Le salaire du bonheur

 

OLIVIER CABANEL :

Dans ce monde de brutes, où l’argent et la violence règnent en maitres, où les grands patrons engrangent des bonus, des salaires, des avantages, de plus en plus indécents, un coin de voile s’est levé, démontrant que l’espoir, le sens du partage et l’intelligence ont encore un avenir sur notre belle planète bleue.

« Quand le dernier arbre aura été abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas »…disait le célèbre chef Indien Géronimolien

Il y a quelques temps, le livre de Thomas Piketty, « le Capital au 21ème siècle » (lien) avait bousculé les certitudes de PDG d’Aetna, (entreprise d’assurance maladie américaine), et l’avait décidé à augmenter le salaire de ses employés de plus de 10%, encourageant tous les cadres de l’entreprise à se plonger dans ce livre.

Dans son livre, Piketty constatait l’explosion des inégalités, remarquant qu’il valait mieux hériter que travailler, et prônant entre autres comme solution la taxation du capital. lien

Dans la foulée, le PDG d’Aetna s’était ouvert dans les colonnes du Wall Street Journal : « ce n’est pas juste une histoire d’augmenter les gens, il s’agit d’un nouveau pacte social  ».

Décision qui ne va pas faire les affaires des grands patrons américains alors que le débat sur les inégalités salariale fait rage aux USA, pays dans lequel la rémunération moyenne des patrons à augmenté d’environ 13%.

Pour autant, ce n’est pas une première, en février 2015 Wal-Mart, un des grands de la distribution, avait augmenté le salaire de ses 500 000 employés pour un coût de plus d’un milliard de dollars, et McDonalds promet d’augmenter le salaire de ses 90 000 employés.

Mais il y a mieux.

Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie 2002, et Angus Deaton, économiste lui aussi, ont publié récemment une étude passionnante dans laquelle on découvre entre autres le montant du « salaire du bonheur »… lien

En effet, elle révèle qu’à partir de 75 000 $ annuels par ménage, gagner plus ne rend pas forcément plus heureux, ajoutant que pour ceux qui gagnent moins de 70 000 dollars annuels, une augmentation de salaire à un fort impact positif. lien

L’étude constatait que le revenu moyen des ménages américains était de 71 500 $ annuels en 2008, et qu’environ un 1/3 des ménages dépassait ce chiffre.

Pour mener à bien cette étude, 450 000 réponses portant sur « l’indice du bien être », se sont ajoutées à une enquête lancée par l’organisation Gallup, ciblant quotidiennement 1000 résidents américains. lien

Le salaire du bonheur serait donc à la hauteur de 70 000 $ annuels…

C’est ce qu’a poussé récemment Dan Price, un jeune patron américain, à partager les 90% de son salaire avec celui de ses employés.

Ce fondateur de l’entreprise « gravity payents  » installée à Seattle, ville dans laquelle le salaire minimum est déjà le plus élevé du pays, emploie 120 salariés, et ce patron de 30 ans, après avoir a donc décidé que tous les salariés de son entreprise, lui y compris, devaient toucher le même salaire, provoquant leur surprise, en déclarant le lundi 13 avril : « ce que je veux annoncer aujourd’hui, c’est que nous allons mettre en place, avec effet immédiat, une politique salariale instituant un salaire minimum de 70 000 dollars pour toute personne travaillant ici  ».

Il considèrait que son salaire était vraiment très élevé…1 million de dollars… et il a donc décidé qu’il restera à 70 000 dollars jusqu’à ce que l’entreprise retrouve les niveaux de bénéfice qui existaient avant ce changement de politique salariale. lien

La décision de Dan Price vient de provoquer dans notre pays une surprise originale.

L’animateur Cyril Hanouna, évoquant cette information, avait été mis au défi par ses acolytes de l’antenne d’Europe 1 d’en faire autant.

Défi que l’animateur a relevé, déclarant en direct sur l’antenne que les 90% de son salaire du mois de mai seraient partagés entre tous ceux qui œuvrent dans l’ombre pour animer son émission d’Europe 1 et de « touche pas à mon poste » sur la chaîne D8. lien

Finalement, il se serait ravisé, ( ?) passant de la générosité à la promotion de son émission TV et aurait décidé que ce seraient les 1000 premiers téléspectateurs de TPMP qui bénéficieraient des largesses de l’animateur s’ils twittaient l’émission. lien

D’ici à ce que les grands patrons français suivent l’exemple, on peut rêver sans se faire trop d’illusions, et pourtant les français interrogés sont largement majoritaires à trouver les salaires des grands patrons indécents et a réclamer des augmentations de leurs propres salaires, sans beaucoup de résultats. lien

Pour l’instant, chez Seita par exemple, les salariés n’ont obtenu qu’un petit 1%…alors qu’ils en demandaient modestement 1,5%.

