L’Intifada du XXIe siècle. Histoire de deux mouvements de libération nationale

NOTA :  Ce texte est un travail collectif « L’Intifada du XXIe siècle ». Ce texte rédigé en septembre 2001 par la revue britannique « Aufheben » est paru dans son numéro 10 (2002). Il a été traduit en allemand dans un supplément à « Wildcat-Zircular » (n° 62, février 2002). Echanges et mouvement en a publié une traduction française disponible en brochure en octobre 2003. On trouvera sur ce site le texte de cette brochure dont voici un extrait , et tous les liens pour la consulter.

 

**********

 

HISTOIRE DE DEUX MOUVEMENTS DE LIBÉRATION NATIONALE.

Le sionisme travailliste et le militantisme de la classe ouvrière juive européenne.

Le sionisme travailliste s’est traditionnellement construit autour de plusieurs grosses structures institutionnelles, principalement l’Histadrout et le Fonds national juif (FNJ). L’Histadrout est un « syndicat » d’État et a aussi toujours été un employeur important. Même avant la création d’Israël, c’était un ministère de l’emploi et de la solidarité embryonnaire, qui remplissait également les fonctions d’un syndicat pour certains secteurs de travailleurs juifs. Le FNJ fut créé en 1903 pour collecter les dons des sionistes. Sa fonction principale est l’administration du territoire national. Il a acheté de grandes quantités de terres au nom de « tous les Juifs », et a contrôlé la plupart des territoires gagnés lors du vol des terres de 1948. Les terres du FNJ ne pouvaient être cédées qu’à des Juifs et travaillées que par des Juifs, et devinrent propriété de l’État en 1948. 80 % des Israéliens vivent sur des terres qui appartenaient autrefois au FNJ, et il en contrôle encore une grande partie.

 

Les premiers sionistes étaient un groupe de pression bourgeois qui passaient leur temps à faire du lobbying auprès de plusieurs dirigeants européens (y compris Mussolini). Contrairement à la plupart des Juifs européens, ces sionistes se déclaraient anticommunistes. Ils reconnaissaient comme alliées des « antisémites honnêtes » qui leur donneraient des terres pour se débarrasser de la « menace révolutionnaire » juive. Ils courtisaient aussi les Juifs européens capitalistes qui voulaient mettre fin à l’immigration des Juifs militants d’Europe de l’Est dans leurs pays respectifs (car ils pensaient que ces militants compromettaient l’assimilation et favorisaient l’antisémitisme) ; ils courtisaient aussi les Etats coloniaux qui leur donneraient ou leur vendraient des terres (ce n’était pas obligatoirement, à ce stade, la Palestine).

Cependant, le sionisme a toujours eu besoin d’être un mouvement de masse, et c’est pourquoi les premiers sionistes étaient volontiers souples dans leurs alliances politiques. A ses débuts, le sionisme était étranger à la plupart des Juifs européens de la classe ouvrière, car ils s’alliaient plutôt au mouvement ouvrier révolutionnaire qui balayait alors le continent (11). Tout comme le prolétariat juif militant, de nombreux Juifs de la classe moyenne en Europe de l’Est pensaient que, face à l’antisémitisme de droite, ils ne pouvaient être qu’à gauche. Afin de plaire à cet électorat, les groupes sionistes furent obligés d’accentuer leurs caractéristiques les plus  » socialistes  » (12).

Ces caractéristiques convergeaient avec le désir, exprimé dans le sionisme, de revenir à des liens communautaires pré-capitalistes, qui formaient la base même de l’ » identité juive « . Les éléments plus sociaux-démocrates de la pensée sioniste devinrent prédominants et s’imposèrent comme la forme dominante du sionisme, et c’est ce qui permit aux groupes sionistes de s’introduire dans le mouvement ouvrier juif.

 

NAISSANCE DU SIONISME TRAVAILLISTE EN PALESTINE.

Les premières colonies juives étaient plus ou moins des aventures commerciales qui avaient tendance à se terminer par l’emploi de travailleurs arabes (souvent prolétarisés depuis peu, en raison des achats de terres par les sionistes [13]). Les nouveaux immigrés juifs qui cherchaient du travail se retrouvaient souvent à chercher un emploi précaire sur les mêmes bases que les Arabes (14).

Les institutions du sionisme travailliste commencèrent à devenir puissantes dans la communauté juive palestinienne vers les années 1920. Une lutte permanente avait cours depuis 1905, époque à laquelle de nombreux Juifs russes de gauche s’étaient tournés vers le sionisme après l’échec de la révolution de 1905. La seconde vague d’immigration sioniste était principalement composée de Juifs de gauche, jeunes, éduqués, issus de la classe moyenne, qui voulaient revenir à la terre et travailler comme pionniers. Ils furent peu à peu déçus par la colonisation sioniste, qu’ils trouvaient trop capitaliste pour combler leurs espérances. S’opposant aux capitalistes juifs, qui ne voyaient aucun inconvénient à utiliser une main-d’œuvre arabe tant qu’elle coûtait moins cher, ils introduisirent l’idée que seuls des Juifs pouvaient travailler sur les terres et dans les entreprises juives.

Si une partie de l’antisémitisme moderne est un pseudo anticapitalisme, dans lequel le Juif est assimilé au côté abstrait du système marchand, travail abstrait et non concret, finance et circulation « cosmopolites et sans racines », plutôt que production enracinée dans le sol national (15), d’une certaine façon le sionisme constitue une réponse puisqu’il insiste sur le travail productif et le retour à la terre.

On pensait que dans un Etat exclusivement juif, les Juifs ne seraient pas confinés dans certains métiers et professions, mais joueraient complètement leur rôle dans la division du travail capitaliste. C’est pourquoi leurs slogans disaient : « la conquête de la terre » et la « conquête du travail ». Ceci fut à l’origine d’un conflit entre les anciens colons et les nouveaux immigrés (16). Les syndicats sionistes installaient des piquets de grève devant les entreprises qui continuaient à employer de la main-d’œuvre arabe (17). Le conflit était atténué par l’organisation sioniste, qui utilisait une grande partie de ses fonds pour subventionner les salaires juifs afin qu’employer des Juifs ne soit pas plus coûteux que d’employer des Arabes. Malgré tout, il y avait encore des grèves.

En réaction, l’opposition de droite organisa un « syndicat national » de « jaunes » avec l’aide d’immigrés petits-bourgeois polonais, de riches fermiers et de propriétaires d’usines. Ils s’attaquaient aussi aux organisations de la classe ouvrière (18). Cependant, les sionistes de l’aile gauche « conquête du travail » furent grandement encouragés par les grèves générales palestiniennes de 1936, lorsque des ouvriers juifs brisèrent les grèves palestiniennes. Dès les années 1920, l’Histadrout organisait plus des trois quarts des ouvriers juifs et était le principal employeur après le gouvernement britannique. Il dirigeait aussi les agences pour l’emploi et entretenait des liens très étroits avec les coopératives de production et de vente. Avec une telle structure, l’Histadrout était une base vitale pour les organisations sionistes  » presque gouvernementales  » qui organisaient l’éducation, l’immigration, les affaires économiques et culturelles. Donc, même avant 1948, l’Etat sioniste s’enracinait dans des formes social-démocrates corporatistes (19).

 

LA STRATIFICATION ETHNIQUE SIONISTE.

Après la confiscation massive des terres en 1948, le problème de la pénurie de main-d’œuvre juive apparut pour la première fois. Les bourgeois juifs européens présentaient le sionisme comme la solution au militantisme juif à ceux qui les finançaient et les soutenaient. Pourtant, on s’aperçut que la plupart des Juifs ne voulaient pas aller en Israël et étaient plus attirés par l’Amérique ou l’Europe de l’Ouest. Ce qui dissuadait les Juifs européens était la mauvaise situation territoriale de ce minuscule Etat face à ses voisins arabes hostiles, qui entraînait à son tour l’obligation de s’étendre : contrairement à l’Egypte à l’ouest, et à la Syrie au nord-est, Israël ne pouvait pas se permettre de perdre un seul hectare de terre.

La militarisation logique de la société israélienne décourageait encore plus les immigrants potentiels. Ce problème a été partiellement résolu par l’immigration des Juifs du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Cependant, de nombreux Juifs d’Orient n’avaient aucune envie de s’installer en Israël et s’opposaient même au sionisme parce qu’il rendait leur situation plus précaire, surtout dans les pays arabes. Une grande partie de la bourgeoisie arabe tentait de promouvoir le panarabisme en opposition au sionisme, et bien que les Juifs d’Orient n’aient pas été victimes d’un génocide systématique du niveau de l’Holocauste, il y a eu des pogroms dans certains pays du Moyen-Orient.

La fondation d’Israël, la guerre de 1948 et la montée logique du nationalisme arabe déstabilisèrent encore plus la vie des Juifs d’Orient, et beaucoup d’entre eux émigrèrent en Israël (20). Les Juifs d’Orient furent souvent prolétarisés au cours de leurs migrations. Ceux qui avaient des qualifications professionnelles s’aperçurent qu’elles n’étaient pas reconnues en Israël et que leurs avoirs personnels étaient souvent confisqués à l’arrivée. Les Juifs d’Occident bénéficiaient d’un traitement préférentiel pour le logement et l’emploi et certains pouvaient utiliser comme capital les dédommagements personnels de guerre versés par l’Allemagne, et le contraste était choquant. Et il arrivait aussi souvent que les Juifs d’Orient soient placés dans les camps de transit et les villes des zones de développement les plus proches des frontières, surpeuplées et dangereuses. Dans le cas des Juifs d’Afrique du Nord surtout, abandonnés dans des villes-frontières comme Musrara, l’Etat feignit d’ignorer qu’ils occupaient les maisons des Arabes déplacés par la guerre expropriatrice de 1948. Donc en réalité, les Juifs d’Orient finirent comme gardiens des frontières contre les Arabes.

Dans la pratique, le sionisme travailliste en Israël était basé sur la division ethnique de la classe ouvrière, pas seulement entre Juifs et Arabes, mais aussi entre Juifs d’Orient et d’Occident. Ce fut le travail des Juifs d’Orient, ajouté à celui des quelques Palestiniens qui restaient, qui devint la force motrice de  » l’éclosion du désert « , et sa transformation en Etat capitaliste moderne. Cependant Israël n’a jamais eu une économie capitaliste  » normale  » en raison du rôle disproportionné qu’y joue le soutien financier de l’étranger. Depuis les années 1950, l’Allemagne de l’Ouest a envoyé environ un milliard de marks par an au titre des réparations collectives pour l’holocauste nazi. La contribution des Etats-Unis est plus importante encore.  » En 1983, Israël avec seulement 300 000 habitants, recevait 20 % d’aide exclusivement américaine.  » En d’autres termes, chaque famille israélienne recevait l’équivalent de 2 400 dollars du gouvernement américain. Mais en tant qu’Etat capitaliste le plus développé de la région, la bourgeoisie israélienne avait rassemblé ses propres fossoyeurs potentiels sous la forme d’une classe ouvrière combative.

 

LA RÉSISTANCE DE LA CLASSE OUVRIÈRE JUIVE ET L’IMPÉRATIF D’EXPANSION

Contrairement à celle de nombreux autres pays du Moyen-Orient, la classe ouvrière israélienne a toujours été concentrée dans un espace réduit. La stratification ethnique a empêché l’émergence d’un prolétariat homogène face au capital israélien. Mais malgré cela, la classe ouvrière israélienne s’est montrée combative. Le trait marquant de la lutte de classe à cette époque fut la contestation par les Juifs orientaux de leur position subordonnée dans la société israélienne. Les années 1950 ont été traversées par des émeutes « pain et travail » dans les camps de transit, en grande partie peuplés de Juifs orientaux qui se retournèrent fréquemment contre la police. En 1959, les « émeutes Wadi Salib » débutèrent dans un quartier pauvre de Haïfa et s’étendirent aussitôt à d’autres endroits où vivait une importante population de Juifs marocains.

Comme dans les Etats d’Europe de l’Ouest, les institutions social-démocrates servaient de médiateurs dans les conflits de classe en Israël. Cependant de nombreux Juifs orientaux militants considéraient l’Histadrout et le Parti travailliste comme des ennemis, et ils s’en prenaient donc souvent à ces institutions. Une fois, en 1953, le bureau de l’Histadrout à Haïfa fut l’objet d’un incendie criminel de la part des manifestants juifs orientaux qui considéraient son pur corporatisme comme l’une des incarnations de leur subordination aux Juifs occidentaux. Au début des années 1960, l’économie israélienne était en récession, en partie à cause du tarissement des réparations de guerre allemandes, qui avaient fourni au capital israélien son élan initial. Beaucoup d’immigrants qui étaient venus en Israël dans l’espoir d’une vie meilleure se retrouvaient maintenant face à un chômage croissant. Les travailleurs juifs continuèrent à mener la vie dure à la bourgeoisie israélienne, avec 277 grèves pour la seule année 1966 (21). En brûlant le drapeau rouge (qui symbolisait l’hégémonie du Parti travailliste), action de routine lors des manifestations de dockers, il était clair que les formes social-démocrates du sionisme travailliste étaient incapables de récupérer les luttes des travailleurs juifs.

 

LE BOOM D’APRÈS 1967. 

Après la guerre de 1967, l’Etat israélien se retrouvait non seulement encore entouré d’Etats arabes hostiles, mais aussi dans l’obligation de contrôler la population palestinienne des territoires occupés. Un tiers de la population contrôlée par l’Etat israélien était alors palestinienne. Face à ces menaces internes et externes, la survie permanente de l’Etat sioniste exigeait l’unité de tous les Juifs israéliens, occidentaux et orientaux. Mais unir tous les Juifs derrière l’Etat israélien supposait l’intégration des Juifs orientaux, auparavant exclus, au sein d’une vaste colonie de travail sioniste. Comme par hasard, ces mêmes circonstances qui exigeaient l’expansion de la colonie de travail sioniste offraient aussi les conditions nécessaires pour mener à bien une restructuration sociale de cette importance.

