Louise Erdrich ou l’Amérique qu’on aime infiniment

Louise_Erdrich.jpg

« Quoi, tu n’as pas encore lu Louise Erdrich ? »

C’est sous la forte pression de la gente féminine de mon entourage que je découvre sur le tard les œuvres de l’américaine Louise Erdrich. Chance, celle-ci était une des invités de Francis Geffard au festival America qui se tenait ce week-end à Vincennes.

La première chose qui vous saute aux yeux en rencontrant Louise Erdrich, c’est sa grande beauté et son extrême élégance. Comme dans ses livres. Avec en plus cette petite lueur malicieuse et complice qui fait que vous avez l’impression de la connaitre depuis toujours.

Louise Erdrich est née à Little Falls, Minnesota, d’un père germano-américain et d’une mère amérindienne Anishinaabe. Bref, un cocktail détonnant comme on les aime sans modération. Poète, auteure pour enfants et, ce qui nous intéresse ici, romancière.

Comme un après-midi d’été

Comment décrire l’écriture de Louise Erdrich ? Une sorte de… une sorte d’après-midi d’été. À la fois torride et parcouru d’ombres fraîches. Paisible et bruissant de l’obsédante stridulation d’insectes mystérieux livrés à d’obscures besognes. Traversée d’intenses jubilations et de désirs moites. De joies inextinguibles et de douloureux secrets.

« Il voulait à tout prix ne pas la désarçonner, la dégouter, gâcher l’atmosphère installée par le renflouement des engoulevents qui entraient d’un coup d’ailes et ressortaient d’un trait, par le bruissement des chênes noirs et des saules, par le parfum des pétales foudroyés des dernières roses de l’été. Son courage était au plus bas. Tendu par le besoin et l’émotion, il finit par se camper devant Agnes et demanda d’une voix sourde : “Schlaf mit mir. Bitte. Schlaf mit mir” » (Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse)

Les romans de Louise Erdrich s’appuient bien sûr en partie sur ses origines maternelles et sur les spécificités de la culture amérindienne. Mais Louise Erdrich n’est pas un auteur amérindien. Elle est un auteur Anishinaabe-germano-américain. Plus sans doute un tas d’autres ingrédients sulfureux dont elle seule maîtrise l’alchimie.

« Agnes le regarda bien en face, ouvertement, enfin, lui révélant le lourd fardeau de sentiment qu’elle portait avec elle, mais pas pour lui. Ainsi qu’elle l’avait fait pour sa Mère supérieure, elle ôta ses vêtements avec soin et les plia, seulement elle ne s’arrêta pas à la chemise mais continua jusqu’à ce qu’elle eut quitté sa vaste et fine culotte, puis elle s’assit nue au piano » (idem).

Les livres de Louise Erdrich sont publiés par Albin Michel dans la collection “Terres d’Amérique”. Disponibles également au Livre de Poche. Traduite par Isabelle Reinharez. Par lequel commencer ? Débrouillez-vous.

Pour mieux vous décider — ou vous perdre — je ne saurais trop vous conseiller d’écouter la rediffusion d’une récente interview de Louise par Kathleen Evin sur France Inter. Vous y découvrirez un formidable auteur américain. De cette Amérique qu’on aime infiniment, celle-là.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *