Lendemains de fêtes : gueules de bois en série

On a beau être habitués aux excès (et même les multiplier pour essayer de ne pas en perdre le rythme), il y a toujours un moment où la gueule de bois vous rattrape. Une simple petite revue de presse de ce début d’année suffit à vous chasser méchamment les derniers lampions de la tête. Florilège…

  • France : les magasins Virgin vont se déclarer en cessation de paiement ; 1000 salariés sur le carreau

  • Chine : censure de deux publications demandant le respect de la Constitution

  • Syrie : 60 000 morts depuis le début du conflit, selon l’ONU

Bref, la triste routine de notre triste quotidien de crise. Décidément, cette année 2013 est repartie comme en 40.

Hallucinogènes

Quelques signes rassurants dans cette liste crépusculaire (en dehors de l’impayable appel à la mobilisation du ministre Ayrault) ? Ah oui, les places boursières se sont envolées de plus de 2 % au lendemain du nouvel an et de l’accord bricolé à l’arraché par Obama pour, dit-on, “sauver” l’Amérique du “mur fiscal”.

Peu importe que cet accord n’ait solutionné que 20 % du problème et n’ait surtout servi qu’à repousser en catastrophe de deux petits mois le traitement infiniment plus délicat des 80 % restants (les incontournables réductions drastiques de dépenses publiques). Nos derniers joueurs hallucinés n’en sont plus à un irréalisme près.

Figurez-vous qu’ils se sont autopersuadés que leur petit monde de plus en plus étriqué était toujours trop gros pour que les anges-gardiens des financiers le laissent tomber. Remarquez, ils n’ont pas tort. Trop gros comme un Depardieu au point de ne même plus pouvoir marcher, mais suffisamment pour que des Poutine volent à leur secours.

Depardieu, devenu l’acteur-symbole pitoyable de ce déclin lamentable et dont on entend encore la voix lointaine déclamer ces ultimes vers du Cyrano de Jean Rostand :

« Quelque chose que sans un pli, sans une tache,
J’emporte malgré vous,
et c’est…
Mon panache. »

Vent d’air frais

Malheureux “panache”. Sonné, trébuchant, un brin hagard sous l’avalanche de tous ces coups au moral, vous constatez que les dernières bouteilles sont désespérément rincées de leurs bulles. Vous essayez de vous donner le change en vous laissant vaguement obnubiler par votre écran d’ordi.

Et puis vous tombez enfin sur la page d’une de vos jeunes amies Facebook, l’âge de vos mioches à vous, celles et ceux dont les croutons rassis déplorent, pour excuser leurs propres abandons, la prétendue nonchalance pâteuse, l’indifférence supposée et l’absence soupçonnée de tout engagement.

Alors que ceux-là et celles-là vivent probablement juste “à côté”, après avoir parfaitement compris, eux, de quel sapin funéraire était fait le vieux monde des chenus donneurs de leçons, revus et corrigés d’importance par Tristan Bernard :

Za_Floyd.jpg« Marquise, si mon visage
A quelques traits un peu vieux,
Souvenez-vous qu’à mon âge,
Vous ne vaudrez guère mieux.

Peut-être que je serai vieille,
Répond Marquise, cependant
J’ai vingt-six ans, mon vieux Corneille,
Et je t’emmerde en attendant. »

(Photo : Za Floyd)

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