L’ordre républicain : ce petit rien qui distingue Valls de Guéant

VallsAmiens.jpegMardi 14 aout, Manuel Valls, ministre de l’intérieur socialiste, s’est rendu dans le quartier nord d’Amiens ravagé par des émeutes. Il s’y est fait huer et insulter par les habitants. La visite à pied prévue au programme a été annulée. Comme son prédécesseur Guéant, le ministre Valls se contentera d’un rapide passage en auto sous protection policière.

« L’ordre républicain doit être rétabli », s’est solennellement exclamé le ministre socialiste.

Ce qui distingue l’ordre socialiste de l’ordre sarkozyste, c’est cela : un petit vocable qualificatif de rien du tout. L’ordre du ministre Valls est bien sûr « républicain », quand celui du sinistre Guéant n’était que « policier ».

Sécurité policière

Pourtant c’est bien le sort des policiers et d’eux seuls qui semble préoccuper le ministre Valls. Celui-ci a cru bon de recevoir les parents du jeune Nadir dont les funérailles, suite à son accident mortel de moto, avaient déclenché une brutale intervention policière, elle-même à l’origine des émeutes dans le quartier nord.

« Il n’a parlé que des policiers blessés pour dire que c’était intolérable. Il ne s’intéresse pas au fait que les policiers nous traitent comme des animaux » (la mère de Nadir, à la suite de l’entretien avec le ministre Valls).

Le président socialiste Hollande ne pouvait être en reste sur son socialiste de ministre. Avec deux petits mois de retard (ce qui n’a pas été sans choquer les intéressés), il s’est rendu à la gendarmerie à Pierrefeu-du-Var (Var) où deux gendarmes furent tuées par balles en juin dernier. Lui aussi se fendit d’une déclaration solennelle.

« Je pense à ce qui s’est passé ici dans le Var, à ce qui s’est passé il y a quelques jours à Aix [deux policiers agressés, ndlr] et je pense à ce qui s’est passé cette nuit à Amiens [seize policiers blessés]. »

Et d’annoncer solennellement pour le prochain budget « des moyens supplémentaires pour la gendarmerie et la police ». Qui sont bien évidemment « les premières touchées par les violences ». Et qui sont encore plus sûrement les seuls à pouvoir garantir « l’ordre » (tiens, il a oublié de dire « républicain »).

Insécurité sociale

Il est un ordre que nos deux potentats socialistes ont oublié d’évoquer : l’ordre social. Dans les quartiers où le chômage est galopant, où l’insécurité sociale règne en maître, la violence finit toujours par exploser. Aveugle. Bien moche.

Mais voyez pas que les forces de l’ordre débarquent dans les usines pour garantir les emplois et interdire les discriminations à l’embauche ? Non, je rigole, il les réservent pour les “quartiers”. Ou pour les camps de Roms. Pour faire respecter l’ordre exclusivement « républicain ».

Car avec les ravages de la Grande crise, MM Valls et Hollande réagiront comme leurs prédécesseurs de droite, comme leurs collègues espagnols lors de récentes manifestations à Madrid, comme ces policiers new-yorkais maîtrisant à leur manière un jeune noir armé d’un couteau. D’abord les lacrymo. Ensuite les balles de caoutchouc ou les flashball. Et après…

Non, vous n’y pensez pas, nous ne sommes tout de même pas en Syrie ! Même plus du temps de Nicolas Sarkozy ! D’ailleurs, le socialiste Valls, qui se pique de mots, l’a bien précisé : lui n’utilise pas « le Kärcher ».

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *