Le Pouvoir au Hasard ?

OLIVIER CABANEL   
Au moment ou le parti socialiste a pris légitimement le pouvoir en mai 2012, d’autres citoyens, tel Jacques Testart, défendent l’idée d’une « convention des citoyens » dont les participants seraient tirés au sort.

A l’opposé de ceux qui, comme Mao Tsé-Toung, affirmaient que le pouvoir était au bout du fusil, (lien) d’autres, plus pacifiques, prônent aujourd’hui une démocratie directe, allant même jusqu’à imaginer un tirage au sort pour une assemblée citoyenne.

Il existe beaucoup d’applications démocratiques originales, comme par exemple en Suisse, dans laLandsgemeinde, où les citoyens votent à main levée. lien

Au moins, dans ce contexte, chacun sait dans quel camp l’autre se place, et l’anonymat de l’isoloir à du plomb dans l’aile.

D’autant qu’aujourd’hui, il n’est pas compliqué de connaitre les opinions des uns ou des autres.

En effet, il n’est pas difficile d’imaginer quel est le choix politique d’un Bernard Arnault, ou d’un Stéphane Hessellien

Et puis, il y a d’autres pistes à exploiter pour faire revivre la démocratie.

Les citoyens islandais, choisissant 25 citoyens lambda, afin de composer une assemblée constituante, pour mettre au point un projet de « grande charte », qui devra être validée par l’actuel parlement, en sont un bon exemple. lien

Comme le détaillait Guy Birenbaum sur l’antenne d’Europe 1, pour écrire cette nouvelle constitution, ils ont fait aussi appel aux internautes, et c’est sur une page facebook, sur twitter, sur youtube, que les citoyens islandais ont été appelés à amender, et discuter du brouillon de constitution proposé.

Et Birenbaum de conclure : « quand je compare cette réforme numérique à l’islandaise à l’archaïsme du système politique français, je me demande s’il va falloir attendre que notre système tombe encore plus bas pour que nos élus daignent enfin rendre aux citoyens la part de pouvoir qui leur revient, et pas seulement sur le web  ». lien

Alors bien sur, s’il est vrai qu’il est plus facile de mettre en place une telle démocratie directe lorsqu’un pays, comme l’Islande, ne compte que 320 000 citoyens, il n’empêche que notre démocratie souffre d’un déficit évident de représentativité, puisque l’élu une fois en place, respecte rarement ses promesses sans risquer la moindre sanction. lien

On se souvient du slogan proposé par Jean Luc Mélenchon lors de la dernière présidentielle : « en 2012, prenez le pouvoir  », et aujourd’hui on peut légitimement lever à nouveau la question de la représentativité du peuple.

Il affirmait : « la clef est en nous, prenez le pouvoir mes chers compatriotes, sur vous-même d’abord, contre la peur, la résignation, l’idée qu’on y arrivera pas, alors qu’on peut y arriver tous ensemble, prenez le pouvoir politique, prenez le pouvoir en Europe, prenez le pouvoir face aux riches et aux puissants… ».

La déception, après une élection, de voir qu’un programme promis n’est pas respecté, est le moteur du désengagement citoyen et explique en partie l’abstention galopante, toujours plus importante à chaque élection. lien

4 mois après l’élection présidentielle, dans tous les secteurs, les citoyens réclament à l’élu « de passer des promesses aux actes  », tels ces agriculteurs d’ERB (eau et rivières de Bretagne) qui sommentHollande de respecter la parole donnée, et s’impatientent. lien

Si on ne peut que se réjouir de la décision récente de valider enfin le mariage homosexuel, il reste tout de même d’autres domaines dans lesquels les décisions font long feu : énergie, marchés financiers, échelle des salaires, récupération des subventions auprès des entreprises qui délocalisent, chasse aux exilés fiscaux, etc

A la lumière de cette situation, n’est-il pas logique que Testart et d’autres, proposent une autre gouvernance, une démocratie plus directe, plus représentative ?

Il affirme : « si on lui en donne les moyens, une personne « ordinaire » peut, mieux qu’un expert, émettre des propositions pour le bien commun ».

Combien de fois avons-nous constaté l’autisme des présidents qui se sont succédés, insensibles lorsque des millions de personnes sont dans la rue pour protester contre des mesures indignes, et allant jusqu’à affirmer à tort : « désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit  ». lien

Et quid de la farce qui nous a été jouée pour faire valider la constitution européenne, rejetée un certain 29 mai 2005 par le peuple français, et contournée à Versailles, en la faisant voter par l’assemblée nationale ?lien

Il s’agissait, on s’en souvient, de valider le projet de loi modifiant la constitution, préalable à la ratification du traité européen. lien

Combien de fois avons-nous le sentiment que ces élus sont coupés des réalités de la vie, incapables de donner le prix d’un billet de métro, d’une baguette ?

