LES FEMMES DANS LA CHINE D’AUTREFOIS ET D’AUJOURD’HUI (Henri Simon) IIe partie

Par Henri Simon.

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Nous publions aujourd’hui la partie II du texte de Henri Simon: « Les femmes dans la Chine d’autrefois et d’aujourd’hui« .  Pour mémoire, la partie I de ce texte a été publié ici: http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs/les-femmes-dans-la-chine-dautrefois-et-daujourdhui-henri-simon-1-ere-partie-sur-iii/   et la partie III a été publié ici: http://www.les7duquebec.com/7-dailleurs/les-femmes-dans-la-chine-dautrefois-et-daujourdhui-henri-simon-iiie-partie/.  NDLR.


 

L’évolution de la condition de la femme dans le « socialisme de marché »

L’essor économique de la Chine surtout dans son développement industriel a eu un double effet, qui est en quelque sorte le prolongement de ce qu’on pouvait voir s’amorcer dans l’entre deux guerres. D’un côté une prolétarisation de la femme passant du secteur agricole au secteur industriel (de la dure condition d’auxiliaire du travail agricole prisonnière des coutumes ancestrales à la dure exploitation de l’usine), de l’autre, le développement d’une bourgeoisie chez laquelle la femme « émancipée » est traitée avec les traits parfois contradictoires des sociétés occidentales.

Un des traits essentiels de l’évolution des 50 dernières années est l’entrée en masse des femmes dans le travail salarié industriel. On a vu que déjà avant le seconde guerre mondiale la femme pouvait être exploitée – principalement dans le textile – dans des conditions similaires à celles du 19 ème siècle en Europe, mais la principale caractéristique de la période récente est la rapidité de cette intégration dans l’économie non agricole capitaliste industrielle). En Europe, cette intégration a mis plus d’un siècle à se mettre en place, les guerres jouant un rôle important dans la nécessité de remplacer les hommes dans les usines. La Chine, pour faire face à une accumulation primitive rapide avait besoin de bras et pouvait puiser, hommes et femmes dans l’énorme réservoir de la population paysanne, qui pour une part voyait dans le passage de la pauvre ferme à l’usine (alors avec les avantages de l’unité de travail) une ascension sociale. Les chiffres suivants montrent la rapidité de cette intégration des femmes dans le secteur industriel :

 

Année effectif de femmes dans l’industrie pourcentage de la force de travail total

1949 600 000  =  7,60 %

1978 31 millions  =  33%

2004 330 millions  =  41,7 %

2007  = 46%

Il est bien évident que cette évolution avait des conséquences sur la condition de la femme et sur sa place dans le cercle familial. Bien que souvent, sa condition de « migrante » résulte de l’assujettissement aux contraintes ancestrales (la promotion du garçon) la fait de « sortir de sa campagne » pour aller à la ville, si dure que soit sa condition d’ouvrière et le peu de loisirs que lui laisse cette servitude entraîne un brassage et des contacts avec un autre monde. De plus, le fait de devoir s’expatrier ainsi pour subvenir à certaines nécessités de la famille lui donne un certain pouvoir dans les relations familiales, alors même qu’elle puisse avoir un certain ressentiment quant aux sacrifices auxquels elle a dû consentir pour se plier à la tradition. Comme pour l’ensemble de la population chinoise, les personnes âgées et plus particulièrement les femmes, si on ne peut avoir le soutien d’un enfant (plus spécialement d’un fils) doivent travailler aussi longtemps que possible pour survivre;

80% des personnes âgées dépendent ainsi pour subvenir à leurs besoins de l’aide d’un enfant. (38)

Une contradiction du même ordre peut aussi se voir pour le femme du mari qui a dû « migrer » pour compléter le maigre revenu de la terre (il y a un siècle le développement capitaliste a connu en France par exemple nombre de ces ouvriers-paysans). La femme, restée au foyer doit assumer, seule ou sous contrôle des parents du mari, le travail de la terre et la gestion domestique : dans le cadre des structures familiales traditionnelles, cela change quelque peu sa condition dans le sens d’une plus grande indépendance. Pour apprécier la dimension de cet ensemble de problèmes pour la femme, on doit considérer qu’encore aujourd’hui, près de la moitié de la population vit encore dans des zones rurales.

 

Si on peut, sous toutes réserves, généraliser la condition de la femme dans les milieux populaires ouvriers ou paysans dans ces dernières années, cette condition peut se résumer ainsi:

– participation réduite à la vie politique qui reste un domaine masculin

– contrainte d’habitation dans la famille du mari (elle n’a d’ailleurs pas les mêmes droits que les hommes dans les successions)

– cumul du travail salarié ou paysan avec le travail domestique

– même sur le plan économique une discrimination pas tant dans les emplois occupés et dans les salaires mais dans certaines circonstances, par exemple lors de la restructuration des entreprises d’Etat les premiers licenciés étaient les femmes.

– inégalité dans l’éducation, priorité étant donné au garçon quant aux études qui, vu leur coût, présentement obligent à des choix en présence de plusieurs enfants. Les exemples abondent où la fille même douée doit interrompre ses études pour devenir « migrante » pour payer les études du garçon.

– Rejet de la famille d’adoption par mariage si elle n’a pas d’enfants mâles

– Bien des femmes intériorisent cette situation dans un complexe d’infériorité même si le travail à l’extérieur de la campagne, ce qui, malgré les sollicitations et les contradictions que nous avons relevées, rend plus complexe et plus lent un processus d’émancipation.

 

Ainsi, en dépit des proclamations sur les grandes réalisations de la Chine quant à l’égalité sexuelle, la plupart des hommes, y compris dans les situations que nous venons de décrire regardaient les femmes comme de simples objets sexuels même dans des ouvrages défendant ouvertement la cause des femmes. Plus on monte dans la hiérarchie administrative plus la présence des femmes est réduite passant de une femme pour huit hommes dans les échelons les plus bas à une femme pour 25 hommes dans les échelons élevés. L’Assemblée Populaire Nationale qui intronise les dirigeants du Parti comptait 22% de femmes en 1998-2003  et 20% en 2003-2008. D’une certaine façon, on pourrait ajouter cette réflexion d’une féministe chinoise : « Si les femmes sont plus libres, cela signifie qu’elles sont plus susceptibles d’être exploitées » (39).

 

Mais tout cela n’est pas une situation fixe : l’essor économique de la Chine fait que les meurs et les habitudes changent, peut être inégalement et lentement, mais elles changent, quelles que soient les façons dont ce changement chemine (brassages, travail, migrations, même la télé malgré son contrôle et son conformisme, expansion du portable et d’internet) dans ce qu’on pourrait appeler une « modernité ». Globalement, la situation de la femme reste quand même celle d’une inférieure qui a du mal à trouver sa place en tant qu’être humain à part entière. Si la domination du Parti dans la période d’accumulation primitive du « bol de riz en fer » (40) dans l’unité de travail l’enfermait dans les contraintes de cette domination, cela lui conférait néanmoins, pour les privilégiées qui y travaillaient, une sécurité d’emploi et de vie. L’ouverture économique dans un capitalisme privé et non plus seulement d’État et le démantèlement de ces unités de travail, tout comme le démantèlement des collectivités rurales ont entraîné une certaine dégradation des conditions matérielles de vie et dans certains domaines une régression  notamment pour les femmes. S’il est incontestable qu’en 1949 d’abord et paradoxalement dans les années 1990 suite à l’ouverture de la Chine au capitalisme privé, la situation de la femme chinoise, globalement et bien que de manières différentes, s’est améliorée, on constate, depuis ces dernières années une détérioration des conditions de vie qui touche plus particulièrement les femmes. Ceci, en dépit d’une élévation moyenne générale du niveau de vie, une amélioration des ressources des paysans et une certaine amélioration des salaries en raison de la concurrence des différents secteurs de production. L’approfondissement du fossé entre riches et pauvres, s’il favorise les femmes des classes moyennes signifie sans aucun doute pour les femmes des secteurs les plus pauvres un durcissement de leur condition de femme.

