit lors d’un premier passage à la télé, qu’il voulait faire revivre la vie des hommes au Moyen Âge dans des reconstitutions vivantes, parce qu’on ne savait pas grand chose de cette époque et que même ces choses n’étaient pas étudiées à l’Université. Certes, lui ne les avait pas étudiées, et c’est tout ce qu’il venait de dire… 😀

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    27 janvier 2014 à 17 05 49 01491
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    Bonsoir, Demian.

    Peut-être avez-vous raison de voir les choses sous cet angle. Cependant, j’observe que vous êtes le seul parmi ceux qui ont lu cet article à réagir ainsi (je parle en l’occurrence d’AgoraVox). Cela démontre que personne ne s’est senti visé pour son ignorance du sujet. Il est vrai que moi-même je ne savais rien des remparts romains du Mans avant que la curiosité ne me pousse à aller visiter cette ville comme je le fais pour de nombreux lieux, parfois après avoir moi-même lu un article sur un sujet qui a piqué ma curiosité.

    N’étant pas expert, je ne prétends d’ailleurs pas m’adresser à des férus d’archéologie, mais bien à mes alter ego, autrement dit à des personnes ordinaires ayant des curiosités ordinaires.

    Cordialement.

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      27 janvier 2014 à 18 06 06 01061
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      Je n’imaginais pas qu’une autre personne vous aurait fait la même remarque que la mienne, puisque je vous communiquais la mienne que je ne confonds jamais avec une autre, et encore moins avec un avis général. 😀

      Le titre m’a beaucoup intéressé, puis, la façon dont vous avez entamé le sujet m’a tout de suite refroidi et j’en ai perdu toute envie de lire l’article. Car vous distribuez des rôles d’emblée en quelque sorte. Ce qui me met très mal à l’aise. Et heureusement, parce que je ne cherche pas à revêtir un rôle quand je lis un article.

      J’aime qu’on me laisse entrer dans l’article et en sortir, selon mon pas et ma manière de l’explorer.

      Et je sais assez que, sur Agoravox, les appréciations ou critiques ne doivent jamais rien à la qualité ou au contenu de l’article. Bien naïf ou exalté qui se fierait à ces tribunes gesticulatoires et bruyantes, dans lesquelles personne ne retrouve les siens. 😀

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        27 janvier 2014 à 18 06 20 01201
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        En fait, votre introduction est une sorte d’approche commerciale qui voudrait rendre le sujet populaire. Et c’est une méthode que la presse utilise pour vendre de la camelote. Ce qui est dommage dans votre cas, puisque souvent vos sujets sont du plus haut intérêt.

        Il ne sert de rien d’aguicher le lecteur, car de toutes les façons, vous ne saurez jamais faire venir que les rares personnes intéressées par des ruines d’une ville moyenne. Et aucune formule n’en attirera plus. Au contraire, en voulant trop en faire, vous empêcherez certains de s’immerger.

        Franchement, mettre en comparaison les 24h du Mans et ces morceaux d’histoire, c’est un peu une introduction qu’on attendrait au journal de 20 heures. Vous valez mieux que ça… 😀 Et pour ma part, ça m’a choqué, mais je suis trop sensible, je ne devrais lire que l’annuaire et la liste pour les courses, plus quelques proverbes Chinois et des Allardises pour rester serein.

        Un bon auteur n’a pas besoin de faire sa réclame et d’en faire trop.

        Je vous dis mon avis, et je sais qu’il n’est rien de plus ardu à parfaire, que cette apparente facilité. 😀

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          28 janvier 2014 à 4 04 33 01331
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          Bonjour, Demian.

          Vous écrivez « Le titre m’a beaucoup intéressé, puis, la façon dont vous avez entamé le sujet m’a tout de suite refroidi et j’en ai perdu toute envie de lire l’article. » Je comprends, mais en l’occurrence, mon but n’était pas de me lancer dans une description détaillée du mode de vie gallo-romain ni des circonstances historiques qui ont amené les Cénomans à construire ce rempart. Mon but était, comme je viens de l’écrire ci-dessous, d’attirer l’attention des lecteurs sur l’existence de ce monument méconnu, à charge pour les personnes intéressées de chercher à en savoir plus et surtout d’aller voir cet ouvrage in situ.

          Vous écrivez d’autre part « je sais assez que, sur Agoravox, les appréciations ou critiques ne doivent jamais rien à la qualité ou au contenu de l’article. Bien naïf ou exalté qui se fierait à ces tribunes gesticulatoires et bruyantes, dans lesquelles personne ne retrouve les siens. » Je partage cet avis, mais il vaut heureusement moins pour des articles culturels que pour les textes consacrés à la politique ou aux sujets sociétaux. Et quoi qu’il en soit, dès lors qu’il y a des échanges, même superficiels, sans agressivité, je n’y vois pas d’inconvénient, sauf à avoir parfois l’impression de perdre un peu de temps, mais c’est la règle du jeu et je m’efforce de la respecter.

          Merci pour le regard que vous portez en général sur mes articles, celui-ci faisant – avec quelques autres – exception à la règle. Je lis moi-même avec beaucoup d’intérêt vos écrits, à l’image de vos aphorismes dans lesquels je retrouve beaucoup d’idées qui me sont chères.

          Cordialement.

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            28 janvier 2014 à 5 05 17 01171
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            Fergus,

            Vous montrez une grande force de personnalité dans l’écoute que vous manifestez après mes critiques.
            Comprenez bien que je vous veux du bien. Car mon analyse est que la presque moitié de votre article est consacrée à cette introduction un peu sensationnaliste. Ca donne d’emblée une sorte de signature agoravoxienne à votre article, alors qu’il est de vous. Et c’est la vraie raison qui m’a fait tomber votre article des mains. Je vous dis ceci pour qu’il n’y ait aucun malentendu au sujet de ma réaction certes vive et dure. Mais je ne voudrais pas que s’étendent ces pratiques internet par lesquelles les articles nous tirent par la manche et qu’en cours de lecture, on regrette le temps perdu.

            J’ai remarqué cette signature globale sur Agoravox, où les articles sont contraints de faire des figures insolites pour être remarqués. Et ça en devient des criées de camelots, tout ceci au détriment des sujets parfois majeurs. C’est comme cette manie qu’ont des auteurs, de publier leur article sur autant de journaux qu’ils en trouvent. Ca n’augmente pas leur public, ça montre juste qu’ils désirent aveuglément d’être lus. Et donc, qu’ils ne le seraient pas…

            Le lecteur a aussi besoin de son confort. Puisque nul n’est contraint de lire, il faut donc effectivement devenir plaisant ou intéressant, mais par le manque d’effet qui est un accueil plus certain que le trop plein qui bouche l’entrée.

            Maintenant, je vais lire votre article entièrement. 😀

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    27 janvier 2014 à 18 06 17 01171
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    :-p

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    27 janvier 2014 à 18 06 26 01261
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    Merci Fergus, je ne savais pas qu’il avait autant de vestiges Romain dans les villes que vous mentionnez.

    Effectivement, Le Mans pour moi ne raisonnait qu’en fonction d’un rally d’auto.

    Bonne journée

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      28 janvier 2014 à 4 04 17 01171
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      Bonjour, Peephole.

      En réalité, des vestiges gallo-romains, il y en existe un peu partout en France – j’en connais moi-même quelques-uns en Bretagne – mais ils ne sont pas aussi spectaculaires que ceux qui ont pu être préservés dans les villes évoquées.

      Le Mans est un cas particulier car si la plupart des édifices gallo-romains ont disparu ou n’existent plus qu’à l’état de vestiges peu accessibles ou réduits à des fondations (aqueducs et thermes notamment), la partie de rempart conservée mérite sans aucun doute une plus grande notoriété. C’est dans ce but que j’ai écrit cet article, dans l’espoir que des personnes quitteront l’autoroute pour aller découvrir le vieux Mans et son superbe rempart.

      Cordialement.

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    27 janvier 2014 à 18 06 35 01351
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    @Fergus

    J’ai apprécié votre article puisque je fais partie des personnes qui ne connaissaient pas cette région, ne sachant surtout pas que la ville abritait des vestiges romains. Je savais la région pas trop éloignée des Châteaux de la Loire, point.

    Je crois comprendre que vous aviez le souci de faire valoir Le Mans comme une région aussi attrayante pour le touriste intéressé par les ruines romaines que les plus connues que vous avez mentionnées.

    Merci.

    Carolle Anne Dessureault

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      28 janvier 2014 à 4 04 09 01091
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      Bonjour, Carolle Anne.

      Merci pour ce commentaire.

      N’étant spécialiste ni en archéologie romaine ni en architecture, cet article, comme ceux que j’ai récemment consacrés à Haut-Koenigsbourg ou à George Wyman, l’architecte du Bradbury Building de Los Angeles, ne visait pas autre chose qu’attirer l’attention des lecteurs ou aiguiser leur curiosité, les experts des domaines concernés sachant à quoi s’en tenir et pouvant, bien mieux que moi, développer le sujet.

      Cordialement.

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        28 janvier 2014 à 11 11 07 01071
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        Bonjour,

        … et vous le faites très bien. Les experts pourraient sans doute développer davantage, mais ce n’est pas un livre que nous voulons consulter ici, c’est un article accessible à tous.

        J’apprécie beaucoup votre collaboration,

        Carolle Anne Dessureault

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    28 janvier 2014 à 6 06 06 01061
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    @ Demian West.

    Rassurez-vous, je ne prends pas mal vos critiques. Mieux : je les perçois comme constructives.

    Cela dit, n’étant pas journaliste, j’ai pris pour habitude d’écrire sur des sujets qui m’intéressent ou qui m’interpellent à un moment donné, moins pour faire part de mes réflexions à des lecteurs (dont le nombre est forcément limité) que pour fixer mes propres idées, l’exercice d’écriture étant une excellente manière à mes yeux d’y parvenir.

    Ce faisant, et n’obéissant à aucune contrainte éditoriale, il peut arriver que le ton ou la forme de certains textes puissent dérouter ou rencontrer de l’incompréhension. Si tel est le cas, j’en suis désolé pour les personnes qui ont pu avoir l’impression de perdre du temps en me lisant.

    Bonne journée.

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