Premièrement, la guerre de 1967 avait obligé les Etats-Unis à s’engager en faveur d’Israël pour faire contrepoids au nationalisme panarabe croissant qui s’alignait sur l’URSS. Deuxièmement, l’occupation de la Cisjordanie fournissait à Israël une réserve importante de main-d’œuvre palestinienne hautement exploitable. Ce furent cette main-d’œuvre palestinienne bon marché ainsi que la perfusion financière de plus en plus conséquente mise en place par les Etats-Unis qui fournirent les conditions préalables vitales pour l’expansion rapide de l’économie israélienne au cours des dix années suivantes. Après 1967, l’Etat israélien eut les moyens de suivre une politique de keynésianisme militaire et les dépenses militaires s’élevèrent à 30 % du PIB dans les années 1970. La hausse des dépenses publiques, financée par un budget gouvernemental en déficit croissant, alimentait le boom économique. C’est ainsi que le gouvernement put créer un abondant réservoir d’emplois, pas seulement directement par l’augmentation du nombre d’emplois dans le secteur public, mais aussi indirectement, car le secteur privé se développait pour satisfaire la demande croissante de l’armée.

Les besoins croissants de l’armée israélienne en armements high-tech offraient des profits sûrs aux cinq principaux conglomérats qui dominaient l’économie d’Israël depuis les années 1950 et qui étaient dominés par la bourgeoisie juive occidentale. Cependant l’armée israélienne exigeait aussi la construction de bases militaires, de casernes et d’installations qui amenaient des affaires à la petite-bourgeoisie juive orientale émergente qui pouvait réaliser d’importants profits en employant la main-d’œuvre palestinienne bon marché. En plus de satisfaire aux besoins domestiques, les armes devinrent l’exportation la plus importante d’Israël. Une grande partie du secteur public étant à présent destinée à l’accumulation militaire, seuls ceux qui étaient éligibles pour le service militaire pouvaient travailler dans ces industries. Même les  » citoyens  » arabes israéliens étaient exclus de ce privilège douteux, sans parler des Palestiniens des territoires, et donc les industries  » stratégiques  » (qui payaient mieux) étaient par définition accessibles aux seuls Juifs (souvent orientaux). Alors que la militarisation de l’économie favorisait l’intégration des Juifs orientaux, elle renforçait la subordination des travailleurs non juifs. En pratique, Israël avait maintenant un marché du travail à deux niveaux : juif et palestinien.

On peut remarquer que l’occupation de ces territoires par Israël s’était arrêté juste avant la pure annexion de droit. Celle-ci aurait supposé qu’on accordât les mêmes droits limités de citoyenneté aux Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, droits qui avaient été accordés aux Palestiniens qui avaient réussi à rester dans les frontières de 1948 jusqu’en 1966. L’occupation permettait au capital israélien, surtout dans l’agriculture et la construction, d’utiliser le surplus de main-d’œuvre palestinienne sans compromettre la judéité de l’Etat. Les Palestiniens n’étaient pas intégrés dans la société israélienne : ils travaillaient en Israël le jour, et ils étaient censés retourner dans leurs dortoirs de Cisjordanie et de la Bande de Gaza le soir. Tandis que la main-d’œuvre palestinienne bon marché alimentait le boom de la construction des deux côtés de la Ligne verte, l’économie israélienne était encore renforcée par la subordination des territoires en tant que marché captif pour les produits de consommation israéliens. De plus, grâce au contrôle des contrats gouvernementaux, aux impératifs de sécurité nationale, et au développement militaire et à la construction, l’Etat d’Israël pouvait suivre une politique d’industrialisation rapide et de substitution à l’importation.

Protégé de la concurrence étrangère par des barrières douanières élevées et de généreuses subventions à l’exportation, l’investissement était canalisé vers le développement d’une industrie manufacturière moderne. Ceci permettait à Israël de remplacer les importations de fabrication étrangère par des produits fabriqués localement, politique qui allait faire d’Israël une économie industrialisée relativement avancée dès la fin des années 1970. Les politiques de keynésianisme militaire et d’industrialisation rapide aboutirent à un énorme déficit de la balance des paiements, puisque la demande des consommateurs ainsi que celle de l’industrie précédaient l’offre. Ce déficit de la balance des paiements devait s’élever à 15 % du PIB. Il ne pouvait être financé que grâce à une généreuse aide américaine.

Donc l’expansion économique rapide et le développement d’Israël dans les dix ans qui suivirent la Guerre des Six Jours procurèrent les conditions matérielles nécessaires à l’expansion de la colonie de travail sioniste. Alors qu’en 1966 le chômage en Israël se chiffrait à 11 %, l’économie pouvait presque, à présent, assurer le plein-emploi. L’Etat sioniste pouvait alors offrir du travail et un niveau de vie en hausse dans une économie moderne à l’occidentale à tous les Juifs qui choisissaient d’y vivre.

 

LES COLONIES ET L’ACCORD TRAVAILLISTE SIONISTE. 

Depuis la fin de la Guerre des Six Jours, la politique consistant à établir des colonies juives dans les territoires occupés est un élément important de l’extension de la colonisation travailliste sioniste pour inclure les Juifs orientaux auparavant exclus. Bien entendu, le but immédiat de l’installation des colonies était de consolider le contrôle d’Israël sur les territoires occupés. Cependant, la politique de colonisation offrait aussi aux franges pauvres de la classe ouvrière juive un logement et des emplois qui leur permettaient d’échapper à leur position subordonnée en Israël proprement dit. Ceci était particulièrement important dans les années 1970, quand la pénurie de logements corrects poussait certains Juifs orientaux sans abri à squatter des bâtiments vides dans les faubourgs riches des Juifs occidentaux. Les colonies proposaient une alternative à cette appropriation directe hostile, en dirigeant cette hostilité ailleurs.

Ces colonies plaçaient la classe ouvrière juive en première ligne, dans une relation directe et hostile avec le prolétariat palestinien potentiellement insurrectionnel. Ils étaient ainsi liés à l’Etat sioniste, qui protégeait leurs privilèges récemment acquis des revendications des Palestiniens. En 1971, il y avait déjà 52 colonies.

 

LES PANTHÈRES NOIRES ISRAÉLIENNES. 

Pourtant, tout le monde n’était pas intégré dans la colonisation du sionisme travailliste, et les luttes de classe continuaient. De nombreux Juifs orientaux jeunes étaient exclus des « bienfaits » de l’occupation parce qu’ils avaient des casiers judiciaires et ne pouvaient donc obtenir le travail bien payé et les logements corrects qui étaient censés être un droit de naissance pour tout Juif en Israël. Le boom de l’après-1967 conduisit à l’embourgeoisement de villes qui, comme Musrara, avaient été des villes-frontières. Ceci en chassa les Juifs pauvres d’Afrique du Nord.

Là était la raison de la naissance d’un nouveau mouvement : les Panthères noires israéliennes. On peut soutenir que leur base sociale était plus marginale que celle des mouvements des années 1960. Pourtant leur manifestation de 1971 contre la répression policière attira des dizaines de milliers de personnes, entraîna 171 arrestations et 35 personnes furent hospitalisées suite à des heurts avec la police. Ils flirtaient aussi avec des antisionistes de gauche, et certains envisagèrent même d’entamer des pourparlers avec l’OLP. Certains tracts étaient écrits par des membres ou des sympathisants du Matzpen (groupe antisioniste peu nombreux mais célèbre) et il y eut parfois des alliances. Le discours des Panthères noires reflète un positionnement de classe en train d’émerger : « Ils ont besoin de nous chaque fois qu’ils font la guerre », « Je ne veux pas penser à ce qui arrivera quand il y aura la paix », « Si les Arabes avaient un peu de bon sens, ils laisseraient les Juifs régler leurs comptes entre eux ».