 

Cela est particulièrement visible quant à l’accès à l’éducation. En 1990, si 85% des femmes de plus de 60 ans n’avaient jamais fréquenté l’école, la plus grande partie des enfants étaient scolarisés ; bien sûr, à cette époque l’accès à des études secondaires et supérieures dépendaient de l’opinion que le Parti avait de vous ou de privilèges réservés à ses membres (il serait trop long à ce sujet de parler des ravages de la Révolution Culturelle dans ce domaine).

 

Aujourd’hui, le coût des études a été multiplié par 10 de 1990 à 1997 et on constate une chute de la scolarisation, notamment chez les filles. Elles forment 83% de ceux qui quittent l’école après les 9 ans de scolarité obligatoire, parmi les illettrés, la proportion de fille est plus de deux fois plus élevée que celle des garçons. Même si la situation d’ensemble est bien supérieure à ce qu’elle était avant 1949, elle a régressé depuis 1980. Nous avons vu que, devant ce problème de coût des études secondaires et supérieures, la fille était invariablement sacrifiée au garçon, elle devait souvent devenir « migrante » pour assurer les études du garçon. Dans ce domaine de l’éducation, 37 % des filles sont retirées de l’école avant la fin de la scolarité primaire à cause de la pauvreté contre 26% des garçons ; En 2002, 1,1 % de la population entre dans l’enseignement supérieur et dans ce nombre, on trouve 45% de filles.

 

On pourrait multiplier de tels exemples quant au domaine de la santé, d’autres avantages sociaux comme la retraite, qui font que la condition de femme de la campagne, paysanne ou migrante, ou des classes défavorisées des villes non seulement se dégrade, mais est pris dans les tourments d’une économie peut être en plein essor mais surtout en pleine mutation. Les revenus moyens dans les campagnes sont quatre fois moins élevés que celui des habitants des villes (41). Il suffit de s’éloigner de 80 km de Pékin pour découvrir des familles qui voient la misère où un pantalon est partagé entre 5 à 6 personnes… »(42).

 

Les femmes des classes moyennes

Parler des classes moyennes en Chine suppose tenir compte des différentiations suivant les revenus et les signes extérieurs comme l’appartement et la voiture, ce qui n’est pas forcément une question de revenu mais de position sociale dans les différentes branches du système politique et économique, public ou privé.. Si les 20% plus riches de la population possèdent 48,50 % des ressources totales, il s’agit d’une classe très disparate. Elle se compose des nouveaux cols blancs (employés, techniciens, cadres), des gérants ou propriétaires de PME, d’entrepreneurs individuels. Leur position sociale se définit par rapport au système politique; ces « riches » peuvent être « dans » le système c’est à dire appartenir à une unité de travail de l’Etat qui procure maints avantages dont le logement, les garanties maladie et retraite ou « hors » du système c’est à dire au secteur privé mais avec des relations privilégiés relationnels avec le système. (43).

Le fossé entre classes moyennes et prolétaires peut être mesuré par un exemple qui peut être observé partout en Chine. a Dongguan (Guandong près de Canton), de 1994 à 2004,les fonctionnaires municipaux ont vu leurs salaires augmenter de 340% ( de 8 000 yuan à 35 000 yuan par an alors que les salaires moyens n’ont augmenté que de 71% ( de 6 000 à 10 000 yuans ce qui signifie pour ces derniers salariés un même pouvoir d’achat et même une régression pour certains; pour ces salariés le salaire ne couvre que la subsistance « ,  4 bols de nouilles frites à la sauce de soja par jour » et le voyage annuel dans le village d’origine (44).

 

Les perspectives d’accession à cet état de classe moyenne exercent pour garçons et filles un tel attrait qu’une véritable pression s’exerce sur les milieux universitaires. En 2007, il a été délivré 5 millions de diplôme, 20% de plus qu’en 2006, cinq fois plus qu’en 1998 .Les conditions d’étude et les difficultés de cette compétition non seulement à obtenir un diplôme mais à y trouver un débouché ont entraîné même des manifestations et émeutes en 2006 et 2007 dans différentes villes notamment à Zhengzhou (Hunan) (45). Les plus favorisés sont comme partout ceux qui ont le plus de moyens, ce qui assure la reproduction de la classe moyenne « .  Si l’on en a les moyens, les enfants peuvent bénéficier d’une éducation dans des écoles pilotes où des méthodes sont des garanties de succès. Par contre, dans les écoles publiques où règne une discipline toute militaire, la compétition est féroce avec une réussite au mérite (46).

 

On évalue qu’il y aurait en Chine aujourd’hui entre 100 et 200 millions d’habitants appartenant à la classe moyenne  (cela représenterait entre 8 et 15% de la population totale). On prête aux dirigeants l’objectif de faire qu’il se constitue en 2020 une classe moyenne qui regrouperait 45% de la population. Le régime a dû abandonner sa politique de domination politique égalitaire et totalitaire en raison de son développement économique et de la domination des économistes (l’entrée des patrons dans les instances supérieurs du Parti en est un des signes visibles). Mais son affaiblissement idéologique doit être remplacé par le soutien de nouvelles couches sociales trouvant un intérêt personnel dans le développement économique La formation d’une classe moyenne produit de ce développement économique et quelque peu encouragée par les instances du Parti est à la fois cette base sociale et surtout un rempart contre les « classes dangereuses », les prolétaires.

 

Répartition de l’emploi par secteur. La portion en vert représente l’agriculture – Les colonnes de gauche représente la Chine e l’Inde.  Le troisième bâton l’année 2016 = la classe moyenne soit 47% des travailleurs.  BIT 2017. NDLR.

 

La situation des femmes de cette classe moyenne est très contrastée car également traversée par les influences des sociétés occidentales, les possibilités de consommation qu’offre une certaine richesse, les sollicitations du marché qu’elles représentent (L’Oréal établi en Chine s’est lancée dans la promotion du rouge à lèvres avec l’ambition d’en vendre un seul tube à chaque femme de cette classe). Ce qui peut être dit de la condition de la femme des classes moyennes est d’autant plus vrai que l’on se trouve dans les grandes métropoles de la côte est et sud est de la Chine et doit être de plus en plus tempéré à mesure que l’on s’enfonce dans la Chine profonde et peut être cesse d’être vrai dans les régions pauvres du Centre et du Nord Ouest ou bien pour d’autres raisons dans les régions reculées des montagnes de l’Ouest.  Pour se faire une certaine idée de la différence des situations de ces femmes des classes moyennes que leur revenu annuel moyen est de 1 200 euros ( ce qui dans des villes comme Shanghai ou Beijing peut leur assurer un niveau de vie similaire à celui de pays occidentaux alors que le revenu moyen d’une femme des campagnes ( migrante ou pas) est de 400 euros et que dans les régions les plus pauvres, le niveau de vie se rapproche de celui de pays pauvres d’Afrique. De plus, 70 à 80% des femmes des classes moyennes des zones urbaines, résidentes pour la plupart, ont des assurances sociales (retraite, santé, maternité) contre 6 à 8% dans les zones rurales (en particulier les migrantes n’ont rien de cela).

 

D’un côté, la femme, dans ce milieu peut afficher une certaine indépendance sinon l’avoir réellement si elle est dépendante du mari. Le divorce est devenu plus facile qui peut se trouver favorisé par la pénurie de femmes. Si elle travail elle doit, comme ses consoeurs ouvrières ou paysannes concilier leur vie professionnelle et leurs obligations familiales et cela dans une société qui, même dans ce milieu reste profondément machiste. Si la sexualité n’est plus pour elles un objet tabou, la « modernité » a introduit, dans le prolongement de ce qu’elle pouvait être antan, une «femme objet» que développe certainement sa situation « d’objet recherché » en raison de sa rareté.

 

Si la dictature du Parti tendait à faire de la femme un objet asexué niant sa nature profonde de femme, la dictature du Marché, pour cette classe moyenne sous couvert de l’exalter, en fait une sorte de représentation objectivée. En 1980 l’écrivain Zhang Xian liang exprimait cette mutation future, faisant dire à un de ses personnages : » La Chine est un immense couvent. Elle ne pourra progresser que lorsqu’elle sera devenue un grand bordel ». S’il y avait du vrai dans l’évolution de la sexualité dans cette classe moyenne, le progrès dont il parlait n’était pas dû à l’évolution des moeurs mais à l’évolution économique elle-même. Dans les villes et pas seulement dans la classe moyenne, on pourrait résumer le rêve de vie par « tomber amoureux et profiter de la société de consommation ». Fin 2004, 60% des foyers de Beijing sont des familles nucléaires et plus de la moitié des familles des villes se composent de trois personnes). L’âge du mariage recule et on rencontre dans les villes des familles monoparentales, des couples sans enfants, des familles recomposées et des célibataires par choix (47).

 

Si la politique de l’enfant unique continue ce n’est pas tant, dans cette classe moyenne pour satisfaire aux autorités mais par égoïsme, parce que cela prend du temps et coûte cher. Même dans ce milieu si favoriser le garçon reste une attitude fréquente, cette tendance semble présentement s’inverser : dans les villes modernes de la côte est le fait d’avoir une fille n’est plus considérée comme un tare mais devient même un snobisme (évolution peut être due à la pénurie de femmes). Dans ce milieu de classe moyenne, les parents s’investissent beaucoup dans la réussite scolaire de l’enfant, ceux des milieux aisés vont en pension, ceux avec moins de moyens les confient aux grands parents ne les prenant les uns et les autres que le week-end. A la limite, dans les campagnes, père et mère sont à la ville, pourvoyant aux frais scolaires et ne voyant leur progéniture qu’aux vacances.

 

Il ne fait aucun doute que les comportements de la femme dans cette classe moyenne ne sont pas sans influence sur l’ensemble des femmes des autres classes sociales. Mais, parler réellement d’émancipation. pour cette classe moyenne et pour les autres copiant ce « modèle » serait oublier que cette « émancipation » oscille dans des contradictions. D’un côté l’argent facile développe la sexualité dans une certaine forme de pornographie alors que persiste dans ce domaine traditions et ignorance. D’un autre côté la persistance de préjugés sur les filles qui donne lieu à un cérémonial comme dans la célébration des mariages et dans la tendance à faire des filles des « épouses modèles ». La ville de Shanghai par exemple est considérée comme La Mecque des filles car le travail y est plus intellectuel et moins physique.  La fille y est considérée économiquement « plus rentable » (48).

 

Deux exemples permettent d’illustrer la condition et le comportement des femmes des classes moyennes. Toutes deux travaillent dans la région de Canton – Shenzhen (sud industriel côtier largement développé autour de Hong Kong). Ce qui les rassemble, c’est qu’elles sont nées à la fin des années 1970 ; elles n’ont pas connu ni les troubles politiques, ni les difficultés économiques ; mais pourtant, elles se plaignent sans arrêt de leur condition car elles doivent travailler ce qui ne correspond pas à leur idéal de femmes nanti d’un mari très aisé. Le père de l’une d’elles est un homme d’affaires. Elle gagne 300 euros par mois comme programmatrice dans une entreprise de téléphonie et se plaint du stress vu les conditions de travail. Elle a un ami qui ne convient pas aux parents car il n’aurait pas d’avenir et présentement peu de ressources. Depuis deux ans, elle cache cette relation aux parents.

 

L’autre est modéliste dans une entreprise de confection ; elle est plus prisée sur le marché du travail car elle possède une qualification acquise aux USA. En principe, elle gagne 500 euros par mois mais elle n’en reçoit que 300, les 200 restants ne lui étant payés que selon l’humeur du patron, c’est-à-dire de l’état de ses affaires. Au nouvel an chinois l’entreprise est fermée trois semaines car les salariés, tous des migrants regagnent leur famille ; eux touchent moins de 100 euros par mois. Elle aussi a un ami mais celui-ci est accepté par les parents mais il gagne moins qu’elle et doit subvenir à ses parents âgés. Elle se méfie de ses sentiments pour lui car elle espère un autre futur (49).

 

Une étude récente sur des femmes scientifiques de Shanghai montre que leur engagement professionnel est restreint par leurs « obligations familiales » et le sexisme ambiant.  Sur les 17 800 chercheurs, 32% sont des femmes mais moins de 15% sont dans les instances supérieures (sur 428 projets de recherche seulement 42 sont soutenus par des femmes). La plupart de ces femmes scientifiques sont mariées à des scientifiques. L’ambition des étudiantes en sciences n’est pas de faire carrière mais de trouver un mari riche. Pourtant c’est dans ce milieu des classes moyennes que l’on note un renversement de la situation à l’égard des filles et on peut penser que ce renversement gagnera l’ensemble de la société chinoise, surtout si cette classe moyenne s’accroît et si le développement de l’économie entraînera des mutations profondes parmi la population des campagnes.

 

La vie de la femme dans les campagnes

Un témoignage relativement récent résumait ainsi ce qu’il avait expérimenté dans les campagnes reculées : « Nous avons vu une inimaginable pauvreté, des maux incroyables, des souffrances et des désespoirs, des résistances et des silences inimaginables ». La population rurale est encore estimée à 800 millions d’habitants c’est-à-dire que 58% de la population peut être considérée comme vivant de l’agriculture ou d’une activité locale à la campagne. Sur ce nombre, 13%, plus de 100 millions sont des « migrants », En 2005, le revenu moyen dans les campagnes s’élève à 595$ contre 1 900 dans les grandes villes soit trois fois plus (50).

 

La fin de la collectivisation et l’individualisation de l’exploitation (la propriété de la terre restant collective, seule son exploitation étant individuelle) dès la fin des années 70 a en fait favorisé la reconstitution de la cellule familiale. Cela pouvait marquer pour la femme le retour à une situation antérieure d’autant plus que la collectivisation n’avait pas fait disparaître toutes les séquelles du vieux système familial traditionnel. Mais la situation n’était pas identique à celle d’avant le maoïsme car, involontairement, le régime lui-même avait fait évoluer les rapports familiaux dans les campagnes, non par ses thèmes de propagande, mais par ses prévarications politiques et par son développement économique.

Les collectivisations avaient peut être nié la féminité de la femme, mais en la mettant l’égale de l’homme, elles avait quand même brisé quelque peu le modèle traditionnel ; la Révolution Culturelle, en expédiant les citadins dans les campagnes souvent lointaines avait, sans que ce soit le but recherché, entraîné cette mixité ville campagne et certainement apporté des ouvertures quant à la situation de la femme paysanne. Dans le même sens, plus récemment, comme nous l’avons déjà souligné, le nombre important de migrantes et de migrants, l’irruption des gadgets de la civilisation (TV, portables, internet), les activités commerciales complémentaire éventuelles font bouger les frontières des habitudes traditionnelles de la vie sociale dans les campagnes et entraînent des modifications dans les pratiques traditionnelles. Une autre question que l’on peut se poser au sujet de la situation des femmes des campagnes est l’incidence sur leur vie de famille et leur vie propre lors des dépossessions fréquentes des terres au profit de spéculations immobilières ou industrielles, source de conflits locaux violents (51)

Citons en seulement quelques uns :

– disparition de la famille élargie et développement de la famille nucléaire c’est-à-dire échappant à la tutelle des anciens. Mais aujourd’hui encore, souvent, la femme doit rejoindre d’une manière ou d’une autre la famille du mari.

– Disparition du mariage contraint bien que persiste la fonction de l’entremetteuse mais qui laisse un choix aux futurs dans la possibilité d’un refus

– Les parents travaillant souvent à l’extérieur, loin du village, les enfants sont confiés aux grands parents ; privés de leurs parents, la notion de famille traditionnelle tend à s’estomper

 

Un autre aspect de la situation globale nouvelle avec les possibilités de migrer pour les femmes tient à un phénomène que l’on peut observer dans toutes les migrations en général. Les femmes qui restent à la campagne sont les plus âgées, les moins instruites, celles ayant charge d’enfants et qui fournissent dans le foyer la main d’œuvre agricole, notamment si le mari étant lui-même un migrant. Elles doivent souvent accomplir un dur travail physique, non seulement le travail proprement agricole, mais aussi le conditionnement des produits pour la vente locale ( séchage, salaison, etc.…), parfois un travail à domicile pour des entreprises locales et bien sûr en plus le travail domestique et les soins des enfants. Elles n’ont pratiquement pas de repos, oeuvrant 7 jours sur 7 et trimant pratiquement deux fois plus que les hommes.  De plus, souvent elle vit dans la famille du mari, à peine reconnue et parfois maltraitée par ses beaux-parents. Si des produits sont conditionnés par son travail elle n’en a pas le profit, la venté étant accaparée par le mari ou la belle famille. Si un travail est disponible dans les entreprises locales ; la préférence est donnée en général aux hommes mais cela peut changer avec le transfert de certaines industries qui migrent vers l’intérieur à la recherche de main d’œuvre meilleur marché que dans les centres côtiers existants.

En 2003, 67% de l’emploi agricole est assuré par les femmes, presque uniquement du travail manuel soit dans la ferme familiale soit comme travailleuse agricole dans d’autres fermes ou dans des entreprises rurales. Pour tous ces travaux bien peu reçoivent les garanties, même minimales associées au travail salarié (retraite, assurance médicale, prestations maternité). La dureté de la vie dans les campagne, pour celles qui n’ont pas la possibilité d’en sortir est attestée par le nombre élevé de suicides dans les campagnes chinoises qui tient dans ce domaine un triste record, la Chine étant le seul pays au monde où 25% de plus de femmes (surtout les jeunes) se suicident que les hommes et où le taux de suicide est trois fois plus élevé dans les campagnes que dans les villes.

Il serait bien long d’énumérer en détail les disparités (d’ailleurs inégales suivant les provinces) entre les campagnes et les villes (nous avons déjà évoqué le fait que dans les villes, la moyenne des revenus est 4 fois plus élevée que la moyenne des revenus des campagnes). Un seul point permet de mesurer cette inégalité campagne/ville: en 2002, pour 4 enfants scolarisés dans les villes on en compte trois à la campagne; il y aurait plus de 1 million d’enfants ruraux qui ne peuvent avoir accès à l’enseignement primaire; les enfants des villes ont trois fois plus de chances d’accéder à l’enseignement supérieur (52).

 

La condition des femmes dans le travail salarié

 

Avant de voir quelle est la condition de l’ouvrière dans la Chine d’aujourd’hui, il est utile de rappeler que sur le papier, les travailleurs peuvent jouir d’un code du travail qui serait au même niveau que ceux des pays capitalistes occidentaux.  Le principal problème à ce sujet est que ce code n’est pratiquement jamais respecté, son application éventuelle étant laissé à l’arbitraire le plus total des chefs d’entreprise généralement appuyés par les autorités locales (souvent, ce sont les mêmes, les responsables du Parti ayant troqué le costume de bureaucrate en celui d’homme d’affaires) et que, pour ce faire, ils bénéficient du soutien du seul syndicat autorisé l’ACFTU (53). Il découle de cette situation que souvent, dans les luttes, c’est l’application de ce Code du Travail qui est revendiqué.

Depuis la fin des années 70 leur condition de travailleuses a, pour celles qui travaillaient dans les unités de travail, considérablement changé. Il est difficile de dire si celles qui étaient exploitées hors de ces unités étaient exploitées dans des conditions similaires à celles que l’on peut voir aujourd’hui. Nous avons déjà expliqué que celles qui avaient la garantie du « bol de riz en fer » avaient peut être des salaires bas et égalitaires, aucune mobilité et la domination constante du Parti, mais trouvaient dans cette organisation industrielle garantie d’emploi et sécurité jusqu’à la mort à la fois pour elles et pour leur famille.

Les réformes économiques des années 80 ont pratiquement balayé tout cela pour l’ensemble des travailleurs. Le démantèlement des entreprises d’Etat par privatisation ou restructuration après 1995 a entraîné des licenciements massifs (les femmes étant dans les premières fournées avec par exemple des mises à la retraite forcées à 35-40 ans avec une retraite réduite) et une liberté totale d’exploitation (en 1997, 39% de la force de travail chinoise est ainsi « restructurée ».et 61% de ces licenciés perdent tous les avantages liés à l’unité de travail). Un exemple de cette discrimination a été donné en 2005 par une compagnie pétrolière China Northeast Oil, filiale de la compagnie nationale China National Petroleum . En 2000, cette firme a licencié 30 000 travailleurs âgés de 20 à 55 ans avec indemnisation suivant l’ancienneté. La même firme restructurée réembauche en 2005 ses anciens travailleurs, s’il s’agit d’un couple, seulement le mari, s’il y a eu divorce la femme peut l’être à temps partiel, le tout avec des salaires diminué (l’effet pervers de cette mesure, trop annoncée à l’avance fut une avalanche de demande en divorce de couples ayant travaillé dans l’entreprise si importante que les textes furent remaniés pour introduire un délai entre le divorce et la demande de réembauche.

Aujourd’hui tous secteurs confondus, deux femmes sur trois travaillent ; elles occupent 50% des emplois dans l’agriculture, 33% dans l’industrie, 50% dans le commerce, 30% dans les bureaux, 16% parmi les cadres d’entreprise et 10% des postes responsables dans le Parti. Tous secteurs confondus, leurs salaires sont en moyenne inférieurs de 25% aux salaires masculins. On ne mentionne que rarement les emplois domestiques presque uniquement féminins qui en 1988 occupaient rien qu’à Beijing 50 000 femmes.

La majorité des femmes dans les emplois industriels ou de services sont des « travailleuses jetables », exploitables pendant quelques années et jetées ensuite pour différentes raisons (par exemple, les contrats de travail quand ils existent prévoient souvent le licenciement si la femme devient enceinte). Pour les licenciés des entreprise d’Etat en 1997, 75% d’entre elles étaient encore sans emplois une année après le licenciement contre 50% chez les hommes. Les employeurs jugent finalement que même avec les salaires différenciés en défaveur des femmes elle sont au bout d’un certain temps de travail plus chères que les hommes (tendance à se révolter, congés maternité, plus de protection légale, etc..).

Au départ, ils préfèrent employer des « migrantes » qui, jeunes acceptent des salaires plus bas sans aucun avantage, mais lorsqu’elles prennent de l’âge et de l’expérience elles tendent à se défendre et sont alors licenciées. On trouve même des jeunes filles de 15 ans et moins embauchées sous de fausses identité leur donnant plus de 18 ans parce qu’elles savent moins bien se défendre et qu’elles risquent moins d’être enceintes. Une des raisons principales de la fragilité de la position de migrant (e) est l’existence d’une sorte d’assignation à résidence .. Depuis 1958, tout Chinois doit être enregistré dans une localité où il possède un travail. Le livret d’enregistrement indique à quelle catégorie il appartient rurale (57% de la population) ou citadine (grandes villes et petites villes, 43% de la population). Ce document, le hukou lui impose, s’il change de localité d’avoir l’accord des autorités tant de son lieu de départ que de son leu d’accueil qui fait qu’en principe que, même autorisé à résider et travailler ailleurs que dans sa province d’origine, on n’a aucun droit (célibataires, famille et enfants) aux avantages (logement, éducation, santé) réservés aux résidents de la province d’accueil. Souvent l’exclusion du travail pour une raison quelconque signifie pratiquement le renvoi dans la province d’origine, ce qui donne une idée du pouvoir de coercition dont dispose les dirigeants d’entreprise. Ces règles strictement appliquées au départ n’ont pu endiguer les migrations intérieures ; l’importance de cet exode rural tout comme les besoins de main d’œuvre dans les zones côtières ont fait que peu à peu à partir de 1984 des assouplissements locaux ont plus ou moins légalisé la présence hors du lieu de résidence originel mais sans pour autant ouvrir aux mêmes droits qu’aux résidents urbains ; Les migrants restent dans leurs ville de travail des citoyens de seconde zone.

