Les « passions », thème de la Folle Journée 2015

FERGUS :

Comme chaque année au milieu de l’hiver, la Folle Journée revient dans la belle ville de Nantes. Cet évènement musical devenu incontournable au fil des ans qui a eu lieu du mercredi 28 janvier au dimanche 1er février. Il proposait 350 concerts, 46 conférences et de nombreuses animations autour d’un thème séduisant : « Les passions de l’âme et du cœur »…

Pour la 21e édition de la Folle Journée de Nantes, les organisateurs avaient, dès la fin de l’édition 2014, choisi le thème de l’année suivante. Après l’Amérique et les musiques que le Nouveau monde a suscitées – et pas seulement dans le domaine du classique –, il avait été acté que la musique baroque reviendrait sur le devant de la scène. René Martin, fondateur et directeur artistique de la Folle Journée, l’a récemment confirmé dans les colonnes d’Ouest-France : « Nous avions décidé d’ancrer […] notre programmation autour du baroque et de 1685, année de naissance de Bach, Haendel, Scarlatti. »

Après réflexion, c’est finalement un thème plus vaste, « Les passions de l’âme et du cœur », qui a été définitivement choisi par René Martin et ses collaborateurs, désireux de brosser, en cet hiver 2015, un large panorama de la musique classique, depuis l’époque baroque jusqu’à la période contemporaine. Ce thème servant de trame à ce festival populaire hors du commun qui, cette année encore, draina des milliers de spectateurs – des plus passionnés mélomanes aux néophytes les plus curieux – vers le Palais des Congrès de Nantes et les salles de concert du Lieu Unique, installées dans les anciennes installations industrielles de la biscuiterie LU.

Passions sacrées, passions humaines, sentiments caractérisés par la violence ou l’exubérance, tristesse et joie, tout peut être exprimé par la musique. L’Empfindsamkeit baroque, puis le Sturm un Drang classique ont d’ailleurs théorisé ce constat et servi de cadre à l’expression du sentiment et de la passion. La Folle Journée s’est employée durant cinq jours à le démontrer, que ce soit dans l’auditorium de 1 900 places, dans la grande salle de 800 places, ou dans des salles de concert plus modestes, en programmant des œuvres de toutes les époques et en faisant appel au talent, voire au génie, de dizaines de compositeurs ayant tous joué un rôle éminent dans l’Histoire de la musique.

Parmi eux, il en est un qui se taille la part du lion dans la programmation de cette édition 2015 : Jean Sébastien Bach. Le public a pu entendre non seulement ses célèbres « Passions » du Christ, mais aussi les superbes Suites pour orchestre, les incontournables Concertos brandebourgeois et bien sûr les concertos pour un ou deux violon(s) et les principaux concertos pour un ou deux piano(s), sans oublier les envoûtantes Variations Goldberg. C’est donc bien à une « Folle Journée Bach » qu’il fut donné d’assister à tous ceux qui prirent la route de Nantes en cette fin janvier. Un Jean Sébastien en l’occurrence assez largement épaulé par l’un de ses fils, Carl Philip Emmanuel – « le Bach de Berlin » –, sans doute le plus doué de ses enfants avec Johan Christian – « le Bach de Londres » –, hélas absent de la programmation.

Outre les partitions de Bach et son fils, c’est un large choix d’œuvres en tous genres qui fut proposé au public, de Monteverdi, Marais et Biber jusqu’à Messiaen, Górecki et Pärt, en passant par Telemann, Haendel, Haydn, Beethoven, Schubert, Chopin, Schumann, Berlioz, Dvořak, Tchaikovski, Rachmaninov et Ravel, pour ne citer que ceux-là. Et comme chaque année ce sont des interprètes de grand talent, et pour la plupart, de renommée internationale, qui ont à cœur de donner le meilleur d’eux-mêmes pour satisfaire un public infiniment plus varié que celui des prestigieuses salles de concert de Berlin, Londres, New York, Paris ou Vienne. Et ce n’est pas là le moindre charme de ce Festival à nul autre pareil.

Une fois n’est pas coutume, après quelques superbes opus, l’affiche de la Folle Journée 2015 n’est pas réussie. Dommage ! Il s’agit là toutefois d’un détail sans importance en regard de la qualité des œuvres au programme et du talent des interprètes : un bémol insignifiant dans l’organisation de cette 21e édition qui a suscité de nouvelles « passions » pour la musique classique.

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