On sait aussi que le patron de Renault, Carlos Ghosn, est comme chacun sait, le patron de Renault, et de l’entreprise Nissan.

En 2014, il a triplé sa rémunération chez Renault, et si on cumule celle-ci avec celle reçue chez Nissan, on arrive à la coquette somme de 15 millions d’euros. lien

Pourtant, la direction se refuse à la moindre augmentation générale des salaires, salaires bloqués depuis 6 ans. lien

Quant à Pierre Gattaz, le patron des patrons, il en demande toujours plus, et n’a pas hésité pas à réclamer un « salaire transitoire inférieur au smic pour encourager l’emploi des jeunes »… tout en augmentant sa propre rémunération de près de 30%.

Sur ce lien, le palmarès des salaires des patrons 2015, avec les plus belles augmentations.

Ce qui n’a pas empêché le nouveau ministre du budget, Emmanuel Macron, de déclarer récemment que les français étaient trop payés …étonnant de la part d’un homme qui a gagné 900 000 € en 4 mois. lien

À y regarder de plus près, qui pourrait douter qu’une augmentation conséquente du salaire des employés, liée à une diminution importante de celui des patrons, serait de nature à arranger les affaires de ces derniers.

Il y a plus de 26 millions de salariés dans notre pays, et si ceux-ci se voyaient attribués « le salaire du bonheur », il y aurait largement de quoi relancer la consommation, et donc la croissance, de quoi faire la part belle aux entreprises. lien

Pour l’instant, ils en sont loin puisque les salariés gagnent en moyenne en France  2000 € mensuels, (lien) soit 24 000 € annuels bien loin des 65 000 € considérés par l’étude américaine comme seuil « du bonheur ».

Cette augmentation drastique serait bien sur liée à la diminution de celle des patrons dont on sait que la rémunération moyenne concernant ceux du CAC 40 dépasse les 2 millions d’euros. lien

En tout cas, il serait intéressant que tous les grands patrons du CAC 40 lisent la fameuse étude de Kahneman, et Deaton, espérant qu’ils trouveraient un moment pour la lire, mais on peut légitimement en douter…

Ils sont bien trop occupés à d’autres taches apparemment plus rentables, et il est probable que même si leurs employés se cotisaient pour leur offrir ce drôle de rapport, ils ne le liraient pas.

Cette étude pourrait aussi être offerte au président de la république, mais il est possible que la seule augmentation qui ferait plaisir à François Hollande, serait probablement celle de sa cote de popularité, au plus bas depuis des lustres, et qui risque de tomber encore plus bas.

Gageons que s’il prenait la courageuse décision de baisser de 90% le salaire des grands patrons des entreprises dont l’état est majoritaire dans le capital, en augmentant parallèlement le salaire des salariés, il pourrait bien gagner quelques points en popularité…et s’il décidait de limiter le salaire des députés et des sénateurs au salaire moyen français, soit 2000 €, il glanerait quelques points supplémentaires…et pourquoi pas l’appliquer aussi aux ministres qui bon an mal an coutent, avec leurs conseillers, et les primes, 85 millions d’euros. lien

Mais où est passé François Hollande, celui qui déclarait en 2012 : « je serai le président de la fin des privilèges  » ? lien

Restons dans le monde politique, et faisons un tour dans le parti d’extrême droite, le FN, pour découvrir que les valeurs de ses élus ne sont pas très glorieuses…

On se souvient qu’à peine élus, deux maires FN avaient décidé d’augmenter généreusement leurs salaires. lien

Mais il y a mieux.

Le conflit politique et familial qui a mis récemment le feu au FN débouche sur un aspect moins médiatisé : celui de l’argent du parti pour lequel père et fille sont manifestement prêts à aller à la castagne. lien

Ajoutons pour la bonne bouche que la décision des députés de s’octroyer des avantages supplémentaires en cas de défaite électorale, (doublement de la durée de leur indemnisation), a été décidée unanimement… FN y compris, lui qui prétendait avoir la tête haute et les mains propres. lien

Force est donc de constater qu’il y a toujours en politique beaucoup de distance entre les paroles et la réalité.

Comme dit mon vieil ami africain : « le singe qui monte au cocotier doit avoir le cul propre ».

L’image illustrant l’article vient de cm1dazal.over-blog.com

Merci aux internautes de leur aide précieuse

Olivier Cabanel

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