Le réjouissant paradoxe

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ALLAN ERWAN BERGER Ça ne manque jamais ! Dès que le Front de Gauche organise quelque chose d’un peu intelligent, et que Mélenchon vient y chauffer les cœurs avec un discours, il se fait cracher dessus par du plumitif garanti pur troll. Ce jour là, Libération, journal qui se prétend de gauche, exhibe un billet cinglant où l’on apprend que nous avons écouté, à Grenoble, un matamore. Tout le texte consiste à aligner des saloperies, à s’appuyer sur du ragot sans seulement faire mine de vouloir citer les sources, et à faire des comparaisons que l’auteur espère désobligeantes.

« Éloquent jusqu’à l’hugolien, agressif jusqu’au compulsif, condescendant jusqu’à la morgue… » Bigre quelle tirade, et alors, comme cela est étayé ! Nous sentons notre intelligence croître, et nos yeux se dessillent : nous aimions un matamore capable d’aller passer des vacances « chez son ami le grand démocrate Hugo Chávez ». N’est-ce pas bien horrible ? Heureusement qu’Alain Duhamel nous remet le cerveau à l’endroit, c’est-à-dire bien à droite.

Peut-on cependant espérer lire un argument dans toute cette diatribe digne de la cour de récréation ? On peut, mais il n’y en a pas. Par contre, le texte est presque entièrement occupé par une virulente attaque ad personam, dont on sait, si l’on a quelques lectures, qu’elle est à la discussion ce que le borborygme est à l’éloquence. Schopenauer, dans son agréable livre sur les cent moyens de passer pour une fripouille, place l’ad personam en ultime position dans sa liste des infamies à commettre pour gagner le pompon : si vraiment vous tenez à l’employer, vous démontrez alors que vous ne pouviez en aucune manière trouver un seul argument prouvant votre dire. L’utiliser est par conséquent faire un très flagrant aveu de faiblesse, c’est-à-dire d’imbécilité mentale, qui vous qualifie ipso facto pour la médaille d’or de la cochonnerie en dialectique. Bravo.

Bon, lire cette production dans Libération ne fait que confirmer que ce journal a régressé jusqu’à n’être plus que l’aile gauche de l’Express, ou celle du Point. C’est parfait, d’autant plus que Duhamel, en se déshonorant un peu plus hardiment que de coutume, nous aide singulièrement en nous confortant dans notre résolution d’être d’obstinés Rouges, Verts, Rouges et Verts, pinailleurs adorateurs de l’argument, et pas du tout des roses ni des bleus ni des marinés. Premier point positif.

Second point, qu’introduit la référence à Hugo Chávez « grand démocrate » : Duhamel a voulu faire de l’humour, et c’est un bel essai ; c’est surtout un beau service qu’il nous rend là, et qu’il rend même à la Gauche du monde entier, car c’est grâce à ces accusations foireuses d’être un dictateur, un fou intraitable et antidémocratique que monsieur Chávez peut être réélu sans souci depuis si longtemps. Car imaginez qu’on n’en dise plus de mal : mais alors plus personne ne viendrait observer le bon déroulement des scrutins. Ce serait une catastrophe ! En effet, les Américains et les Européens ne venant plus, la mort dans l’âme, reconnaître que la Gauche vénézuélienne a encore remporté une élection, la Droite locale aurait alors beau jeu de bourrer quelques urnes, et de farcir de plomb US quelques têtes un peu trop républicaines. En fait, la calomnie protège Chávez de ses ennemis.

C’est la même chose en Bretagne : cette terre est connue pour son mauvais temps et ses alcooliques. N’allons surtout pas démentir, nous sommes déjà bien assez envahis comme ça… Mesdames et messieurs les citadins, ne venez pas en Bretagne, qui est un pays de fous humides. Et vous nos bons amis éditocrates, claironnez toujours bien fort que le populiste Chávez est un dictateur. Répétez partout que Mélenchon est un con qui ne sait qu’aboyer, et persistez à ne pas le prouver, ça nous convient très bien puisque ça nous soude, et que notre ressentiment continue ainsi à grimper jusqu’au jour où, l’heure étant venue pour vous de payer en une seule fois pour toutes vos ignominies, ce n’est pas une laisse d’or que l’on vous invitera à passer autour de votre cou.

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d'avoir l'oeil sur tout.

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