Cependant leur critique de la société israélienne était affaiblie par certains éléments qui cherchaient une place au sein du sionisme travailliste, et qui n’étaient donc pas d’accord pour tisser des liens avec la gauche antisioniste ou, pire encore, avec ces parias de la société, les Palestiniens. On offrit à plusieurs membres éminents des Panthères noires de meilleurs logements et des emplois et ils quittèrent le groupe, qui fut de plus en plus accaparé par des scissions internes. Mais l’insatisfaction que ressentaient les Juifs orientaux à l’égard de l’establishment travailliste sioniste demeurait forte, et le fait de coopter des Juifs radicaux comme des personnalités influentes des Panthères noires émanait d’un climat dans lequel les travailleurs juifs en général s’attendaient à avoir un meilleur niveau de vie que leurs parents.

La nécessité de garantir le plein-emploi pour tous les Juifs renforçait le rapport de forces en faveur des travailleurs juifs dans les négociations salariales, ce qui commençait à créer des problèmes d’inflation pour l’économie israélienne. Ces problèmes n’affectaient pas seulement Israël : l’Europe de l’Ouest et l’Amérique affrontaient aussi leurs prolétariats qui, au lieu de se contenter des « gains » de l’après-guerre, les utilisaient pour imposer des restrictions supplémentaires à l’accumulation du capital. En Israël, ces problèmes étaient compliqués par les limitations imposées à une accumulation intensive et par les impératifs de sécurité.

Etant donné ce retranchement sur ses positions de la classe ouvrière juive, la politique d’expansion économique intensive basée sur la substitution des importations avait commencé à atteindre les limites des confins étroits de l’économie israélienne dès la fin des années 1970. La croissance économique de plus de 10 % par an du début des années 1970 redescendit à un modeste 3 %. Ce ralentissement devait précipiter une crise inflationniste qui vit les prix grimper de 100 000 % en à peine sept ans. Cette crise ne pouvait se résoudre qu’en affaiblissant sérieusement le pacte social sioniste avec son salaire relativement généreux.

 

LA CRISE INFLATIONNISTE DE 1978-1980.

Le plein-emploi dans une économie dominée par quelques grands conglomérats, protégés de la concurrence étrangère par d’importantes barrières douanières, est une recette classique pour l’inflation. L’indexation de 85 % des contrats salariaux sur l’inflation des prix, ainsi que diverses aides sociales et autres formes de revenu, signifiait que toute augmentation des prix se traduisait rapidement en augmentation des salaires, qui à leur tour entraînaient la hausse des prix, comme le coût des salaires plus élevés se répercutait sur le consommateur. C’est pourquoi l’économie israélienne était hautement sujette à un cercle vicieux salaires/prix. Le keynésianisme militaire avait abouti à un taux d’inflation compris entre 30 % et 40 % pendant la plus grande partie des années 1970.

Cependant, en maintenant le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain (malgré l’effondrement du système de taux de change fixe de Bretton-Woods en 1973), le gouvernement israélien put contenir l’inflation. La hausse des prix intérieurs était compensée par le fait qu’avec un taux de change fixe, les importations demeuraient meilleur marché qu’elles n’auraient dû l’être, ce qui servait à maintenir l’indexation des prix à un niveau bas, puisque l’augmentation des salaires était basée sur elle. Bien entendu, des prix intérieurs en hausse dans un régime de taux de change fixe rendaient l’industrie israélienne peu compétitive, mais cela pouvait être compensé par des barrières douanières plus élevées, en augmentant les subventions à l’exportation et en dévaluant de façon ponctuelle et contrôlée la livre israélienne.

Toutefois, le ralentissement de l’économie, combiné à la situation politique instable au Moyen-Orient, entraîna un changement décisif de politique économique qui allait déclencher une crise économique dans les années 1980. Ce changement survint en 1978 avec l’élection du gouvernement du Likoud, qui mit fin à trente ans de règne du Parti travailliste. Le réalignement de la droite, ainsi que les scissions dans le Parti travailliste, permirent au Likoud de bénéficier électoralement de l’insatisfaction permanente des Juifs orientaux à l’égard des travaillistes. Pourtant, les politiques déflationnistes du Likoud ne pouvaient être mises en œuvre qu’en affrontant la classe ouvrière juive, dont les positions retranchées avaient contribué à la crise inflationniste et au déclin des profits de certaines franges de la bourgeoisie israélienne. Le Likoud affrontait aussi une action d’arrière-garde contre certaines de ses politiques émanant de l’« establishment travailliste » de la bourgeoisie occidentale, alors que l’Histadrout s’efforçait d’étouffer les luttes de la classe ouvrière israélienne, comme par exemple les violents piquets de grève des cantonniers.

 

LES ÉTATS ARABES, L’EXPANSION ET LES ÉTATS-UNIS.

La victoire décisive d’Israël lors de la guerre de 1973 avait enfin brisé l’unité des Etats arabes. La position d’Israël au Moyen-Orient était maintenant à l’abri d’une menace extérieure en provenance d’une alliance arabe hostile. Toutefois, le réalignement ultérieur de l’Egypte sur les Etats-Unis fit quelque peu douter de l’engagement à long terme des Etats-Unis pour financer Israël. Si les Etats arabes s’alignaient sur les Etats-Unis, pourquoi les Etats-Unis devraient-ils continuer à déverser des milliards de dollars en Israël ? De plus, l’Egypte étant neutralisée au sud, la voie était libre pour l’expansion israélienne vers le nord et l’est. L’annexion des territoires occupés de Cisjordanie et la subordination économique de la Jordanie et du Liban offraient un moyen de sortir des restrictions croissantes imposées à l’accumulation intensive. Mais ces politiques allaient contre les intérêts des Etats-Unis. Alors que ces derniers voulaient faire d’Israël leur chien de garde impérialiste au Moyen-Orient, ils ne voulaient pas que ce chien de garde déstabilise la région et contrarie les riches alliés pétroliers de l’Amérique, comme par exemple l’Arabie Saoudite. La politique du Likoud consistant à créer un Grand Israël nécessitait donc un relâchement des chaînes dorées de l’aide américaine.

La fuite des capitaux des économies occidentales, à la fin des années 1970, et la croissance ultérieure du capital de la finance internationale fournirent l’occasion de réduire la dépendance d’Israël vis-à-vis de l’aide américaine. En suivant une politique économique de libéralisation et de dérégulation, on espérait qu’Israël pourrait puiser dans le flux de capitaux internationaux et réduire ainsi sa dépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Cette politique de libéralisation dont se réclamait le Likoud était aussi en phase avec une grande partie de la bourgeoisie israélienne qui, devant la baisse de ses profits, voulait plus de libertés pour trouver des champs d’investissement profitables.

Voilà pourquoi, dans les semaines qui suivirent l’accession au pouvoir du Likoud, Milton Friedman – un des pionniers de ce que l’on connaît à présent sous le nom de « néo-libéralisme » – fut convoqué pour élaborer un programme de libéralisation. Sur les conseils de Friedman, le nouveau gouvernement israélien supprima les droits de douane sur les importations et les subventions à l’exportation, relâcha ses contrôles sur la circulation des devises vers l’extérieur et à l’entrée du pays, et abandonna le taux de change fixe de la livre israélienne avec le dollar américain. Quelques semaines après sa déconnection du dollar, la livre israélienne avait perdu un tiers de sa valeur. Le prix des marchandises importées monta en flèche, élevant l’indexation des prix. En quelques mois, l’indexation des salaires avait fait monter le taux d’inflation à plus de 100 %. A la suite de cette accélération de l’inflation, on remplaça la livre israélienne par le shekel en tant que monnaie d’Israël, à un taux de 10 livres pour 1 shekel.

Cependant, la politique de libéralisation, combinée à une coupe sombre dans les salaires réels dont la cause était l’indexation des salaires à la traîne derrière l’accélération de l’inflation des prix, fit grimper les profits et aboutit à une relance de la croissance (22). A cause de cela, l’année 1981 vit l’économie israélienne renouer avec les taux de croissance du début des années 1970. En vérité, à l’époque, la crise mondiale n’étant pas encore terminée, on pouvait dire que les taux d’inflation élevés d’Israël n’avaient pas d’importance. Comme la valeur extérieure du shekel mesurée en dollars chutait aussi vite que l’inflation grignotait sa valeur intérieure, on pouvait dire qu’en termes du dollar, l’inflation était plus ou moins nulle. En vérité, la nullité du taux d’inflation en termes du dollar, comparée à des taux d’inflation beaucoup plus élevés aux Etats-Unis et ailleurs, impliquait une compétitivité internationale croissante de l’industrie israélienne. Cet optimisme ne dura pas longtemps.

Alors que la croissance économique commençait à faiblir et le déficit public à s’accroître, suite à l’invasion du Liban, on commença à craindre sérieusement que les taux d’inflation élevés ne basculent aisément dans une hyperinflation incontrôlable. C’est pourquoi le gouvernement de Menahem Begin mit en place de nouvelles mesures de politique économique destinées à réduire progressivement le taux d’inflation. On combina des coupes dans les dépenses publiques et une politique de limitation de la chute du taux de change du shekel par rapport au dollar américain à 5 % par mois. En même temps, on tenta de limiter l’indexation des revenus. La politique de limitation de la chute du shekel eut l’avantage, immédiat pour la popularité du gouvernement, de rendre moins chères les importations de biens de consommation. Mais elle rendit aussi les exportations israéliennes non compétitives. Incapables d’être concurrentielles, de plus en plus d’entreprises israéliennes commencèrent à faire faillite et le chômage commença à monter. En même temps, les tentatives d’écraser les salaires entraînèrent de plus en plus de conflits sociaux.

Suite à la démission de Begin à l’automne 1983, la crainte que le gouvernement soit incapable d’empêcher une chute importante de la valeur du shekel conduisit à une ruée sur les banques, car les épargnants cherchaient à changer leurs shekels en dollars. Le gouvernement fut obligé de nationaliser les principales banques et de laisser chuter le shekel par rapport au billet vert. Afin de rassurer les marchés financiers, le gouvernement israélien dut annoncer d’importantes réductions des dépenses publiques et des mesures sévères de politique monétaire. Ces nouvelles mesures se heurtèrent à l’opposition résolue aussi bien de l’Histadrout que des capitalistes influents dans l’« establishment travailliste ». L’Histadrout appela à une succession de grèves qui paralysèrent le pays. Incapable d’écraser les salaires, la torsion de la spirale des prix et des salaires résultant de la chute importante du shekel causa une accélération de l’inflation des prix.

A la veille de l’élection de juillet 1983, le taux d’inflation avoisinait les 400 %. Comme l’augmentation des salaires avait du retard sur l’augmentation des prix, cette accélération de l’inflation avait pour résultat une diminution de 30 % des salaires réels. Le Parti travailliste et le Likoud perdirent tous deux nombre de soutiens lors de l’élection et durent s’allier pour former un gouvernement d’« unité national », avec Shimon Peres, le chef du Parti travailliste, comme Premier ministre. Usant de son influence auprès de l’establishment travailliste, Peres proposa un programme composé de mesures d’urgence. On imposa un prélèvement de 10 % sur les salaires, on devait suspendre l’indexation et on devait imposer un gel de trois mois des salaires et des prix. Ces mesures devaient être soutenues par un programme sans précédent de réduction du déficit budgétaire à partir de 20 % du PIB. Lorsque le programme fut présenté à l’automne 1983, après de longues négociations au cours de l’été, le taux d’inflation avait atteint 1 000 %.

Le programme de Peres se révéla une réussite partielle. Face à la forte opposition de l’Histadrout, le gouvernement du Likoud avait renoncé à toucher à l’indexation des salaires et des autres revenus. Pourtant, intervenir dans l’indexation des salaires semblait plus légitime aux yeux de l’« establishment travailliste » lorsque c’était proposé par une figure de proue influente du Parti travailliste. Dès mai 1985, le taux d’inflation avait été ramené à 400 % tandis que, malgré une opposition croissante, le déficit budgétaire avait été réduit à 15 % du PIB. Peres annonça alors un autre train de mesures. Un gel supplémentaire de trois mois des prix et des salaires allait être accompagné d’une autre série de réductions des dépenses publiques afin de diviser de nouveau par deux le déficit budgétaire du gouvernement. En même temps, on dévaluait le shekel de 19 % et on allait ensuite maintenir un taux de change fixe avec le dollar américain. Toutefois, alors qu’il aurait été possible de rallier l’« establishment travailliste » à ces mesures d’austérité, l’hostilité des travailleurs juifs, sommés de se serrer encore plus la ceinture, menaçait de se libérer des contraintes que lui imposait la récupération de l’Histradrout.

Face à une augmentation des grèves sauvages, l’Histadrout appela à une grève générale qui obligea le gouvernement à autoriser un « rattrapage » limité des salaires avant le gel des prix et des salaires, mais cela n’aida guère à faire passer la perte de 20 % sur les salaires réels et la hausse brutale du chômage issues du premier train de mesures d’austérité de Peres. En fin de compte, les mesures draconiennes du gouvernement de coalition Likoud-Parti travailliste sauvèrent Israël de l’hyper-inflation. Dès 1986, le taux d’inflation était tombé au niveau respectable de 20%.

