Le rêve de Hollande

 

FERGUS

Devant une foule en liesse principalement composée d’autochtones en boubou, un petit homme replet à lunettes, porteur d’une rosette de la Légion d’honneur, vient de recevoir des édiles de la ville de Tombouctou un chameau en signe de gratitude.

 – J’en ai déjà un à l’Élysée, ça me fera la paire.

– Celui-ci est un camelus dromedarius, Monsieur le Président.

– Le mien est une femelle, de l’espèce camelus twittus. Une belle bête, racée mais indocile. Un chameau qui non seulement blatère, mais surtout déblatère, ce qui ne va pas sans me poser quelques problèmes.

– Si le chameau ne vous convient pas, Monsieur le Président, on peut vous offrir des moutons à la place. Ou bien des veaux.

– Inutile. Des moutons, j’en ai déjà plein l’enclos de l’Assemblée nationale – chez nous, on appelle ça des députés. Quant aux veaux – chez nous, on appelle ça des électeurs –, ils regimbent, mais le moment venu, ils reviendront me manger dans la main malgré l’amertume des herbages où je les fais pâturer.

– Le chameau est donc à vous, Monsieur le Président. Cela dit, si cet animal vous ennuie, vous aurez toujours la possibilité de vous en débarrasser en le mettant aux enchères sur le site eBête. Quoi qu’il en soit, encore merci, Monsieur le Président, d’avoir libéré les villes du nord-Mali avec une telle maestria, un sens tactique aussi pointu, une si belle audace.

– Ne soyez pas surpris, je m’étais entraîné lorsque j’étais Premier secrétaire du PS. Le job laissant des loisirs, des heures durant, je jouais au Kriegspiel, la main droite posée sur l’estomac par la chemise entrebâillée, et un bicorne sur la tête. Sans me vanter, j’aurais pu, moi aussi, être un conquérant d’exception : Ah ! la France, de la Corrèze au Zambèze…

Suit une courte apnée du sommeil. Le rêve s’en va, chassé par quelques gargouillis. L’incident passé, il revient toutefois très vite. Le petit homme replet n’est plus dans les sables de Tombouctou, mais assis en majesté sur un nuage. Installé sur un cumulus voisin, un personnage doté d’une impressionnante barbe de patriarche le regarde. Le barbu prend la parole.

– Qui êtes-vous ?

– J’allais vous poser la même question.

– Je suis Dieu, et j’ai mes habitudes ici.

– Ah ! Bonjour, Dieu. Je suis François Hollande, ci-devant généralissime des troupes françaises, vainqueur des batailles de Gao, Tombouctou et Kidal, en passe de bouter les derniers djihadistes hors du Mali.

– Je vois… On m’avait prévenu que vos chevilles avaient enflé, mais pas au point de chevaucher votre petit nuage à cette altitude. Je ne voudrais pas vous vexer, mon petit vieux, mais vous avez chopé le melon !

– J’ai quand même sauvé le Mali de l’Enfer.

– Là, vous empiétez sur mes plates-bandes. D’ailleurs, sans vouloir être désobligeant, permettez-moi de vous dire que vous jouez petit bras.

– Petit bras ? Avec la pâtée que j’ai infligée aux troupes armées d’Ansar Eddine et du Mujao ?

– Le sombrero que vous avez coiffé vous altère la vue, mon vieux. Comparez votre action avec les fléaux que j’envoie sur Terre pour punir les Hommes de leur vanité, ou a contrario les cataclysmes que j’évite aux Terriens afin ne pas ajouter aux destructions qu’ils s’infligent eux-mêmes, et vous constaterez que, tout président et tout chef des armées que vous soyez, vous n’êtes en définitive qu’un insignifiant moucheron…

 

Survient une nouvelle apnée du sommeil, elle-même suivie d’une gamme de gargouillis du plus bel effet. L’incident passé, le petit homme replet est revenu à Paris et dirige une réunion d’État-Major. D’un index ferme, il indique aux officiers la prochaine cible. Ce sera Monaco, malgré la redoutable réputation guerrière des troupes grimaldistes. Au même instant, une main énergique secoue le généralissime :

– Chéri, chéri, réveille-toi.

– Hein ? Que se passe-t-il ? C’est vous, Le Drian ?

– Mais non, c’est pas Le Drian, c’est moi, Valérie. Réveille-toi, c’est urgent. Une histoire de chevaux qui se font passer pour des bœufs. Ça te changera de tes rêves de buse qui se prend pour un aigle !

FERGUS

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