Bien sûr, les infractions à la législation du travail sont innombrables et ne touchent pas spécialement les femmes, mais comme dans certains secteurs comme le textile et l’électronique elle forment 90% des effectifs, ce sont elles qui supportent le plus le poids de ces irrégularités ( rien qu’à Shenzhen la ville industrielle champignon dans la banlieue de Hong Kong on dénombre en 1999 20 000 accidents du travail graves) car , venant des campagnes souvent lointaines, sans connaissance du monde du travail elles ignorent totalement leurs droits ou quand elles les connaissent ne cherchent pas à les faire valoir par crainte d’être virées. On trouve pourtant d’une part des grèves dont nous parlerons plus loi ou des recours juridiques pour les salaires ou même contre le harassement sexuel. Une des conséquences de l’exclusion des femmes enceintes fait que dans la région de Guangzhou ( Canton et Hong Kong) 90% des « migrantes » enceintes doivent accoucher clandestinement dans des cliniques clandestines parce qu’elles ne peuvent aller à l’hôpital ( pas de couverture santé), cette illégalité entraînant un taux de mortalité élevée. Globalement, 40% des travailleurs chinois n’ont aucune couverture sociale, ce taux moyens recouvrant d’énormes différences notamment pour les migrants (54).

Certains notent pour la période récente une évolution dans les mentalités des « migrantes » qui tendraient à avoir plus de souci d’elle-même que de la famille à laquelle elles ont sacrifié une partie de leur vie. Un exemple parmi d’autres : en 2003, une jeune femme ayant travaillé 10 ans dans une usine textile près de Canton ne veut plus envisager un retour dans son village. Ses gains pendant toute cette période ont servi à la construction d’une maison familiale, à payer des études secondaires pour sa sœur, des dépenses de santé pour ses parents, le mariage du frère mais ne lui a guère profité. En 2003, sa famille lui demande de rentrer car ils lui ont trouvé un mari qu’elle ne connaît pas du tout. Elle le rencontre pourtant mais refuse la proposition d’où la colère de la mère et la rupture. Ce n’est pas un cas isolé. Souvent mes « migrantes » sont virées à 25 ans et doivent retourner dans leurs campagnes ; elles ne peuvent rester à la ville que si elles peuvent se marier à un citadin mais la plupart de ceux-ci ne veulent pas épouser une campagnarde. 95% d’entre elles retournent « chez elles » pour être mariées mais si le mari est très pauvre, elles doivent revenir à la ville pour se faire exploiter. «  L’année passée, Yang Li quitte sa maison tranquille de Luzhou dans le Sichuan pour travailler dans une usine de serrures dans le delta de la Rivière des Perles ( région Canton –Hong Kong. Après un mois passé à polir des serrures 13 heures par jour, totalement épuisée, elle retourne chez elle (55).

 

Un autre témoignage montre ce qu’est la condition de « migrante ». Elle émane d’une ouvrière à Hangzhou, ville côtière de l’Est proche de Shanghai qui travaille dans l’usine de coton n° 1 :

«  La chose la plus dure à encaisser fut que les gens de Hangzhou nous regardent de haut. Ils nous appellent les « sœurs ouvrières » et nous tiennent pour quantité négligeable ». Aujourd’hui ça va mieux mais quelques uns nous traitent encore de «  plouks de la campagne ». On en prend plein la gueule. C’était il y a cinq ans et souvent je revenais au dortoir en pleurant. J’ai vécu dix ans dans un dortoir et dors dans la case d’en haut. Nous y sommes cinq. La vie est dure, beaucoup plus dure que celle des habitants de la ville…Dans ma campagne, les maisons sont toutes spacieuse…Je n’ai aucune chance ici de sortir. Si je travaille en équipe, je ne peux pas sortir. Si je suis de nuit, je ne peux guère me reposer dans la journée et c’est dur. Travailler sur la chaîne est très dur. Quand ils ont amené des machines japonaises on a dû en surveiller 10 à la fois. Très dur, on doit bouger sans arrêt, jamais tranquilles. Pour aller aux toilettes, on doit appeler un remplaçant. Pas de pauses… Je me sens très frustrée…J’ai un ami qui travaille dans la même usine, aussi un migrant…Nous ne sommes pas encore mariés…Nous nous connaissons depuis quatre ans. Le problème est que nous n’avons pas de logement et on ne peut pas en avoir parce que nous ne sommes pas enregistrés ici. Si nous avions un enfant, comme nous ne sommes pas enregistrés nous devrions payer le double pour tout…Nous nous sentons tellement inférieurs… »

 

Une des conséquences du travail des femmes et de cette condition de migrants hommes et/ou femmes est que, souvent, les enfants restent au village sous la garde des grands parents. Ils ne voient leurs parents qu’une fois par an, au Nouvel An Chinois et ne leur parlent pendant l’année qu’au téléphone. Il n’est pas exceptionnel de voir des villages comme Qian fu dans le Sichuan où on trouve seulement 1 000 enfants, des vieux et pas de parents. 20 millions d’enfants seraient dans une situation similaire. Que deviendront ces enfants et que cela représente-t-il pour les parents, surtout pour les femmes privées de toute maternité ? (56)

 

Un nouveau sujet dans l’exploitation globalisée de la force de travail : les « dagongmei » – les migrantes.

 

Bien que ce nouveau chapitre de l’exploitation capitaliste de la force de travail concerne la Chine, on doit préciser qu’il ne concerne pas seulement ce pays car il s’est étendu dans le monde entier, particulièrement dans les pays sous-développés ou en développement, là où la pénétration capitaliste a déversé du monde rural un surplus de migrants disponibles pour une exploitation sans précédents. La Chine, avec l’innovation des Zones économiques Spéciales (SEZ) fait figure de précurseur (57). Ce nouveau sujet de l’exploitation de la force de travail est essentiellement féminin. Pas n’importe quelle catégorie de femmes ; presque exclusivement celles de la tranche d’âge entre 15 et 25 ans (parfois moins de 15 ans avec de faux papiers et la question du travail des enfants restant en Chine un sujet tabou sur lequel il est dangereux de faire des recherches) (58)

 

Age moyen 23 ans. Elles viennent des campagnes, le plus souvent ces campagnes les plus pauvres et nous avons souligné les conditions spécifiques coutumières ancestrales qui les poussent vers l’usine. L’existence du hukou fait d’elles des sortes d’esclaves, la tolérance dans un lieu qu n’est pas leur lieu d’origine pouvant, à tout moment en faire des « illégaux  » réels et non plus tolérés. Une partie de ces lieux d’exploitation ne sont pas les bagnes sordides qu’on imagine souvent et qui existent .On trouve, notamment dans les filiales de firmes étrangères des bâtiments récents, propres et clairs où le travail se fait dans une ambiance calme (trop calme car il est souvent interdit d parler durant le travail). Le rythme de travail n’est pas toujours affolant. Certains patrons qui affichent des « préoccupations sociales » font même construire d es nouveaux dortoirs « modernes ». Il ne s’agit pas d’humanitarisme mais une réponse à la fuite récente des migrantes qui outre un turn over important à la recherche de « meilleures conditions d’exploitation (58).

