Métro, RER : une victime de harcèlement sexuel parle

FERGUS :

Un rapport* remis au gouvernement l’affirme : 100 % des femmes qui utilisent les transports en commun de l’Essone et de Seine-Saint-denis ont été confrontées à du harcèlement sexiste ou à des agressions sexuelles dans le cadre de leurs déplacements. Effarant, non ? Et scandaleux ! Bien que le sujet soit sérieux, il n’est toutefois pas interdit de l’aborder d’une manière légère, en écoutant les conseils d’Antoinette Védrines, experte dans la lutte contre les comportements déplacés…

Expérience faite, je peux aujourd’hui l’affirmer en connaissance de cause, le métro répond à une triple nécessité : transporter les millions d’usagers de la mégalopole ; assurer durant la journée un gîte aux sans-abri et à leurs chiens ; permettre aux frustrés et aux refoulés d’assouvir dans l’anonymat leurs fantasmes et leurs obsessions. Sur ce dernier point, je pourrais vous en raconter des tonnes. À commencer par mon tout premier voyage sur la ligne 7 avec Marion, le jour même de notre embauche.

Il y avait eu ce matin-là quelques débrayages de personnel à la suite de l’agression d’un conducteur. Les rames de métro, déjà très chargées en temps normal, étaient bondées comme jamais. Poussées par la déferlante migratoire des populations laborieuses, nous avions pourtant été propulsées, Dieu sait comment, à l’intérieur d’un wagon, puis comprimées dans la masse humaine comme des harengs en caque. En moins confortable, les harengs sont formels !

Passé Châtelet et de nouvelles convulsions du magma humain dans lequel nous étions engluées, je m’étais retrouvée calée contre une barre d’appui. Une bien curieuse barre qui mesurait dans les quinze centimètres de hauteur et s’imprimait avec insistance entre mes fesses en ponctuant chaque secousse de la rame d’un vigoureux coup de boutoir. Une barre sexuée ! Par manque d’expérience, je m’étais dégagée sans esclandre.

Quant à Marionnette, rose à Châtelet, elle était devenue rouge à Palais-Royal et pivoine à Opéra, chacune de ces étapes marquant la progression d’une main exploratrice sous les plis de sa jupe. « Allez Marion, tu en verras d’autres ! » lui avais-je lancé à la sortie du métro après qu’elle m’eut raconté sa mésaventure.

Elle en avait vu d’autres effectivement, et moi avec. À cela près que, depuis, nous avions appris à nous défendre. Maladroitement dans les premiers temps, avec des attaques personnelles contre l’agresseur supposé. Mauvais ça, très mauvais : le mec n’est plus protégé du regard des autres par l’anonymat et il se sent agressé à son tour, surtout si vous lui avez balancé en public une apostrophe du genre : « Ça vous ennuierait de retirer votre main de sous ma jupe ? » Généralement la réponse fuse aussitôt : « Mais ça va pas, elle est complètement bargeot, celle-là ! » Ou alors : « Non mais, t’as vu ta tronche, hé ! morue ? Faudrait pas prendre tes désirs pour des réalités ! »

Et toc, ça vous retombe sur le blair. Pour un peu, c’est vous la coupable ! Cela étant, vous avez quand même gagné sur un point : le peloteur effectue une prudente et rapide retraite. En revanche, si votre jupette n’est plus squattée, vous êtes devenue le point de mire général. Ou du moins vous croyez l’être car, ne vous faites pas d’illusion, les autres voyageurs se contrefoutent de votre problème. Ça fait belle lurette qu’ils n’en ont plus rien à cirer de ce genre d’incidents. Si on devait sonner la charge à chaque fois qu’une nana se fait mettre la main au cul…

Autre danger de la riposte personnalisée : vous pouvez vous planter. Comme la fois où, agacée par un gugusse qui me tripatouillait les miches, j’avais tourné la tête vers lui en l’invitant vertement à explorer autre chose que ma petite culotte. Fatale erreur : sa main gauche bidouillait un walkman récalcitrant et la droite était prise dans un plâtre. J’avais bonne mine…

En fait, la troisième main appartenait à un costard-cravate perdu dans la contemplation du plan de ligne affiché au-dessus de la porte. Un costard-cravate ! A priori, pas le genre à te masser le croupion. Tu parles ! Ce sont les pires. D’accord, on se fait aussi palucher par des gros rustauds ou par des ados libidineux, mais ceux-là sont maladroits ou manquent d’assurance, quand ils n’ont pas une peur bleue de se faire piquer. Le costard-cravate, lui, sait parfaitement ce qu’il veut, il est malin et a l’habitude de dissimuler sa perversion sous son uniforme de respectabilité. Il procède en douceur, évalue la résistance, progresse par paliers à la manière d’un plongeur de haute mer et, pour peu que la victime soit paralysée par la peur du scandale, va jusqu’au bout de son désir.

Femmes, mes sœurs, n’ayez plus peur de réagir lorsque vous êtes confrontées à ce type d’agressions. Costard-cravate ou pas, il y en a marre de se faire tripoter le troufignon, ras le bol de se faire malaxer l’arrière-train, plein le dos de se faire impunément chatouiller le minou. Faites comme moi, engagez-vous sans hésiter dans la voie des représailles silencieuses : coup de pompe vachard dans le tibia par-ci, coup de coude vengeur dans l’estomac par-là, sans oublier le nec plus ultra de la répression : le coup d’épingle vicelard dans la viande du bonhomme. Rien de tel pour évacuer les doigts indiscrets ou faire débander le gros porc qui vous colle. Foi de Toinon !

Maintenant, si vous êtes une adepte convaincue de la non-violence, il n’y a guère de solution. Sauf à manifester votre irritation bruyamment, mais surtout de manière anonyme, j’insiste sur ce point. Quitte à attirer l’attention sur vous. Dans ce cas, utilisez de préférence le mode humoristique, il mettra les rieurs de votre côté. Choisissez par exemple une formule comme celle-ci : « Une main s’est égarée entre mes cuisses. La pauvrette recherche désespérément son propriétaire. » Ou alors, sur le mode comminatoire : « Le mec qui a fourré sa main sous ma jupe a dix secondes pour la retirer, sinon ça va saigner ! » Ou bien encore, sur un ton calme mais lourd de menaces : « Je préviens gentiment le type qui explore mes sous-vêtements qu’il arrive en terrain miné ! »

Je vous le garantis pour avoir moi-même expérimenté ces différentes formules : c’est très efficace et vous êtes instantanément déparasitée. Encore faut-il oser tenir ce genre de propos en public ! Bien que cela ne me dérange pas le moins du monde, pour ma part, je préfère quand même l’épingle. Question de goût !

Ce rapport, destiné à lutter contre les violences sexistes, a été remis le jeudi 16 avril par la présidente du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Danielle Bousquet, à la secrétaire d’État chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard. Il a été rédigé après une enquête réalisée auprès de 600 femmes résidant en banlieue parisienne.

Une pensée sur “Métro, RER : une victime de harcèlement sexuel parle

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    21 avril 2015 à 6 06 25 04254
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    100 % des femmes !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    Quelque part ça me rassure pour les octogénaires , nonagénaires et autres centenaires qui ne doivent pas s’en plaindre , qu’en pensez vous ?……..
    Sans parler des handicapées moteur , mentale , ou les deux à la fois qui doivent etre tout excitées de prendre le metro …..
    et J’éviterai de parler des nymphomanes qui ont enfin trouvées leur paradis !!!!!!!!…….

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