Mad Pride 2016 : les fous sont dans la rue

les-malades-mentaux-defilent-contre-la-discrimination_1_-dffd7Mad Pride 2015 (photo Ouest-France)

 

FERGUS :

Pour la troisième année consécutive, les « fous » vont défiler dans les rues de Paris en ce samedi 11 juin. Un défilé baroque aux allures de Gay Pride. Mais il ne faut pas s’y tromper, l’enjeu est important car il vise, année après année, à faire reculer les préjugés, à modifier le regard porté sur les personnes atteintes de maladies mentales et de démences. Il vise également à lutter contre le dénuement de la psychiatrie dans la santé publique de notre pays…

Il y a quelques années, Claude Deutsch, docteur en psychologie et en philosophie, écrivait ceci : « En Allemagne, la justice vient de reconnaître au Président le droit de traiter les néonazis de “fous”. Qui a demandé aux fous si ça ne les gênait pas d’être assimilés aux néonazis ? » De la même manière, il est fréquent d’assimiler les actes des pervers amoraux à des agissements liés à un état de folie. Qui a demandé aux fous si ça ne les gênait pas d’être assimilés aux pervers ? Certes, il y a des malades mentaux chez les nazis comme il y en a chez les pervers, mais pas forcément plus nombreux que dans le reste de la population.

Ces questions pointent du doigt une réalité omniprésente, et pas seulement en Allemagne : sont trop souvent taxés de « fous » ceux qui, par un choix marginal d’existence, un engagement extrémiste, un comportement excentrique, un mode de vie alternatif, s’écartent des normes non écrites mais néanmoins prédominantes dans la société. Ce faisant, ces personnes sont fréquemment assimilées à des malades mentaux, autrement dit à des gens qui, si l’on en croit les opinions les plus couramment exprimées, suscitent la défiance, voire le rejet.

Or, bien souvent, les personnes visées ne présentent pas de pathologie, les excès des uns et les bizarreries des autres n’ayant pas nécessairement d’origine relevant de la psychiatrie. À l’inverse, nombreuses sont les personnes dont le voisinage ne soupçonne pas les dérèglements d’ordre mental ou psychiatrique : schizophrènes, bipolaires et même psychopathes sont des centaines de milliers en France. À tel point que nous en connaissons tous sans avoir conscience de la pathologie ou des troubles psychiques dont ils sont affectés à des degrés divers.

Et pour cause : la majorité de ces personnes sont parfaitement aptes à vivre normalement en gardant le contrôle d’elles-mêmes. Mais ce n’est pas le cas de tous les gens concernés : certains sont réellement des malades, qu’ils soient atteints d’une pathologie avérée ou sujets à des dérèglements psychiques temporaires, à l’image notamment des personnes dépressives. Ceux-là ont besoin de traitements adaptés et, dans la mesure du possible, du soutien de leurs proches et de tous ceux qui vivent dans leur entourage.

Tel n’est malheureusement pas toujours le cas. Bien souvent, les personnes qui souffrent de troubles mentaux sont au contraire stigmatisées, voire ostracisées, moins par désir de nuire que par crainte de la différence. À cet égard, les membres du corps médical et les responsables des associations qui viennent en aide aux personnes atteintes de pathologies psychiques ou psychiatriques n’hésitent pas à établir un parallèle avec les gays et les lesbiennes, naguère rejeté(e)s du simple fait d’une orientation sexuelle qui les différenciait dans une société bien-pensante ayant banni ces « mœurs déviantes ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, durant des siècles, l’homosexualité a été considérée comme une forme de « folie ».

Les temps ont changé, et la société moderne a enregistré de nombreuses avancées dans la reconnaissance des uns et des autres, et le droit de tous à la dignité en toutes circonstances. En théorie, car si l’homosexualité ne donne plus lieu aux rejets du passé – malgré quelques poches de résistance ici et là –, force est de reconnaître qu’il reste encore de grands progrès à faire en faveur des malades mentaux et des personnes dont le profil schizophrénique ou bipolaire nécessite des soins adaptés. Un constat qui vaut également pour les personnes atteintes de démence liées à des pathologies de type Alzheimer, bien souvent aiguillées, faute de places en unités spécialisées, vers des EHPAD gérés par un personnel peu ou mal formé.

C’est pour plaider la cause de ces patients et dénoncer le manque récurrent de moyens affectés à la psychiatrie dans le cadre de la politique de santé publique que les médecins, infirmiers et responsables associatifs défileront le samedi 11 juin dans les rues de la capitale, affublés de déguisements. Le cortège partira à 14 heures de l’hôpital Saint-Antoine (Paris 12e), « lieu symbole de soin et d’enfermement comme jadis », pour se rendre place de la République, dans un autre lieu symbolique, « pour revendiquer la pleine citoyenneté des personnes en difficulté psychique ». Un forum-débat sera organisé sur place à l’issue du défilé.

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