Le Suffren et le complexe militaro-industriel français

 

Une des caractéristiques de la France c’est sa détermination à vouloir rester une grande puissance militaire. Même si les financements pour y parvenir la contraigne à augmenter le joug fiscal sur les citoyens. En effet,  le complexe militaro-industriel français est relativement fragile, au point de fonctionner de manière prototypaire, c’est à dire dans l’attente de commandes pour rentabiliser tous les secteurs industriels dépendants de la vente du matériel de guerre.

 

Ces derniers temps, la France peut se targuer d’avoir réussi à sortir de cet état prototypaire, souvent de manière chaotique et contradictoire, mais Le Drian (1) a bien bossé pour que le système militaro-industriel français sorte de l’ombre. Les ventes d’ armes battent des records. La ministre des armées Florence Parly de déclarer :

 

« Exporter des équipements, c’est dynamiser notre industrie de la défense. Aujourd’hui, 13 % des emplois industriels sont dans le secteur de l’armement. Chaque jour, 200 000 personnes travaillent sans relâche à bâtir nos armées du futur en construisant des équipements plus sûrs, plus robustes, plus performants et ce, sur l’ensemble du territoire français : un maillage d’entreprises, petites et grandes, de Cherbourg à Toulon qui contribue tant à la vitalité du tissu économique français qu’à la protection de nos forces et de nos concitoyens.
Garantir la supériorité de nos forces sur le terrain est indissociable du développement de notre base industrielle et technologique de défense ; en ce sens, notre politique d’exportation est vitale pour notre autonomie stratégique. » ( Préface au rapport du parlement 2019 sur les exportations d’ armes).

 

Après l’ affaire des Mistral non livré aux russes et les refus répétés des pays de l’ UE de cracher au bassinet pour financer une armée sous tutelle franco-allemande. Les britanniques s’étant exclus par le Brexit de « l’ entente cordiale » enclenchée par N. Sarkozy en 2010. Entente cordiale qui devait mener à l’opération Harmattan contre la Libye.

Comme les relations franco allemande visant à prendre la tête de l’armée européenne traînent et même se dégradent depuis le veto de l’ Allemagne sur les ventes d’ armes à l’ Arabie Saoudite (2). Macron chef des armées françaises a rencontré Theresa May le 18 janvier 2019, but de la rencontre obtenir un appui militaire de la Grande Bretagne à l’opération Barkhane. Theresa May qui ne perd pas de vue ses intérêts en Afrique a mis à la disposition des forces française au Mali trois hélicoptères militaires « Chinook » et une allonge de 56 millions d’euros d’aide supplémentaire pour l’alliance pour le Sahel.

 

« Les intérêts communs du Royaume-Uni et de la France vont bien au-delà de nos frontières immédiates. La sécurité et la prospérité de l’Afrique sont d’une importance vitale pour nous », a affirmé la Première ministre brtiannique Theresa May.

 

Le 14 juillet 2019, s’est fait sous le signe de l’ Europe de la défense, qui pour le moment reste limitée à des interventions d’autres états dans l’ opération Barkhane. Il aura été l’ occasion pour E. Macron et la ministre des armées Florence Parly de monter au créneau. Macron a annoncé la création d’un commandement dédié à l’ espace pour assurer la sécurité des satellites, l’espace étant devenu un champ conflictuel entre grandes puissances. Tout cela a un coût, et la cour des comptes est beaucoup moins enthousiasme sur la structuration de l’armée européenne. Dans son rapport 2018

 

Pour conclure– Tous les pays ayant développé un complexe militaro-industriel collaborent à maintenir des tensions internationales et des guerres, afin de vendre des armes. Dénoncer la militarisation de l’ économie, les interventions militaires dites sécuritaires et anti-terroristes font partie de nos préceptes révolutionnaires.

 

Les pays dont la production est dépendante à tous les niveaux des commandes militaires sont des pays parasitaires. Ils entraînent le monde à la catastrophe, pas seulement par le fait qu’ils disposent de missiles et bombes pouvant vitrifier la planète en un éclair. Ils ne le feront pas mais entretiennent sciemment cette terreur. La réalité est que la militarisation de l’ économie capitaliste, est comme le faisait remarquer Rosa Luxemburg un moyen de réaliser la plus-value par des commandes de l’ État. L’ État prélève des impôts sur les produits de consommation (exemple la TVA en Europe) et du même coup engendre une sous consommation du monde du travail, fait baisser les salaires jusqu’ à mettre en danger la reproduction des forces de travail collectives.

 

Seulement comme la loi intrinsèque du capitalisme est de remplacer l’homme par la machinerie, il arrive un moment où le capital se trouve confronté à devoir nourrir celui qui par destination devait le nourrir. L’État se voit alors contraint de diminuer ses dépenses publiques, de s’ attaquer aux fonctionnaires et même de diminuer ses effectifs militaires et tout concentrer sur les technologies au service de la guerre en pure perte s’il reste prototypaire. En effet pour réaliser la plus-value contenue dans les marchandises de mort, l’ État se doit de vendre des armes sur le marché mondial. A ce niveau , le sous marin hyper sophistiqué le Suffren est une marchandise de ce genre. Elle a permis à Le Drian de décrocher le contrat du siècle avec l’ Australie, il concerne la vente de 12 sous marins nouvelle génération de classe Barracuda, pour 50 milliards de dollars. C’est le groupe industriel français Naval Group qui remporte le marché. Ce groupe emploie environ 14 860 personnes dans dix huit pays. L’ l’industrie de l’ armement en France est composée de dix grands groupes et plus de 4000 PME ; 200 000 emplois de hautes technologies en dépendent.

G.Bad juillet 2019


 

Notes

1)Jean-Yves Le Drian « C’est un record, je suis très fier de l’industrie française », a-t-il déclaré. Interrogé sur le fait de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, il a reconnu que « c’est un pays qui n’a pas la même conception des droits de l’Homme que nous ».

2) L’Allemagne, qui participe aux programmes européens permettant de fabriquer ces appareils, a durci ses règles à l’exportation depuis l’affaire Khashoggi, du nom du journaliste saoudien assassiné au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2018. Mais sa décision affecte les ventes des autres Etats européens vers le pays de la péninsule arabique, dont la France. Et l’Arabie saoudite n’est pas le seul Etat concerné, puisque Berlin bloque aussi des livraisons d’armes vers d’autres pays, comme les Emirats arabes Unis, l’Egypte, l’Inde et l’Indonésie. l’Indonésie.https://www.businessinsider.fr/lallemagne-bloque-des-ventes-darmes-francaises-en-dehors-de-lunion-europeenne-voici-pourquoi/

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Le complexe militaro-industriel français aujourd’hui (III)

2 pensées sur “Le Suffren et le complexe militaro-industriel français

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    19 juillet 2019 à 13 01 15 07157
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    @ Gérard

    Merci pour cet excellent texte – très d’actualité –

    En effet, l’industrie militaire a un double rôle une double fonction : 1)elle est industrie, donc, en tant que capital elle doit rapporter de la plus-value – des profits – donc se trouver des marchés extérieurs.
    2) elle est aussi (via l’armée) vecteur de violence – de force – de pouvoir de la classe dominante sur la classe dominée et aussi sur les bourgeoisies des autres pays. Ainsi, l’armée française avec ses armements impose les intérêts économiques du capital français dans de nombreux pays d’Afrique (l’agiotage djihadiste servant de faire valoir à cette armée d’occupation étrangère venu imposer la paxe franca).

    Tu écris ceci : « Tous les pays ayant développé un complexe militaro-industriel collaborent à maintenir des tensions internationales et des guerres, afin de vendre des armes. Dénoncer la militarisation de l’ économie, les interventions militaires dites sécuritaires et anti-terroristes font partie de nos préceptes révolutionnaires. »

    Tu as raison: mais il faut aussi considérer que les pays belliqueux et agressifs ne maintiennent pas les tensions et la guerre pour vendre des armes mais d’abord pour imposer leurs intérêts commerciaux et de contrôle des ressources et de leur exploitation afin d’accaparer la plus grande part de la plus-value – Le fait que cela engendre un marché pour les armements militaires est une conséquence – subsidiaire.

    C’est l’ensemble de cette problématique que l’on appel L’IMPÉRIALISME

    dERNIER POINT : Nous prolétaire révolutionnaire sommes très clair sur un point : Nous dénonçons et nous mettons en lumière les préparatifs de guerre et les guerres des impérialistes MAIS NOUS NE LAISSONS JAMAIS ENTENDRE OU CROIRE QUE NOUS POUVONS empêcher le bras armé du capital de frapper et de faire la guerre AUTREMENT QU’EN ORGANISANT LA RÉVOLUTION POUR RENVERSER LEUR POUVOIR MILITAIRE.

    Nous ne sommes pas des pacifistes béats car nous savons que l’impérialisme c’est la guerre. Qui veut mettre fin à la guerre doit mettre fin au capitalisme (point final).

    Merci pour ce texte

    Robert Bibeau

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    21 juillet 2019 à 10 10 37 07377
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    avec la vente d ‘Alstom les turbines des sous marins deviennent américaines et sont soumissent aux lois américaine et au bon vouloir du gouvernement américain de son armée voir du FBI ou de la CIA. ce qui veut dire que la France pourra vendre des sous marins que dans la mesure ou le gouvernement américain l’autorisera nous sommes loin de l’indépendance tel que pouvait le concevoir de Gaulle. Macron a commit de toute évidence un acte de haute trahison.

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