Les gens d’à côté : Jessica et Julien, paysans bio, « dépendants des horaires du soleil »

Jessica et Julien (photo : Le Yéti)
LE YETI:  Jessica et Julien (photo : le Yéti). 

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué qu’autour de chez nous fleurissent les petits marchés bio. Et que ces producteurs agricoles d’un nouveau genre commencent même à se faire leur place dans les grands marchés traditionnels. C’est le cas avec ceux du côté de chez moi. Un trait commun entre eux : ils sont si jeunes !

Permettez que je vous en présente deux  particulièrement attachants. Du genre, comme disent mes filles, qui ne se la pète pas. Et que rien, dans leurs origines familiales, ne prédestinait vraiment à devenir les nouveaux paysans d’aujourd’hui.

Jessica Moreau, 40 ans, travaille sur l’exploitation (7 ha loués) fondée quinze années plus tôt par son compagnon Loïc. Jessica et Loïc ont trois enfants, tout comme leurs amis et associés, Séverine et David. Avant de “faire sa paysanne”, Jessica a passé un Deug d’espagnol, exercé divers petits boulots sans conséquences, mais qui tous la ramenaient insensiblement à la terre.

Julien Hamon, 32 ans, “en couple”, deux enfants, n’est pas allé au-delà de la terminale. A un peu vadrouillé de par le monde avant que des rencontres fortuites ne le fixent à la terre. Grâce à l’entremise de la Confédération paysanne et l’aide à l’installation fournie par l’État (12 000 euros), il a ouvert sa petite entreprise (19 ha loués) en 2007 avec son ami Julien Berlie.

Jessica et Julien sont tous les deux titulaires de l’indispensable BPREA (Brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole). Jessica et ses compagnons se consacrent exclusivement à la culture maraîchère. Julien et Julien étendent cette activité à la récolte du blé et à la fabrication du pain. En commun aux deux entreprises, poulaillers pour les œufs et moutons pour l’entretien des terrains.

Avec le soleil comme pointeuse

Les deux entreprises ont également choisi de bénéficier du label bio décerné par l’Ecocert. Julien :

« Décerné, décerné, c’est quand même 560 euros de cotisation par an ! Être naturel, ça se paie cher ! »

Jessica comme Julien écoulent l’essentiel de leur production sur les marchés locaux. 20 % seulement du chiffre d’affaire se fait en paniers AMAP pour Julien. Un petit système d’abonnements encore moins formel chez Jessica. Pas d’intermédiaires. Direct du champ du producteur à la bouche du consommateur.

Fournaise___mains.JPGPaysan, ça n’est pas un métier de tout repos. Dans les 60 heures hebdomadaires en été. « Avec des pics de 70 heures en mai-juin », précise Julien. Un peu moins en hiver. « On est dépendant des horaires du soleil », dit Jessica. Avec tout ce que cela implique de travail sous la fournaise. Et en prime, pour filles comme pour garçons, ces fameuses “mains de paysans”.

Le gain, lui, reste très modeste. « Un petit smic pour chacun d’entre nous » (Jessica). Rien du tout les deux premières années, puis 200 euros, puis 400…, énumère Julien qui reconnait cependant vivre en quasi autonomie alimentaire grâce au troc avec les collègues bouchers, poissonniers, fromagers… C’est la ferme qui règle aussi les 300 euros de cotisations mensuelles à la  MSA (Mutuelle sociale agricole, la sécu du paysan). Les compagnes des deux Julien travaillent à l’extérieur pour améliorer l’ordinaire.

Jessica :

« Bien sûr, gagner un peu plus serait bienvenu, mais je me demande quand je trouverais le temps de les dépenser. » [Rire]

Plus préoccupés par ce qu’ils produisent que par ce que ça leur rapporte

Ce qui frappe également le gourmand échappé aux circuits de distribution traditionnels, c’est la modicité des tarifs pratiqués par nos agriculteurs d’à côté. À peine plus élevés que dans les supermarchés, sinon moins pour certains aliments comme les salades ou les œufs (de 3,96 à 4,20 euros la douzaine garantie coque vraiment extra — j’ai donné !). Julien a son explication :

« La hausse du prix du pétrole a conduit à une augmentation du coût des engrais utilisés dans la filière traditionnelle. Et n’a donc eu que très peu de conséquences chez les adeptes du bio qui n’en utilisent pas. »

En réalité, il y a sans doute autre chose, de plus mystérieux et simple à la fois, et c’est ce qui est le plus touchant chez nos deux personnages d’à côté d’aujourd’hui : ils sont bien plus prompts à parler de la qualité de ce qu’ils produisent que de ce que ça leur rapporte (ou pas). Nulle plainte, nulle récrimination de leur part.

Les tracasseries de Bruxelles ? Ils les ignorent. N’ont pas entendu parler des dernières mesures limitatives sur les semences. Ne s’occupent que de leurs graines et de leurs plants à eux. Ne se soucient même pas d’obtenir les aides européennes auxquelles ils pourraient prétendre (« trop de tracasseries administratives pour des sommes dérisoires », Jessica). Se contentent de bâtir autour d’eux « une bulle de protection » pour leurs proches (Julien).

Ceux-là aiment d’abord ce qu’ils font, voilà tout. Julien n’envisage aucune autre voie de sortie possible. Et Jessica vous regarde comme si vous descendiez de la lune quand vous lui posez la question :

« Je n’ai en fait jamais pensé faire autre chose, ni faire autrement. Travailler la terre, même durement, j’aime juste ça. »

Une pensée sur “Les gens d’à côté : Jessica et Julien, paysans bio, « dépendants des horaires du soleil »

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    2 août 2013 à 8 08 35 08358
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    C’est l’avenir pour la majorité d’entre-nous après la chute finale du capitalisme industrielle si les fous, au pouvoir ne décident pas de détruire l’humanité avec leurs jouets atomiques. Le retour vers une vie près de la nature serait plus sain que de continuer cette vie artificielle que nous menons dans nos villes polluées en ayant comme seul d’activité la consommation d’objets insignifiants et l’éducation dégénérée et imbécile.

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