Michel Leis et le paradoxe du Guépard

le paradoxe du GuépardLa “science” économique réduite à des équations théoriques ou aux déclinaisons techniques des économistes est aussi vaine qu’ennuyeuse à mourir. Bien plus passionnante est sa mise en perspective avec cette course à la dominance qui est le propre des comportements humains. Voilà pour quoi je me suis passionné pour le dernier livre de Michel Leis : Crises économiques et régulations collectives (22 euros, éditions du Cygne).

Diplômé de l’université Paris Dauphine, chef de projet au siège européen d’une multinationale, Michel Leis s’intéresse à l’évolution des normes de régulations sociales que furent ou sont encore le progrès, le travail, la consommation, la production, la course au profit. Et, partant, aux “crises” qui affectent ces différents référentiels dans les périodes de tensions exacerbées.

Michel Leis étudie minutieusement les bouleversements qui ont touché chacune de ses normes, leurs enchevêtrements chaotiques qui les rendent d’autant moins contrôlables, les “guerres” qui les ont opposées, le rôle pas toujours très net d’un personnel politique un brin trop “intéressé” dans des affaires qu’il est censé réguler.

« Tout changer afin que rien ne change »

Ballotés par des évènements et des mutations qui finissent par les dépasser, les acteurs des différentes sphères — économique, politique, mais aussi citoyenne — tentent le sauve-qui-peut en manifestant une volonté de réforme purement rhétorique qui rappelle une célèbre citation du Guépard, le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, connu également à travers l’adaption cinématographique qu’en fit Luchino Visconti :

« Il fallait se dépêcher de tout changer afin que rien ne change. »

En clair, sauver les profits coûte que coûte pour le monde économique, maintenir son pouvoir et ses prérogatives pour le personnel politique, s’accrocher vaille que vaille aux “acquis” pour les citoyens lambda, tout juste sortis d’un Âge d’or de la prospérité dont ils ne parviennent pas à faire le deuil (les Trente glorieuses).

Le problème, souligne Michel Leis, citant la chute de l’Empire soviétique, est que cela n’a jamais fonctionné, ne fonctionne pas, et n’a guère de chance de fonctionner. Le jouet finit toujours par échapper à ses concepteurs. Les empires se disloquent. Sans que nul ne puisse prévoir sérieusement le scénario du “monde nouveau” qui émergera d’une crise comme celle que nous traversons aujourd’hui.

On discutera bien sûr telles ou telles prises de position de l’auteur sur les questions que soulève son analyse : l’impossibilité de la croissance verte, le retour de l’inflation, le sabordage démocratique, l’érosion de la dilution des États-Nations au profit des organisations supranationales, le basculement de la suprématie mondiale vers l’Orient, les risques de conflit…

Mais c’est la loi du genre et ce qui en fait le sel : plus que la justesse des réponses, c’est la qualité et la pertinence des questions qui prévalent, éclairent et interrogent le lecteur. De ce point de vue, le livre de Michel Leis est une réussite à découvrir.

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