 

Leur nombre est difficile à évaluer pour deux raisons En 2006 il y aurait ainsi 100 millions de migrantes Dans la seule ville de Dongguan (Pearl River Delta près de Hong Kong), résider aient 4,13 millions de migrants dont 3 millions de « dongmei » dans un rapport hommes femmes de 1 à 3 (59). A Shanghai sur 18 millions d’habitants il y aurait 5 millions de non-résidents. A Jilin, en 2003 , 85% de la force de travail ressortait du secteur privé et sur ce total, 72% étaient des femmes ; A Shenzhen, dans la maroquinerie 2/3 étaient des femmes, mais dans certaines entreprises on trouvait 1 homme pour 50 femmes. Toujours dans la région de Canton, 400 000 entreprises employaient 5 millions de migrants sur lesquels 3 millions sont des dongmei dont certaines de moins de 15 ans.

 

D’une part on assiste à un double turn over, l’un au sein de la tranche d’âge de ces migrantes passant d’un travail à un autre ((60), l’autre par leur remplacement quand elles ont « atteint l’âge » ou du mariage ou de l’exclusion patronale (61). D’autre part, parce que récemment pour des raisons de coûts de production, les entreprises se déplacent vers l’intérieur de la Chine pour exploiter la main d’œuvre locale ; on ne pourra plus alors parler de migrantes mais encore de « dagongmei ». Un tiers de ces migrantes sont dans la province du sud, le Guangdong où dans les entreprises à fort taux de capital variable, elle forment parfois entre 60 % et 90% des effectifs (rappelons que pour toute la Chine, les femmes forment 46% de la force de travail non agricole soit près d’un actif sur deux). Sur 120 à 150 millions de migrants, 47% seraient des femmes entre 15 et 25 ans ; dans les zones économiques spéciales (SEZ) elles forment jusqu’à 70% de la force de travail (on en dénombrerait 20 millions réparties dans 800 SEZ). Un seul exemple de cette concentration d’exploités principalement féminines : en juin 2006, la firme Foxcom fabriquant des Ipod pour Apple exploite dans le Guandong 200 000 travailleurs (ses) 15 heures par jour pour 35 euros par mois.

 

D’après une étude minutieuse faite par une universitaire de Hong Kong ayant spécialement étudié les migrantes de Shenzhen, leur importance économique dans le procès de production est soulignée par le fait qu’elles font l’objet d’une dénomination spéciale. La sémantique désignant le porteur de la force de travail dans l’histoire récente de la Chine illustre les formes et les sujets successifs de son exploitation. Pendant la période maoïste, le travailleur asexué était désigné par le terme « gongren » (travailleur) qui non seulement n’impliquait aucune différenciation d’après le sexe mais était la glorification d’un personnage central pour la « construction du communisme ». Au contraire le terme « da-gong » (travailler pour un patron ou vendre son travail) introduisait une notion de marchandise, la force de travail échangée contre un salaire, une dévalorisation de la notion de travail par rapport au système précédent ; le symbolisme rejoignait la mutation socio-politique et économique avec l’ouverture au capitalisme privé. En même temps s’introduisait une différenciation d’après le sexe : « dagongzai » (le fils qui travaille) et « dagongmei » (la petite, plus jeune sœur qui travaille). Pour cette dernière, outre cette différenciation sexuelle, définissait également un statut par rapport au mariage : « mei » est la plus jeune sœur, célibataire opposée à « jie » l’aînée, donc de statut inférieur. La dénomination « dagongmei » apparaît comme une construction hégémonique révélant une identité ouvrière inférieure dans les relations de travail capitalistes et les relations sexuelles. Mais paradoxalement, les intéressées souvent ne le ressentent pas comme cela car pour ces filles de la campagne, ce nouveau statut leur apporte une nouvelle identité et une nouvelle perception de leur place dans la société. Nous reviendrons sur cette contradiction qui est au cœur de l’exploitation de cette nouvelle couche sociale spécifique (62).

La formation de ce nouveau sujet d’exploitation de la force de travail ne s’est pas fait contre le système d’exploitation sou le capitalisme d’Etat, mais, même s’il a remplacé, parfois brutalement, les conditions d’exploitation antérieures, tout au contraire s’est fait avec le concours, la complicité, l’intérêt de ceux qui formaient antérieurement la classe dominante. Les principaux caractères de cette couche spécifique de prolétaires peuvent se définir ainsi pour les « dagongmei » :

– mobilisation des travailleurs migrants originaires des zones rurales, le plus souvent pauvres.

– Limitation à une tranche d’âge des 15 -25 ans impliquant de la part des sujets «  dextérité et docilité » (63)

– Mobilité aussi bien quant à la flexibilité totale dans le travail que dans les déplacements fréquents d’un travail à un autre et dans le remplacement quasi immédiat lorsque les « limites d’âge » sont atteintes.(64)

– Double sujétion et fragilité – à la fois géographique parce que « non résidentes » traitées comme des sous citoyennes, sorte d’immigrés de l’intérieur pouvant aisément reverser dans l’illégalité et renvoyées dans leur province et familiale parce que leur exploitation est déterminée par les besoins du clan familial.

– Conditions d’exploitations communes sans aucune limite dans des travaux ne nécessitant aucune qualification spécifique, mais avec des méthodes modernes d’organisation du travail (65)

– Fréquente exploitation dans des unités d’exploitation de grande dimension n’impliquant une faible utilisation de capital fixe ( investissement minimum en machines)- Concentration hors travail sur les lieux mêmes de l’exploitation dans des dortoirs souvent équipés sommairement. Dont la fonction est de mettre les « dagongmei » à la disposition et contrôle constants de l’exploiteur pour permettre une flexibilité totale du temps de travail (66).

 

Lorsque l’on voit dans le détail les conditions d’exploitation des « dagongmei », on pense inévitablement à ce que l’on peut savoir sur l’exploitation des femmes et des enfants au tout début du capitalisme dans les pays occidentaux. Bien sûr il y a des similitudes depuis l’utilisation d’une main d’œuvre féminine, l’intensification du travail (domination formelle) jusqu’aux dortoirs. Mais ces similitudes cachent des conditions très différentes : la mise en œuvre des méthodes modernes d’organisation du travail, l’utilisation, même réduite, de machines modernes qui permettent une extrême division des tâches, la dimension hallucinante des unités de travail qui peuvent regrouper des dizaines de milliers de travailleuses, la sélection d’une force de travail pouvant être exploitée de manière optimum quant à la précarité de celles qui en sont porteuses, leur faible capacité de résistance à la domination et leur résistance physique due à leur jeunesse (67).

 

Le principal problème pour le management est comment discipliner de jeunes ouvrières venant de toutes les parties de la Chine et qui a priori n’étaient pas forcément soumises à la discipline du travail. D’où l’utilisation de ce que comportait leur identité féminine pour le traduire en langage de management pour faciliter leur contrôle. D’une certaine façon leur identité en tant qu’ouvrières était moins importante aux yeux du management que leur identité en tant que femmes. Il leur était fréquemment rappelé leur féminité : » Tu es une fille ». Cela signifiait une fille sur le chemin de devenir une femme, c’est-à-dire qu’elle devait se comporter au travail selon les critères culturels communs qu’elle intériorisait. Cet « apprentissage de femme » à travers le travail requérait qu’elle soit soumise, obéissante, industrieuse, etc. Parce que, plus tard vous devez être mariée à quelqu’un et servir ce quelqu’un donc maintenant vous devez vous conduire « correctement ». Vous devez prendre soin de votre travail comme plus tard vous prendrez soin de votre famille (68).

 

Ainsi, l’ouverture de la Chine au marché mondial et à la globalisation a développé une forme nouvelle de l’exploitation de la force de travail que l’on pourrait qualifier « économie du dortoir ». Celle-ci s’est parfaitement adaptée à la situation présente de la Chine (que l’on retrouve aussi ailleurs) et utilise comme instrument de domination les tendances culturelles qui imprègnent encore les identités de ces filles de la campagne. En relation avec les méthodes modernes de management et l’utilisation de matériel moderne dans des processus de production du capitalisme moderne, le capital a trouvé et développé effectivement un nouveau sujet pour une extraction sans précédent de la plus value.

Mais les « sujets » de cette exploitation sont des êtres humains, en l’occurrence des femmes. Les « nouvelles  dagongmei » peuvent ressembler à Liu Hongmei «  19 ans qui vient d’un village ^pauvre du Hunan contrainte par ses parents de gagner assez d’argent pour payer les études de son frère et sa propre dot pour ses projets de mariage croyant dans la morale commune « Si vous désirez vous marier avec un homme qui a quelque argent, vous devez avoir de l’argent vous-mêmes » ce que le vieil adage résume par « Le dragon accompagne un dragon, le phénix un phénix et le fils d’un pauvre rat devra éternellement creuser des trous ». Pour d’autres le travail à l’extérieur peut être un moyen d’échapper à la contrainte familiale.

Toutes ne supportent pas le dépaysement et la dureté du travail. En 2003, Yang Li quitte Luzhou dans le Sichuan pour travailler dans une usine de serrures de Pearl River (région de Canton. Après un mois de travail de 13 h par jour, elle retourne épuisée dans son village. D’autres comme Melle Zhang cherchera le meilleur travail et en deux ans occupera neuf emplois (60). Plus récemment de tels déplacements et rejet des dures conditions de travail feront que les déplacements des migrants (es) iront vers les emplois le moins astreignants et les mieux payés (jouera aussi l’amélioration des conditions de vie dans les campagnes). On estimait ainsi en 2004, qu’il manquait 2 millions de migrants essentiellement des femmes (69).

 

Pour celles qui restent, dans les dortoirs de l’exploitation, le dépaysement amène les transformations identitaires d’une vie sociale différente. Apr7s le silence obligé des longues heures sur les chaînes de production, c’est le défoulement soit dans les dortoirs, soit dans les rares heures d’évasion hors du périmètre de l’usine. Le défoulement peut être verbal : « sept bouches, huit langues » exprime pour les dominants le mépris de ce qu’ils considèrent comme du bavardage. Mais si tout s’y échange sur la vie privée il s’y échange aussi sur le travail, les conditions de travail et le comportement de la maîtrise. On peut penser que des résistances de base peuvent s’y élaborer. Parfois des conflits peuvent surgir dans des bagarres entre filles, un autre défoulement des contraintes de vivre dans un environnement intolérable : si elles s’ébruitent jusqu’au management, c’est le licenciement assuré pour toutes celles qui y ont participé (70). La paix sociale est la garante d’une bonne production.

Si les méthodes de domination essaient d’exploiter la féminité conventionnelle pour gagner une soumission aux règles du travail, la même féminité tend à être battue en brèche, non seulement pas les échanges dans une collectivité contrainte de promiscuité entre femmes, les rares évasions dans les énormes cités que sont devenues les villes champignon industrielles ne peuvent éluder les pressions d’une société de consommation qui, bien que destinée aux classes moyennes s’impose aussi aux « dagongmei ».Par exemple à Shenzhen c’est une explosion de publicités sous toutes ses formes mettant en avant le corps de la femme. Là où elles le peuvent, elles tentent d’adopter le standards de la féminité, en consommant ce qui est offert comme attributs de la beauté, l’utilisation du maquillage et même jusqu’à se faire blanchir le teint pour adoucir le halage de la vie à la campagne. La tentation est de se mettre au niveau de ces urbains que l’on côtoie, «  d’être modernes » ce qui signifie un désir de changer de condition, au moins en apparence (71).

 

Bien sûr ces concentrations de jeunes filles attirent les convoitises masculines, d’autant plus avec la présence constante des attributs de la sexualité féminine. Les dortoirs sont appelés par le machisme ambiant « vergers de pêches » avec la perspective de détourner les projets d’un futur conventionnel dans le modèle de la femme objet construit dans une autre forme de régulation sociale et de relations de pouvoir. Les ouvrières peuvent espérer trouver dans l’environnement du travail l’amour et/ou des relations sexuelles. Mais s’ouvre alors pour elles une voie qui est pleine d’embauches. Si l’homme est un résident urbain il y a de fortes chances pour que sa famille n’accepte pas une fille d’origine rurale. Si les deux sont des migrants ruraux, mais de provinces différentes, c’est la famille de la fille qui n’acceptera pas le futur sauf si les deux sont vraiment pauvres. Si la fille tombe enceinte, l’homme disparaît dans un monde industriel anonyme qui n’est nullement celui du village où tout le monde se connaît. Elle a de fortes chances d’être licenciée et n’ose pas rentrer chez elle (72). S’ajoute, si elle n’avorter pas les complications de l’accouchement hors du circuit officiel de soins auquel elle n’a pas droit parce que non résidente ( il existe ainsi des cliniques d’accouchement plus ou moins clandestines) Cette hantise du rejet et d’une situation impossible, liée à la croyance tenace que le destin est d’être mariée et d’avoir des enfants, entraîne une forme de répression sexuelle. non dite mais fortement intériorisée (73).

 

Pour résumer, l’utilisation permanente en Chine d’une main d’œuvre migrante, essentiellement des femmes, est à mettre en relation directe avec la globalisation du capital à la recherche de champs nouveaux pour l’extraction de la plus value maximum et doit être aussi rattachée à la baisse tendancielle du taux de profit. La Chine offrant, dans la période post capitalisme d’Etat d’accumulation primitive et de par cette évolution économique sur la voie d’une domination réelle se substituant à une domination formelle, une situation exceptionnelle quant aux possibilités d’une exploitation moderne du travail (disponibilité d’un potentiel considérable de main d’œuvre venant d’une ruralité en pleine évolution. Le capital a pu se permettre de sélectionner dans ce potentiel ce offrait les meilleures garanties d’exploitation donc de sources de profit, ce qui a conduit à la situation que nous venons de décrire dans l’utilisation d’une seule catégorie de main d’œuvre féminine dans des conditions jamais connues auparavant sous le capital. On peut ainsi dire qu’un nouveau sujet ouvrier s’est ainsi développé (74).

 

Mais, créant ainsi une catégorie de prolétaires, conduit à une double contradiction. D’une part, le capital lui-même, par ses tendances modernes de la nécessité d’une consommation, transforme les individualités, sapant ce qui faisait les bases mêmes de ce qui avait été retenu pour l’exploitation de cette main d’œuvre spécifique. D’autre part comme toute exploitation du travail conduit à la lutte de classe, ce facteur devient un élément important dans une évolution vers des tendances et des luttes qui peuvent prendre des formes diverses que nous allons tenter d’analyser.

 


NOTES

(38) Libération 16/1/2007

(39) Perspectives Chinoises n° 86 novembre-décembre 2004

(40) Le « bol de riz en fer » fut le nom donné aux garanties données aux travailleurs des entreprises d’Etat lors de la première période d’industrialisation. Les « unités de travail » ( qui pouvaient être non seulement des usines mais aussi des établissements d’enseignement ou des unités administratives étaient de véritables cités « totales » autour du lieu de travail. On y trouvait tout ce que la vie pouvait nécessiter de la naissance à la mort et y vivre sans avoir à en sortir. Cette sécurisation autour d’un travail fur démantelé totalement dans les années 80-90 avec les restructurations et les privatisations qui jetèrent sur le pavé des millions de travailleurs, les privant soudain du cocon protecteur lié au travail.

(41) Perspectives Chinoises n° 89 mai-juin 2005

(42) Enjeux, février 2007

(43) Perspectives Chinoises n° 71, mars-avril 2002 – En 2003, le secteur d’Etat (SOE et entreprises contrôlées par l’Etat) compte plus de 150 entreprises (SOE), les plus grandes de Chine (gaz, pétrole, raffinage, acier, automobile chimie, pharrmacie, tabac) qui, restructurées sont concurrentielles. En 2001, ces entreprises assurent 28,5 du PIB e occupent 41% de la force de travail chinoise.

