Mon livre pour l’été (et les saisons à suivre) : Éloge de la fuite

Eloge_de_la_fuite_couv.jpgBon, c’est les vacances, le temps des échappées belles et du grand réconfort solaire, du moins à ce qu’on dit (purée de météo pourrie). En même temps, par les sales temps qui courent, ce besoin de fuite, comme on va le voir, ne se limitera certainement pas aux mois d’été (punaise de crise).

Un type a écrit un petit bouquin là-dessus il y a quelques dizaines d’années. Il ne parlait pas seulement des vacances. Et il n’a jamais été autant d’actualité. Éloge de la fuite, de Henri Laborit. Disponible en format de poche (Folio, 7,50 euros). Parfait pour une lecture sous un coin de parasol… ou de parapluie !

Henri Laborit est ce neurobiologiste, spécialistes des comportements humains, qui participa jadis au film d’Alain Resnais, Mon oncle d’Amérique (1980), avec Roger Pierre, Nicole Garcia et Depardieu. Son intervention y était si lumineuse que je la repris en feuilleton lors de l’été 2008. On ressort toujours son Laborit en temps de crise.

Grilles pot-de-colle

Que nous raconte-t-il de si crucial, ce bouquin, pour que je vous incite aussi vivement à le lire pendant vos vacances. Eh bien, il parle de nous. De notre indécrottable difficulté à nous extraire des échelles hiérarchiques pré-établies et des grilles de convenances imposées par le système dominant.

Façonnés, modelés depuis la nuit des temps par notre éducation à céder à toutes nos pulsions inconscientes et à nous soumettre au cadre formel hiérarchique dans lequel notre entourage familial et social nous confine, nous nous coulons dans ce moule à tous les niveaux de notre existence : personnel, familial, social, amoureux…

Parvenus tant bien que mal au stade hiérarchique qui nous croyons nous être dévolu, nous nous y accrochons comme des morts de faim, trouvant tous les faux-prétextes pour justifier nos immobilismes, niant les évidences les plus criantes. Même quand nous en sommes victimes. Ou que le moule se casse la gueule. Comme c’est le cas avec cette “Grande perdition”.

Grandeur et misère de la révolte

Les oppositions politiques ou syndicales n’ont généralement pour but que de chercher à remplacer les vieilles grilles par des nouvelles de leur cru, tout aussi haïssables. Quand elles n’y parviennent pas, elles se résignent rapidement et se dissolvent dans l’ordre établi qu’elles prétendaient contester, soupapes commodes chargées d’évacuer les trop-pleins d’insupportation populaire.

Tous ceux qui sont expulsés de cette course à la dominance (les vieux, le jeunes de banlieue…) sont voués à s’étioler et à se racornir. À se punir à coups de stress et de maladies psychosomatiques. À se réfugier dans des croyances religieuses puériles, des emportements nationalistes régressifs, des explosions de violence stérile.

La révolte ? Nécessaire et légitime, bien sûr. Possible même, lorsque les structures hiérarchiques du moment et leur support économique sont à bout de souffle. Mais l’histoire montre que ces révoltes ne supportent jamais l’épreuve du temps et que les pulsions millénaires de dominance reviennent rapidement au galop. Toute révolte est hélas vouée à terme à la déchéance.

« Car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l’intérieur du groupe. »

Courage, fuyons !

Face à ces constats, ne reste que la fuite. La fuite et la connaissance, dit Laborit.

Il faut bien du courage et de la volonté pour échapper aux structures suffocantes tissées par notre éducation et à la sclérose des ordres établis. Bien de la patience et de la clairvoyance pour apprendre à connaître et à maîtriser les mécanismes qui engendrent ces structures, à décrypter les pulsions inconscientes qui nous poussent dans la course à la domination.

Pas facile car nous sommes nous-mêmes imprégnés de tous ces codes par lesquels les “autres” (« nous ne sommes que les autres ») ont anesthésié la zone associative de notre cerveau, celle qui devrait, nous dit-on, nous distinguer des animaux et nous permettre de nous émanciper, et qui, en réalité, par faiblesse, participe à notre aliénation.

La fuite dont parle Laborit ne relève pas du sauve-qui-peut impuissant, d’un piteux retour en arrière. Elle est une marche continuelle vers l’avant, une remise en cause permanente des situations établies, une fuite loin des pouvoirs en place, y compris et surtout ceux que nous avons nous-mêmes contribué à installer.

La “révolution permanente” est minoritaire

La fuite, pour Laborit, « c’est la Révolution permanente ». Une lutte incessante pour se tenir loin des toiles d’araignées hiérarchiques dans lesquelles le plus grand nombre cherche à vous recoller.

La “révolution permanente”, selon Laborit, ne recherche pas l’excuse du nombre. Elle est minoritaire. Ne peut être QUE minoritaire. Elle commence par soi-même, tout seul s’il le faut, et progresse par réseaux. Elle se joue des sarcasmes et des imprécations majoritaires. Quand une révolution devient majoritaire, elle est déjà sur la voie de la déchéance (cf. plus haut).

Ça va, cher lecteur, tu t’y retrouves ? Pas la peine de te faire un dessin pour te montrer combien la description de Laborit colle à notre brûlante actualité, n’est-ce pas ? Allez, bonnes vacances studieuses à toi. Tu verras, on s’en sortira !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *