L’EUROPE À LA DÉRIVE

 

MICHEL KOUTOUZS:

Le G20, réuni à Moscou vient de mettre l’accent sur la croissance et la lutte contre le chômage, dans un communiqué assez lointain de l’orthodoxie allemande. Ce sont, bien entendu, des mots, qui font l’impasse sur un système qui continue à faire exactement le contraire. Mais le constat, lui, que l’on doit chercher entre les lignes, est accablant. La crise financière et plus particulièrement les remèdes de cheval que, surtout en Europe, on continue à prescrire, transforment la crise de la dette en crise politique larvée, annonciatrice de situations ingérables partout où ces plans d’austérité sont mis en place.

Les sondages comme les élections, les crises gouvernementales comme les sommets d’impopularité atteints presque partout dans les exécutifs européens, n’indiquent qu’une chose : dans les pays qui souffrent de ces mesures la représentation et la pérennité politique telle qu’on la connaissait touchent à leur fin. La Grèce est un très bon exemple, sans être le seul. Il y a encore le temps d’une législature, le système bipartite fixait plus de 75% des voix. Le PASOK et la Nouvelle Démocratie jouissaient de majorités confortables, les autres partis se partageant (quant ils arrivaient à dépasser le seuil des 3%) une poignée de députés.

Aujourd’hui, selon les récents sondages les deux partis hégémoniques totalisent à eux deux autours de 30% ; les néo-nazis frisent les 15%. Il ne reste au PASOK qu’un noyau dur de 7%, tandis que la Nouvelle Démocratie perd presque dix pour cent de ses électeurs (2/3 vers l’Aube Dorée, et plus surprenant encore 1/3 vers SYRIZA (gauche) qui arrive premier avec près de 25% des intentions de vote. Les autres petits partis, dont le PC et une droite nationaliste anti austérité, les Grecs Libres, résistent, bien au delà du seuil de 3%, et vont entrer au parlement, rendant toute majorité quasi  impossible.

Si, malgré les scandales que connaît le Parti Populaire en Espagne, le PSOE « n’envisage pas d’élections », c’est bien par ce que le même scénario est en train de se mettre en place à Madrid. Au Portugal, aucune coalition n’est plus stable, les partis traditionnels de la gauche évitant comme le diable d’accéder au pouvoir ne voulant plus endosser les plans de la Troïka, laissant la situation pourrir, plutôt que d’engager un bras de fer qui les détruirait comme en Grèce. Quand à l’Italie, les majorités artificielles et « contre nature » ne pourront pas faire long feu, personne ne voulant par ailleurs se soumettre aux plans d’austérité annoncés et toujours exigés par la Commission et le FMI.

Ne parlons pas de la Roumanie ou de la Bulgarie qui vivent des situations de contestation de l’exécutif inédits, ou de la république Tchèque et d la Hongrie dont les gouvernements bravent la Commission dans une surenchère constante, cultivant un nationalisme xénophobe avec des pratiques autoritaires contre lesquelles Bruxelles semble complètement désarmée.

En France le président parle de réformisme tandis que le FN et le FDG restent en embuscade attendant la crise annoncée des élections européennes qui, sans aucun doute, exhiberont la faiblesse des deux partis de gouvernement. Quoi qu’il en soit, plus aucun gouvernement ne peut tabler sur deux législatures, et tous les partis qui prônent la rigueur (quelle que soit l’emballage communiquant), périclitent ; comme si il devenait évident pour les citoyens européens que l’offre européenne et ses recettes étaient désastreuses, et qu’il était temps de les contester.

Reste la peur, les dérives d’une extrême droite et ses rengaines démodées, la puissance des médias qui répètent, de plus en plus à vide, qu’il n’y a pas d’autres solutions, qui ne font que retarder ce processus. Mais le fait est là : prôner la régression, la déchéance, la fin d’un état keynésien ou la reprise par la restructuration bancaire – qui semble de plus en plus comme une blague désuète – ne fait qu’accentuer la méfiance citoyenne et la transformer en contestation. La forme de celle-ci est en train de péniblement se décanter, ce qui n’exclut en aucun cas des orages désormais désirés

KOUTOUZIS

Une pensée sur “L’EUROPE À LA DÉRIVE

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    25 juillet 2013 à 18 06 11 07117
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    La chute prochaine de l’Europe… c’est totalement rigolo!

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