Personne n’a oublié la gaffe de NKM croyant qu’un ticket de métro coutait 4 euros, alors qu’il coute quasi3 fois moins (lien) ou de Martine Aubry incapable de donner le prix de la baguette de pain. lien

Et quid de l’incapacité de l’ex-président à donner le nombre exact des français morts en Afghanistan, s’excusant de ne pas s’en souvenir « à l’unité près »…lien

On pourrait, à juste titre, accepter qu’il soit difficile d’en donner le nombre exact, puisque, au fil des évènements, celui-ci change régulièrement, mais tout de même… lien

Lors du débat entre Hollande et Sarközi, on se souvient des nombreuses erreurs proférées par l’un ou par l’autre des 2 candidatslien

Comment serait-il possible que des élus, à ce niveau de la gouvernance, soit encore en phase avec la réalité de la rue ?

Le peuple a-t-il encore le pouvoir ?

C’est la question qui a été posée à la politologue de l’Université de MontréalPascale Dufour, dans l’émission « Planète Terre  » diffusée en mars 2009.

Elle constate une réelle résurgence des manifestations, ainsi qu’une normalisation de celles-ci : les citoyens tentant d’influer sur le cours de l’histoire, en mettant la pression sur les gouvernements. lien

Mais revenons au « pouvoir par hasard ».

Il n’est pas une nouveauté, puisque les grecs le pratiquaient déjà dans les premiers temps de la démocratie.

Platon évoquait le fait que les magistratures étaient attribuées au hasard, comme dans une loterie. lien

Jacques Testart déclare dans une interview donnée au mensuel « l’âge de faire » (n°67/septembre 2012) : « les militants se désolent de voir que les gens qui peuplent nos sociétés, et qu’ils prétendent défendre, sont rarement admirables : souvent lâches, bêtes et égoïstes.

Ils ne sont que la forme inhibée d’homo sapiens comme la chenille rampante contient le papillon.

Permettre la métamorphose, même dans un bref échantillon, c’est constater que l’imago vaut mieux que la larve et qu’il peut s’épanouir chez le plombier ou la ménagère, le bourgeois ou le travailleur précaire, l’apolitique ou l’électeur de droite…il s’agit d’une espèce de miracle, que connaissent bien ceux qui ont organisé ou participé à une CDC (convention de citoyens) et qui n’est peut-être rendu possible que par la sélection des seuls volontaires, parmi les personnes sollicitées pour accomplir cette mission (environ 2 sur 3 des tirés au sort refusent ce mandat) (…) « ce n’est pas la rue qui gouverne  » lancent ceux qui souhaitent que ce soit seulement dans les urnes, ces boites tranquilles dans lesquelles le peuple confie son pouvoir à la classe dominante.(…) alors qu’un citoyen tiré au sort est toujours dans la vie ordinaire dont il a une connaissance approfondie, les élus du peuple, que leur statut coupe des réalités, ont souvent tendance à se prendre pour le peuple élu ».

Cette démocratie directe et originale s’appelle la clérocratie, et Testart de conclure : « la convention des citoyens est plus qu’une recette parmi d’autres procédures participatives, elle est un creuset pour le renouveau d’une démocratie usurpée ».

Le MCF (mouvement clérocrate de France) à déjà 12 000 contacts, et aujourd’hui il veut se structurer, s’organiser, créer des cercles de réflexions en région et départements afin de préparer les européennes de2014, puis les présidentielles de 2017lien

Aujourd’hui, 99% des électeurs sont souvent convaincus de n’être pas représentés démocratiquement et s’il est vrai qu’accepter que nos élus soient un jour élus « par hasard » relève de l’utopie, ça n’empêche pas de réfléchir à cette alternative citoyenne ouvrant un réel débat. lien

Et puis, celui qui n’a pas de rêves ne perd-il pas toute chance de les réaliser ?…

C’est l’occasion d’évoquer le « festival des utopies concrètes » qui se tiendra à Paris, et IDF, finseptembrelien

Comme le disait Albert Einstein, remplaçant au pied levé mon vieil ami africain : « le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire ».

L’image illustrant l’article provient de « cultureinside.com »

Merci aux internautes de leur aide efficace.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *