Les rocailles sous-marines de Toura

Juanlu Gonzalez : Vista del islote de Perejil desde la costa africana (CC BY-SA 3.0)
Juanlu Gonzalez : Vista del islote de Perejil desde la costa africana (CC BY-SA 3.0)

ALLAN E. BERGER : l’ilôt Persil, al Jazīrat Tūra, est un gros bout de calcaire qu’on atteint en dix humides minutes de marche à pied en marée basse depuis la montagne à l’ouest de Belyounech, sur la côte Nord de la Préfecture de M’diq-Fnideq, Province de Tanger-Tétouan, au Maroc.

L’histoire géopolitique de cette région est compliquée, pleine d’arrogance, d’avidité et de mauvaise foi. Espagne et Maroc se disputent la souveraineté de cette garrigue, l’Afrique migratoire occidentale tente de franchir la frontière européenne dans les bois du Jebel Mûsa, et les bateaux de pêche draguent au large, toutes nationalités confondues et entassées dans les eaux exigües et froides du détroit de Gibraltar (Jebel Tariq), dont on devine la côte européenne à l’horizon de cette image.

Ici l’être humain fait montre de son immaturité tapageuse. Mais dans les jardins sous-marins au large de Toura, d’autres combats se livrent, qui sont les combats de la jungle. Une rocaille est colonisée par des coraux. Cette forêt abrite toutes sortes d’espèces de différents ordres, qui s’y entrebouffent, y croissent et meurent en grandes quantités. Leurs corps, au gré des courants de marées, descendent la pente et vont s’entasser au pied des éboulis, où un bateau de pêche, qui cherchait du poisson, les a un jour ramenés dans sa drague. Je vous présente aujourd’hui quelques-uns des mollusques nés et morts dans cette rocaille entre 50 et 80m de profondeur, mollusques dont j’ai pu récupérer les coquilles. C’est le sujet de mes vacances, et donc, pouir les semaines à venir, vous allez manger du fruit de mer, je vous en avertis.

Gregariella semigranata (Reeve, 1858)

gregariella_semigranata3

Ceci est une moule, messieurs-dames. Minuscule, mais moule quand même. Légèrement striée près de la charnière, elle possède une barbe vers l’arrière. Des choses s’y accrochent, ça participe du camouflage. Cette espèce particulière porte la barbe très longue, ce qui n’est pas répandu &– voyez sur les vignettes ci-dessous. Nous avons donc une rocaille colonisée par du corail rouge, typique de Méditerranée, et lui-même envahi d’organismes qui s’installent sur ses branches, comme par exemple ces moules, dont la taille varie de 4 à 11mm.

     

L’espèce vit depuis les Îles britanniques jusqu’au Sénégal, aux Açores et en Méditerranée occidentale.

Pseudosimnia carnea (Poiret, 1789)

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Voici quelqu’un qui mange coraux et gorgones. La rocaille de Toura, dont les débris furent dragués, en abrite des centaines. La coquille est ordinairement lisse. Cet exemplaire, qui est de toute évidence strié, est donc considéré comme une rareté : c’est la variante « dorsolirata » Coen 1949, décrite à partir d’exemplaires atlantiques pêchés au large de Casablanca.

     

L’espèce vit depuis les Açores jusqu’en Méditerranée centrale, et abonde en mer d’Alborán. La photo de gauche illustre une coquille très colorée qui a été récoltée en filet dans la baie d’Alger, celle de droite montre une coquille toute blanche, provenant de Sassari, en Sardaigne. La taille varie en collection de 9 à 14mm.

Coralliophila brevis (Blainville, 1832)

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Voici un chasseur. Lentement, puisque c’est un escargot, il traque d’autres escargots ou bien, dans les rocailles à corail, des bivalves qui y sont fixés. Pour cela il escalade les branches eet inspecte qui vit là. Il fore un trou, et aspire. L’espèce n’est pas rare en Méditerranée, et le devient aux Canaries. En profondeur, la coquille développe une sculpture frisottée, tandis qu’en surface, où rôdent les vagues, la coquille se fait plus lisse. Ce qui fait qu’on a cru, lorsque les premiers draguages du nord-Maroc sont remontés, qu’il s’agissait là d’une nouvelle espèce, qui vivait en eau profonde. Il lui fut donné le nom « alboranensis », du nom de la mer qui s’ouvre à l’est du Détroit, et que garde l’ilôt d’Alborán. Taille : 10mm.

La prochaine fois, justement, nous irons chaluter autour de ce caillou. Mais avant de terminer, je vous propose de regarder un autre bivalve, atlantique celui-ci, récolté par un navire de recherche scientifique dans le nord de Madère, par 5120m de fond. Il s’agit d’une espèce appartenant à une famille très archaïque. Voici Bentharca asperula (Dall, 1881), qui se plaît bien dans les fosses océaniques, depuis l’Atlantique jusqu’à Hawaii, et qui vient d’être redécrit en février 2012 par Coan & Valentich-Scott dans Bivalve seashells of tropical West America. Marine bivalve mollusks from Baja California to northern Peru, Santa Barbara. À bientôt !


9mm

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Allan Erwan Berger

Le grand point est d’avoir l’oeil sur tout.

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