Pourtant, en mettant fin à la crise inflationniste, Peres avait sérieusement affaibli le pacte avec le sionisme travailliste. Alors que les salaires réels commencèrent à augmenter lentement après 1986, le chômage avait atteint des niveaux inégalés depuis la récession du début des années 1960 et il resta élevé pendant les années 1980 et le début des années 1990. La poursuite des mesures d’austérité pendant les années 1980 réduisit encore le budget d’aide sociale et rogna les garanties sociales. Ces mesures furent imposées à la classe ouvrière juive, avec l’aide de l’Histadrout. Les hommes politiques des deux principaux partis commencèrent alors à se rallier à des pratiques « néo-libérales », malgré la lenteur initiale de la mise en place effective de la dérégulation et de la privatisation des entreprises nationales, en partie grâce à la résistance de l’Histadrout, propriétaire de bon nombre des gros conglomérats. Mais le chômage, la précarité et la flexibilité des conditions de travail allaient devenir le lot de franges de plus en plus larges de la classe ouvrière israélienne. A cause du démantèlement des aspects les plus sociaux du sionisme travailliste suite à la crise inflationniste des années 1980, la politique d’installation de colonies dans les territoires occupés est devenue un élément de plus en plus important pour souder la classe ouvrière à l’Etat sioniste. En réalité, et le Likoud le reconnaît, les colons ont apporté un soutien populaire à la construction à terme d’un Grand Israël, dans lequel certaines fractions de la bourgeoisie israélienne voient un moyen d’échapper à la stagnation chronique de l’économie israélienne depuis la fin des années 1970.

Jusqu’à un certain point, les colonies ont débarrassé le gouvernement du poids politique de l’occupation, surtout lorsqu’il s’agissait d’un gouvernement travailliste. On pouvait attribuer à l’intransigeance et à l’extrémisme des colons la mauvaise volonté d’Israël à faire des concessions aux Palestiniens. Car les colons étaient obligés d’intégrer les impératifs de sécurité à un degré bien plus élevé que le plus « belliciste » des gouvernements. D’autre part, l’accélération de la construction des colonies représente un compromis secondaire avec les franges de la bourgeoisie israélienne qui préconisent l’annexion de droit des territoires occupés. Parce que la crise ne pouvait se résoudre qu’en détruisant le caractère de salaire social du pacte du sionisme travailliste, les colonies devinrent à la fois une forme de compensation sociale pour les Juifs pauvres, et une forme d’annexion de fait, pour réaliser le rêve d’un Grand Israël par d’autres moyens. Mais Israël n’est toujours pas libéré de sa dépendance envers l’aide américaine et doit donc modérer ses excès expansionnistes.

 

COLONIES ET CONTRADICTIONS.

Beaucoup de gens dans les classes moyennes israéliennes qui soutenaient Peace Now (La Paix maintenant) s’opposaient à la construction des colonies et cela corsait les problèmes de la bourgeoisie israélienne (23). L’occupation de Gaza et de la Cisjordanie joue un rôle vital dans le compromis de classe en Israël depuis 1967. Grâce à la subordination des travailleurs palestiniens et à l’aide américaine, les Juifs de la classe ouvrière pouvaient exiger de meilleurs salaires que leurs voisins palestiniens et éviter les travaux les plus ingrats. A cause de l’occupation des terres, les Juifs de la classe ouvrière, qui n’avaient pas les moyens de vivre dans les zones urbaines, pouvaient obtenir des logements subventionnés (construits par des travailleurs palestiniens peu payés). Donc, on avait abandonné les Juifs de la classe ouvrière dans ce qui était en fait une zone tampon de sécurité dans les territoires occupés. Ces mesures étaient vitales pour réduire le militantisme du prolétariat juif, mais elles suscitaient la résistance immédiate des classes moyennes libérales et, de façon encore plus significative, des Palestiniens.

A ce moment-là, pour la bourgeoisie israélienne, le problème était de savoir comment préserver le compromis avec la classe ouvrière juive sans trop provoquer les Palestiniens. Parce que la population palestinienne dense était entassée dans un espace de plus en plus encombré par l’empiétement des colonies où nombre de Palestiniens étaient obligés de travailler, le début des années 1970 a connu des révoltes dans les camps de réfugiés de Gaza qui ont été (au sens propre) écrasées par les tanks de Sharon. Depuis lors, Gaza est relativement calme. Mais pour combien de temps ?

La bourgeoisie israélienne a pu faire des concessions aux travailleurs juifs, mais elle n’a utilisé que la répression pour pacifier les Palestiniens. Toute concession accordée aux Palestiniens était susceptible d’affaiblir le pacte du sionisme travailliste. En 1985, les territoires occupés faisaient les frais de la crise. Le sauvetage du capital israélien impliquait le renforcement de la subordination de la bourgeoisie palestinienne, en lui refusant les autorisations « pour étendre toute entreprise agricole ou industrielle susceptible de concurrencer l’Etat d’Israël (24) ». A cause de la hausse du chômage dans les territoires, les travailleurs palestiniens étaient davantage obligés de trouver du travail à l’intérieur de la Ligne verte ou dans la construction des colonies juives qui s’étendaient pour suppléer à la pénurie de logements abordables pour les travailleurs juifs dans les zones urbaines d’« Israël proprement dit ».

Alors que la construction des colonies procurait un revenu aux travailleurs palestiniens, elle était aussi une source de rancœur, et la résistance qu’elle provoquait fournissait au gouvernement militaire la logique qui justifiait un répression accrue. La « Main de fer » de 1985, destinée à contenir la résistance dans les territoires occupés, allait main dans la main avec des mesures d’austérité destinées à contenir la crise en Israël. La « Main de fer » intensifiait les mesures répressives, comme par exemple les « détentions administratives » de militants palestiniens et les punitions collectives contre la population dans son ensemble. Tel était l’arrière-plan de l’Intifada de 1987-1993. Avant de nous en occuper, il faut étudier l’organisation en classes des Palestiniens…

 

LA FORMATION DE LA CLASSE OUVRIÈRE PALESTINIENNE

Une terre sans peuple ?

Le mythe des pionniers sionistes atterrissant dans un désert dépeuplé et le transformant en vignobles luxuriants masque une transformation plus banale : celle des paysans palestiniens en prolétaires. « Le « paradis » dans le désert du Neguev, la culture florissante des agrumes et des avocats sur la plaine côtière ainsi que le boom industriel (même à l’échelle d’un tout petit pays) présupposent la spoliation totale des paysans palestiniens (25). » Ce processus était déjà en cours lorsque les premiers colons juifs arrivèrent, et il n’est toujours pas terminé. Le développement capitaliste pénétra pour la première fois au Moyen-Orient dans les années qui suivirent la fin des guerres napoléoniennes. L’Empire ottoman qui dominait la région déclinait déjà depuis un siècle, même s’il devait durer un siècle encore, et le réajustement de l’équilibre du pouvoir consécutif à la défaite de la France et de Napoléon, formalisé après le Congrès de Vienne, ouvrit la voie à une nouvelle exploitation de la région, au moment même où la révolution industrielle prenait de la vitesse en Grande-Bretagne. La Grande-Bretagne et l’Autriche, malgré leurs rivalités ailleurs, se mirent d’accord sur la nécessité de soutenir l’Empire ottoman pour en faire un obstacle à l’expansionnisme russe dans l’Est de l’Europe. Plus tard, l’Allemagne devint le principal soutien de l’Empire ottoman.

