Les gaietés de la Territoriale

FERGUS:

Régulièrement, la gestion des collectivités locales est pointée du doigt. Pas toujours à tort. Ici l’on dénonce des effectifs pléthoriques, là des redondances de postes, ailleurs des abus relevant du népotisme. Des constats trop souvent vrais, hélas !

L’humoriste Georges Courteline, dans « Les gaietés de l’escadron », et l’excellent auteur germanique Hans Helmut Kirst, dans plusieurs de ses livres, ont naguère pointé du doigt, l’un dans le registre de la farce, l’autre sous un habillage d’humour décapant, les travers de l’armée française pour le premier, de l’armée allemande pour le second. Une armée engoncée jusqu’à la caricature dans la lourdeur de ses procédures, voire leur stupidité. Et quiconque a porté l’uniforme peut témoigner de la justesse d’observation de leurs écrits.

Or, voilà que dans notre pays, par le biais des dérives d’une décentralisation administrative en partie détournée de ses objectifs initiaux, nos collectivités territoriales ont pris le relais d’une « Grande muette » contrainte par les crises économiques et la diminution corrélative de ses moyens humains et financiers à rationaliser ses procédures. Il faut bien, dans la Territoriale, utiliser ici et là les effectifs obèses engendrés par une politique locale clientéliste parfois enveloppée de relents népotiques. Rien de tel, pour cela, que de mettre sur pied des missions et des comités chargés de réfléchir à la modernisation des procédures et, après moult réflexions consignées comme il se doit dans des rapports d’étape, de proposer des axes d’action en vue de professionnaliser les effectifs.

C’est ainsi que le Conseil Général du Finistère – mais il n’est évidemment pas le seul, à gauche comme à droite – multiplie depuis des années les initiatives destinées à doter ses collaborateurs, qu’ils soient fonctionnaires ou pas, des compétences les plus pointues. Avec pour objectifs : d’une part, de rendre les meilleurs services possibles aux administrés des services départementaux ; d’autre part, d’améliorer la gestion de ses ressources humaines et l’entretien quotidien des nombreux locaux gérés par le Conseil Général.

Louable volonté ! Mais alors, pourquoi sommes-nous pris d’un inextinguible fou-rire en prenant connaissance des documents qui, régulièrement et largement distrtibués, décrivent les processus envisagés ? Les sujets traités sont pourtant des plus sérieux. Certes ! Mais la puissance comique des Chargés de mission ayant rédigé ces documents est telle – sans doute à leur insu – qu’il en devient inutile, pour se distraire un moment, d’écouter sur les ondes les pitreries des Nicolas Canteloup, Florence Foresti et autre Anne Roumanoff : il suffit pour cela de lire une plaquette signée Cg29.

Celle-ci par exemple : « Professionnalisation des agents d’entretien des locaux ». D’emblée, le document nous indique que l’objectif poursuivi est double : d’une part, « la valorisation d’un métier », d’autre part, « la réhabilitation d’une fonction ». Pas de quoi rire jusque-là. Bien au contraire, on apprend avec consternation en lisant ce texte que le personnel d’entretien du Conseil Général n’était pas valorisé jusque-là ; quant à la fonction d’entretien des locaux, le niveau de rejet, voire d’opprobre qu’elle suscitait devait être bien grand pour qu’elle ait besoin d’être réhabilitée !

On taquine, évidemment. Et les respectables objectifs détaillés dans « ce projet complexe initié par la collectivité et confié à l’Unité hygiène et propreté des locaux, Service gestion des bâtiments, Direction des bâtiments et services généraux » (ouf !) n’amènent pas le moindre sourire sur les lèvres du lecteur. On en serait presque déçu, eu égard aux précédentes prestations des humoristes du Cg29. Qu’à cela ne tienne : avec un sens très aigu du processus comique, les rédacteurs ont su garder pour la fin les aspects désopilants de leur plaquette. C’est en effet dans le calendrier opérationnel que se nichent les gags. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre quelques exemples d’actions :

« Définir le niveau de service par bâtiment. Durée prévisible de juin 2012 à juin 2014. » Mazette ! Deux ans ! Sans doute ce délai s’explique-t-il par le nombre pléthorique des bâtiments.

« Organiser le nettoyage. Durée prévisible de janvier 2013 à décembre 2014. » Deux ans, là encore. Impressionnant !

« Construire une fiche d’identité par bâtiment. Durée prévisible de mars 2013 à fin 2014. » Sept trimestres seulement pour une telle charge de travail, est-ce bien raisonnable ?

Ce que ne dit pas le document, c’est combien de temps a dû être consacré aux réunions antérieures à sa rédaction : six mois ? un an ? plus encore ?

Aurais-je trop chargé la barque ? J’entends déjà les protestations des administrés du Conseil Général du Finistère. Et de fait, il faut reconnaître que cette collectivité locale est plutôt efficace dans ses domaines de compétences. C’est notamment vrai pour tout ce qui touche à l’Action sociale, au point que le département de la pointe Bretagne est considéré comme l’un des meilleurs sur le plan national en matière d’aide à l’enfance et aux personnes âgées.

Peut-être gagnerait-il tout simplement à revoir sa communication…

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