(44) China Labour Bulletin – Propos du Directeur du Bureau d’Etudes des Statistiques de Chine, mai 2006 ; Falling through the Floor, Migrant Women Workers’Quest for Decent Work in Dongguan, p 8

(45) « Si on veut être diplômé il faut se taire et éviter d’avoir le moindre problème avec l’administration  » (Le Monde 9/8/2007°

(46) Enjeux février 2007

(47) Science Monitor cité par Courrier International 23/12/2004

(48) Science Monitor cité par Courrier International 23/12/2004

(49) Courrier International 23/12/2004)

(50 Perspectives Chinoises n° 89, mai-juin 2005

(51) Perspectives Chinoises n° 89, mai- juin 2005

(52) Perspectives Chinoises n° 89, mai_juin 2005

(53) ACFTU – All China Federation of Trade Unions – est le syndicat unique, courroie e transmission des ordres du parti dans les entreprises et parfait exécutant des plans de la direction des entreprises. Tout autre syndicat est interdit et ceux qui tentent d’en établir un se retrouvent en prison. S’il est présent dans les entreprises d’Etat ou contrôlées par l’Etat, il est rare de le trouver dans le secteur privé. Le géant américain de la distribution Wal Mart voulant s’établir en Chine a accepté la formation de sections de l’ACFTU dans ses supermarchés de Chine comme condition de son activité alors que cette firme est résolument anti syndicale ailleurs dans le monde. ACFTU jouera dans ce cas le rôle qu’il joue partout en Chine

(54)Libération 4/2/2007

(55) Financial Times 3/11/2004

(56)Libération 15/1/2007, Science Monitor cité par Courrier International 23/12/2006

(57) SEZ – Special Economic Zone – (éventuellement sous d’autres appellations) est une région géographique définie dans un Etat par le pouvoir politique et régie par des lois économiques différentes de celles en vigueur dans le reste de l’Etat, et souvent isolée physiquement pour garantir ces protections. Les plus anciennes ont été établies en Chine au début des années 1980 par Deng Xiao Ping, pour attirer les investissements étrangers et assumer une production orientée principalement vers l’exportation. La plus connue est celle de Shenzhen qui d’un petit village proche de Hong Kong est devenue une ville de 10 millions d’habitants en 20 années. D’autres SEZ furent créées en même temps : Zuhai, Shantou, Xiamen et l’île de Hainan. Depuis elles ont proliféré dans toute la Chine avec de multiples variantes.

(58) Sur le travail des enfants en Chine,China Labour Bulletin 2007

(59) Falling through the floor. Migrants Women Workers’Quest for Decent Work in Dongguan, China Labour Bulletin , septembre 2006-

( 60) Echanges n° 120 , printemps 2007, p 16 article traduit “The case of Ms Zhang: peregrinations of a young migrant worker”, Falling Through the Floor, Migrant Women Workers’ Quest for a Decent Work in Dongguan, China Labour Bulletin, septembre 2006

(61) Engendering Chinese Moderniry. The sexual Politics of Dagongmei Dormitory Labour Regime, Pun Ngai juin 2004 p 9

(62) Pun Ngai; op.cit. Le manque d’une certaine main d’oeuvre dans les zones économiques à fort taux d’exploitation du capital variable doit être mis en parallèle avec l’important réservoir de main d’œuvre disponible dans les campagnes pour l’exode rural. On pourrait rapprocher cette situation avec celle des pays industrialisés qui connaissent un taux plus ou moins élevé de chômage en regard d’un taux important d’emplois non pourvus et en analyser les répercussions sur le niveau des salaires.

(63) Il y a une contradiction entre les louanges sur la qualité du travail des migrantes et l’incroyable discipline imposée dans le travail. Le dirigeant de l’usine Flextronics de Zuhai peut déclarer « Je n’ai jamais vu le niveau de qualité et d’assiduité comme celle de la force de travail ici » » (Financial Times 29/10/2006) et le fait que la plupart des migrantes fuient dès qu’elles le peuvent vers un autre travail ou dans leur campagne d’origine

(64) Toutes les astuces patronales sont permises à la fois pou embaucher les migrantes les plus jeunes possible et pour contraindre les plus âgées (25 ans) à partir, par exemple en les affectant à des travaux plus pénibles et/ou dangereux. Par contre, dans la période d’exploitation ainsi définie, les dirigeants font tout pour freiner le départ d’une travailleuse, la contraignant souvent à quitter en laissant un ou deux mois de salaires impayés sans recours ultérieur possible. Pun Ngai , op cit. p 34

(65)Les exemples de conditions d’exploitation extrêmes sont innombrables : équipes de 12, 14,16 heures, sept jours sur sept, un jour de repos par mois, salaires très bas auxquels s’ajoutent de nombreuses amendes pour avoir parlé, fait tomber une pièce de tissu, etc…P sans compter les prélèvements pour une nourriture souvent infecte et le logement en dortoirs notoirement sous-équipés, .Pun Ngai, op.cit.

(66 ) Pun Ngai, op. cit. souligne l’intérêt pour les patrons à avoir sous la main dans ces dortoirs une main d’œuvre qui peut être mobilisée à chaque moment du jour et de la nuit entraînant une flexibilité totale, conciliant ainsi l’exploitation dans la plus value absolue avec les impératifs de l’organisation moderne de la production à flux tendu.

(67) Pun Ngai, op. cit. D’une certaine façon, la dureté des conditions de travail et le turn over qui en résulte, peut être vu comme un processus (conscient ou pas ?) de sélection des sujets les plus résistants donc les plus aptes à la surexploitation les autres étant rejetés hors ce circuit de production.

(68) Pun Ngai, op.cit ;

(69) Financial Times 11/2/2002

(70) Pun Ngai, op.cit. p 8

(71) Pun Ngai op.cit. p 4 et 12 On peut en effet voir des corps exhibés partout et des femmes par milliers se sont engagées dans des métiers dont le seul but est de plaire aux hommes (New York Times cité par Courrier International 23/12/2006

(72) Pun Ngai, op.cit. p 4 ; Perspectives Chinoises n° 86, mars-avril 2006, Ce cas précis n’est d’ailleurs qu’un des aspects du problème global de l’accès aux soins qui, pour beaucoup de Chinois est parfois une question de vie ou de mort qui attendent au dernier moment pour se faire soigner à cause du coût de la médecine. Seuls les riches ont accès au bon hôpital et là aussi, c’est la fortune qui règle le problème. « If you are Chinese, try very hard not to be ill » (Financial Times, 30/8/2007) La plupart des migrantes n’ont ni salaires durant le congé maternité, ni compensation d’aucune sorte, pas même la garantie d’être réembauchée après l’accouchement. Le taux de mortalité maternelle chez les migrantes est sensiblement plus élevé que la moyenne nationale (Perspectives Chinoises n° 86, mars avril 2006)

(73) Danielle Elisseeff, op.cit p 139 Le médecin lors de la visite prénuptiale obligatoire doit officiellement dire au fiancé si la jeune fille est vierge ou pas.

(74) Le travail fait par Pun Ngai pour montrer comment le capital dans sa mondialisation a utilise en Chine le créneau disponible de la main d’oeuvre féminine exploitable et corvéable à merci et façonnant une catégorie de sujets offrant les possibilités optimum pour cette exploitation pourrait être également fait pour l’Inde mais dans une autre catégorie de sujets. Dans ce dernier pays, c’est au contraire une catégorie de travailleurs sélectionnés par leur connaissance de l’anglais et leur niveau d’éducation qui constituent une autre catégorie de sujets d’exploitation dans des tâches bien définies. Utilisant toutes les possibilités offertes par le développement des techniques (transports ou internet), le capital peut ainsi sélectionner dans le monde entier les secteurs les plus favorables pour l’extraction de la plus value, quitte à en rechercher d’autres lorsque les précédents, pour diverses raisons dont la lutte de classe s’avèrent moins rentables.

Une pensée sur “LES FEMMES DANS LA CHINE D’AUTREFOIS ET D’AUJOURD’HUI (Henri Simon) IIe partie

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