A cette époque, certaines parties du Moyen-Orient se retrouvèrent envahies par le nouveau mode de production capitaliste. Dans cette région, l’industrie textile indigène, surtout en Egypte, fut détruite par les textiles anglais bon marché dans les années 1830 et, dès les années 1860, les fabricants britanniques avaient commencé à cultiver le coton le long du Nil. En 1869, on ouvrit le canal de Suez dans le but de faciliter le commerce britannique et français. Conformément à cette modernisation, on peut dater les origines de l’accumulation primitive en Palestine à la loi de l’Empire ottoman de 1858 sur la propriété terrienne qui remplaçait la propriété collective par la propriété individuelle de la terre. Les chefs de village tribaux se transformèrent en classe de propriétaires terriens qui vendaient leurs titres aux marchands libanais, syriens, égyptiens et iraniens. Pendant toute cette période, le modèle de développement fut surtout celui d’un développement inégal, avec une bourgeoisie étrangère qui prenait des initiatives et une bourgeoisie indigène, si l’on peut dire, qui restait faible et politiquement inefficace. En même temps, on laissait à l’abandon de vastes régions du Moyen-Orient dont on ne voyait pas l’intérêt économique, et là, les traditions de cultures de subsistance et le nomadisme perduraient.

Sous le Mandat britannique, de nombreux propriétaires absentéistes furent rachetés par l’Association de colonisation juive, entraînant l’expulsion de métayers et de fermiers palestiniens. Etant donné que « les fellah dépossédés devaient devenir ouvriers agricoles sur leurs propres terres », une transformation décisive des relations de production commençait, conduisant aux premières apparitions d’un prolétariat palestinien (26). Ce processus eut lieu malgré une violente opposition de la part des Palestiniens. Le grand tournant dans une succession de révoltes fut le soulèvement de 1936-1939. Son importance réside dans le fait que « la force motrice de ce soulèvement n’était plus la paysannerie ou la bourgeoisie, mais, pour la première fois, un prolétariat agricole privé de moyens de travail et de subsistance, associé à un embryon de classe ouvrière concentrée principalement dans les ports et dans la raffinerie de pétrole de Haïfa (27) ». Ce soulèvement entraîna des attaques contre des propriétaires palestiniens ainsi que contre des colons anglais et sionistes, et obligea la Grande-Bretagne à limiter l’immigration juive en Palestine pendant quelques années.

Bien que ce soit l’armée britannique qui ait tiré, avec un peu d’aide du Haganah, la milice sioniste de gauche, les chefs tribaux locaux jouèrent aussi un rôle essentiel dans la défaite de la rébellion. On peut considérer que la  » nakba  » (catastrophe) de 1948 – l’exode des Palestiniens et la création d’Israël – comme l’héritage de cette défaite. Bien que le soulèvement de 1936-1939 ait montré l’émergence d’un prolétariat en Palestine, la population palestinienne en Israël était toujours, à cette époque, en grande partie paysanne.

Le nouvel Etat utilisa l’appareil légal du Mandat britannique pour poursuivre l’expropriation des Palestiniens. De par cette loi, les paysans qui fuyaient, ne serait-ce qu’à quelques mètres, pour échapper à un massacre, étaient considérés comme des  » absentéistes  » et on confisquait leurs terres. Cependant, le peu d’entre eux qui réussirent à rester à l’intérieur des frontières de 1948 reçurent des droits de citoyenneté pour compenser leur séparation forcée d’avec leur outil de production. La prolétarisation de la paysannerie palestinienne s’étendit lors de l’occupation de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza en 1967. Cette nouvelle vague d’accumulation primitive ne se fit pas sous la seule forme de l’accaparement des terres. Elle entraîna aussi le contrôle autoritaire des réserves d’eau de la Cisjordanie par le capital israélien, en creusant des puits plus profonds que ceux des Palestiniens. Conséquemment, la population palestinienne réfugiée hors de la juridiction israélienne fut coupée de ses terres, alors que seule une minorité de ceux qui se trouvaient sous la juridiction israélienne possédaient encore de la terre. Dans les deux régions, la population palestinienne est devenue majoritairement prolétaire.

 

L’ABOLITION DE LA BOURGEOISIE PALESTINIENNE LOCALE. 

Alors que l’expropriation de la paysannerie palestinienne entraînait la formation d’un prolétariat, on mettait fin à l’émergence d’une bourgeoisie industrielle indigène. Là où elle existait, elle était désespérément faible et incapable de concurrencer le capital israélien, en dépit du fait que « les salaires que versaient les patrons arabes étaient encore plus misérables que ceux que payaient leurs maîtres sionistes ». Les Palestiniens des territoires avaient le statut le plus bas sur le marché du travail israélien, inférieur même à celui des Palestiniens possédant la citoyenneté israélienne. Suite à la guerre de 1967, les Palestiniens qui travaillaient en Israël furent considérés comme des collaborateurs par les nationalistes palestiniens (28). Cependant, les lois d’Israël interdisaient la création d’entreprises palestiniennes susceptibles de concurrencer les entreprises israéliennes, donc les nationalistes les plus endurcis finirent par reconnaître que la seule source de revenus pour de nombreux Palestiniens était de travailler en Israël.

On peut diviser la bourgeoisie palestinienne en trois groupes (29). Certains des réfugiés les plus riches formaient une bourgeoisie marchande et financière au Liban, en Syrie, en Egypte et dans d’autres pays arabes. La bourgeoisie locale, si l’on peut dire, était composée de petits entrepreneurs, d’artisans propriétaires et de fermiers. La main-mise d’Israël sur le capital productif empêchait la bourgeoisie locale de développer ses forces productives. Ceux qui tentaient l’expérience formaient une petite-bourgeoisie misérable qui partageait les mêmes nombreuses privations quotidiennes et les mêmes humiliations que leurs voisins prolétaires des territoires occupés, sauf une : la séparation d’avec leur outil de production (30). D’autres sont devenus une  » lumpen-bourgeoisie « , enrichie grâce à l’OLP, qui a déversé un demi-milliard de dollars d’aide dans les territoires occupés entre 1977 et 1985. Ils ne dépensaient leur argent que pour leur consommation personnelle, ce qui leur a attiré la rancune du prolétariat et de la petite-bourgeoisie palestinienne. C’est la bourgeoisie déplacée par la diaspora qui a formé la classe de base de l’OLP et de l’« État palestinien en exil ».

 

« LE SEUL REPRÉSENTANT LÉGITIME DU PEUPLE PALESTINIEN »

Même alors que le panarabisme gisait vaincu suite à la guerre de 1967, les germes de sa renaissance (certes sous une forme moins virulente) prenaient naissance dans la nouvelle cohérence et l’organisation du nationalisme palestinien et particulièrement de l’OLP. Cette situation et la première Intifada (1987-1993) entretiennent les flammes de l’anti-américanisme au Moyen-Orient et remettent en cause la légitimité de la bourgeoisie pro-occidentale dans toute la région. Pourtant les actions de l’OLP, représentant la bourgeoisie palestinienne en exil, furent, comme on pouvait s’y attendre, souvent en contraction avec les besoins des prolétaires dont les luttes secouaient les pays producteurs de pétrole.

 

L’OLP CONTRE L’ACTIVITÉ AUTONOME DU PROLÉTARIAT.

60 % de la population palestinienne se retrouva dans les camps de réfugiés hors d’Israël et des territoires occupés. Le processus qui avait transformé la plupart d’entre eux en prolétaires les dispersa aussi dans tout le Liban, la Jordanie, le Koweït et la Syrie. Ceux qui émigraient dans les riches Etats du Golfe comme le Koweït pouvaient exiger des salaires élevés, même par rapport à ceux des travailleurs juifs en Israël. La plupart eurent moins de chance et devinrent les catalyseurs des conflits de classe dans toute la région. Ce furent les dirigeants arabes (ainsi que la bourgeoisie marchande et financière palestinienne) qui favorisèrent la création de l’OLP en 1964, comme outil de contrôle de cette diaspora. Parce qu’elle ne put pas empêcher la nakba de 1948 et fut impuissante face à la puissance militaire d’Israël en 1967, la bourgeoisie arabe affronta des révoltes dans les pays qu’elle gouvernait.

 

LA JORDANIE. 

En Jordanie, les réfugiés palestiniens étaient maintenant armés à cause de la guerre, et étaient plus nombreux que la population jordanienne, de faible densité. Bien qu’on ait vu dans l’OLP un Etat dans l’Etat, même elle ne pouvait pas gouverner les réfugiés palestiniens. A la fin des années 1960 et au début des années 1970, les camps de réfugiés étaient armés et indépendants de l’OLP, et la police ne pouvait pas y pénétrer. De plus, l’OLP utilisait la Jordanie comme base pour ses attaques contre Israël et l’Etat jordanien était donc exposé aux représailles d’Israël. Les luttes du prolétariat palestinien en Jordanie se terminèrent par le massacre de 30 000 Palestiniens lors du « Septembre noir » perpétré par l’armée jordanienne à Amman en 1970. Ce massacre fut facilité par l’accord de l’OLP avec le régime hachémite : conformément aux conditions négociées avec l’Etat jordanien, l’OLP se retira d’Amman, autorisant ainsi le massacre des prolétaires restés dans la ville.

 

LE LIBAN.

Parmi les survivants, beaucoup s’enfuirent au Liban et la bourgeoisie arabe affronta alors un prolétariat combatif concentré dans des camps de réfugiés surpeuplés. 14 000 Palestiniens se retrouvèrent dès 1972 au Liban, à Tel-al-Zaatar, dans une région industrielle qui contenait 29 % de l’industrie libanaise. En 1969 les réfugiés et d’autres prolétaires s’emparèrent d’armes, occupèrent les usines et tentèrent de transformer Tel-al-Zaatar en « zone interdite libérée de l’armée libanaise et de l’Etat » (31). Puisque l’Etat libanais, si l’on peut dire, essaya pendant toutes les années 1970 de casser le pouvoir de la classe ouvrière, les prolétaires syriens, palestiniens et libanais participèrent à des bagarres avec la police libanaise à coups de kalachnikov.
« La présence des armes permettait des grèves qui aboutirent à la destruction de la vie industrielle libanaise (32). » Il y eut aussi un mouvement limité de conseils ouvriers. En raison de la faiblesse et de la division de la bourgeoisie libanaise, une grande grève de l’industrie de la pêche culmina dans une guerre civile prolongée, qui devint le champ de bataille des ambitions stratégiques concurrentes des Etats-Unis et de l’URSS, par l’entremise de leurs intermédiaires respectifs, Israël et la Syrie.

Expulsée de Jordanie, l’OLP tentait alors de créer un autre « Etat dans l’Etat » au Liban. Cependant, les luttes autonomes de réfugiés palestiniens pour s’émanciper de l’enfer de leur existence prolétarienne intéressait peu l’OLP qui voulait au contraire maintenir ses liens avec les bourgeoisies libanaise et syrienne. L’instabilité générale et la faiblesse de l’Etat libanais rendirent inévitable l’écrasement de la force du prolétariat par les troupes syriennes et phalangistes, avec l’appui de la marine israélienne (33). S’accrochant toujours à leurs illusions désespérées sur le nationalisme, les Palestiniens appelèrent à l’aide l’OLP.

Bien entendu, l’OLP n’avait aucun intérêt à aider cette lutte qu’elle considérait comme une diversion dans « la lutte contre l’ennemi véritable, Israël ». « Quand les combattants demandèrent de l’aide militaire pour la lutte à Tel-al-Zaatar, la direction du Fatah répondit : « Al Naba’a et Salaf et Harash ne sont pas comme Haga, Haïfa et Jérusalem qui sont occupées » (34) ». En exerçant son « droit à la non-ingérence », l’OLP fit en sorte que la révolte soit écrasée et que la « zone interdite » devienne un cimetière pour prolétaires. Malgré son rôle dans la contre- insurrection à Tel-al-Zaatar, un Etat libanais plus fort était la dernière chose que voulait Israël. Au contraire, Israël et la Syrie cherchaient tous deux à promouvoir la « balkanisation » du pays afin d’améliorer leur position stratégique. Le morcellement de la bourgeoisie libanaise en factions ennemies fournissait le prétexte pour l’intervention dans la guerre civile de ces deux puissances voisines. Dans le cas d’Israël, il y avait un motif supplémentaire d’intervention au Liban : la présence de l’OLP. L’OLP en quête d’un  » Etat dans l’Etat  » ne pouvait pas co-exister avec les impératifs d’Israël au Liban. La présence massive de Palestiniens gênait ses intérêts stratégiques, et le souhait d’Israël de déloger l’OLP conduisit à l’invasion de Beyrouth en 1982.

Ce qui rendait le nationalisme de l’OLP séduisant était sa volonté de s’engager dans une lutte armée contre l’Etat israélien. Mais son expulsion de Jordanie, puis du Liban, montrèrent sa faiblesse face à la puissance militaire israélienne. Son évacuation humiliante de Beyrouth confirma qu’elle avait échoué à concrétiser sa stratégie de lutte armée. On reproduisit ensuite le même scénario qu’en Jordanie, l’expulsion de l’OLP laissant le champ libre pour le massacre des Palestiniens dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila par les Phalangistes, avec l’aide de l’armée israélienne. L’invasion israélienne de Beyrouth fut aussi humiliante pour le « camp anti-impérialiste ». L’Egypte se trouvant alors dans l’orbite américaine, la Syrie était la principale puissance pro-URSS dans la région. Pourtant, non seulement l’OLP fut remise au pas par l’invasion israélienne, mais l’armée syrienne dut se retirer.

Chaque confrontation signifiait de plus en plus clairement que les Palestiniens n’avaient pas grand-chose à attendre des Etats arabes. Les guerres de 1967 et de 1973 avaient efficacement affaibli le panarabisme et confirmé Israël dans le rôle de super-puissance militaire de la région. Les Etats arabes manquaient de volonté politique pour attaquer Israël. Malgré son rapprochement avec Israël, l’Egypte fut mieux reçue que l’OLP au sommet d’Amman de 1987, preuve que les Etats arabes se tournaient de plus en plus vers les Etats-Unis. Le roi Hussein snoba Arafat, et il était clair que la guerre Iran-Irak était plus importante pour les délégués que les Palestiniens. Ceci confirma l’impression très répandue parmi les résidents des territoires occupés qu’ils étaient seuls capables de renverser la domination israélienne.

**********

Introduction : nationalisme et émergence d’un prolétariat pétrolier

La domination américaine au Proche-Orient

Histoire de deux mouvements de libération nationale : le sionisme travailliste et le mouvement national palestinien

L’Intifada (1987-1993)

Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la révolte à la guerre ?

Notes

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *