Montée des incivilités… et des périls

J’ai choisi de vous présenter ici en séquence DEUX textes du YETI.  Je crois qu’ils se complètent et que l’apposition multiplie leur impact. Pensez à une paire de gifles. Si vous n’entendez pas ce réveil, quelqu’un ou quelque chose vous boutera hors du lit.

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Le YETI   1. La grave montée des incivilités dynamite la cohésion sociale

Avec la crise, les incivilités se multiplient dans notre beau pays de France :

Certains mégoteront en nuançant sur le degré de gravité de ces différentes incivilités. Méthode classique pour tenter de dédouaner celles à laquelle on se livre (ou rêve de se livrer). Les uns légitiment toujours leurs crapuleries par celles des autres d’en face (réelles ou supposées). Toutes en réalité s’alimentent les unes les autres, se répondent comme un écho.

POURQUOI SE GÊNER ?

Pourquoi se gêner dans un rayon de supermarché dégoulinant de marchandises hors de portée de son porte-monnaie, quand tous les patrons du CAC40 se servent copieusement dans les caisses de leurs entreprises ?

Comment respecter un conseiller à la clientèle qui vous sermonne sur votre malheureux mais persistant découvert bancaire, quand vous savez que les banques ont érigé la tricherie et le pillage à l’échelle mondiale en toute impunité ?

Pourquoi se priver de gruger son patron ou son voisin, quand même des benêts de champions grassement payés parient contre leur propre employeur ?…

Une société ne peut vivre sainement qu’à travers un tissu social fait de règles élémentaires et d’un respect collectif de ces règles. Quand le tissu social, inculqué par voie éducative, vole en éclat, la société se désagrège. Et vient le règne de la sauvagerie.

La dérégulation érigée en principe au nom de la liberté sacro-sainte des “marchés” contenait en germe ses propres bactéries infectieuses et débouche sur la loi de la jungle et du plus fort.

On arguera bien sûr que les incivilités ont existé de tout temps. Certes, mais c’est leur multiplication accélérée sous l’effet de la crise qui gangrène aujourd’hui le corps social et le condamne.

CONTAMINATION HYSTÉRIQUE

Oui, “le condamne”, car l’engrenage ainsi mis en branle devient rapidement impossible à maîtriser. La contamination s’hystérise. Derrière cette fuite en avant, il y a, je pense, une préscience de la fin. Une acceptation de la chute. Et vous pouvez alors sentir une tenace odeur de décomposition flotter dans l’air ambiant. La bonde au n’importe quoi est ouverte :

▪                les financiers dépècent leurs propres organismes à coups de primes extravagantes ; parient (Goldman Sachs) sur la mort de leur propre système ;

▪                les entrepreneurs gagnent plus d’argent immédiat en “restructurant” qu’en investissant, se votent indemnités et retraites dorées par précaution ;

▪                les sauvageons de banlieues brûlent leurs écoles, conchient leurs propres cages d’escalier, massacrent la bande du trottoir d’en face, accueillent désormais les flics avec des armes à feu ;

▪                et les politiques, morveux, prétendent relancer le bien-être de leurs administrés avec des plans d’austérité dont ils savent qu’au final ils ne serviront qu’à renflouer leurs sponsors financiers en déroute.

Outre la montée des incivilités, il y a un effet collatéral terrible à ces dérives : l’éclatement du corps social en une multitude de groupes isolés, jaloux de leurs prérogatives, opposés entre eux et hostiles à tout ce qui leur est étranger. Et qui ne se retrouvent que pour cogner sur le bouc émissaire de service.

Passé un certain stade de dilution collective, il n’y a plus guère qu’un effet de choc pour enrayer cette effrayante descente aux abimes. En espérant que celui-ci ne soit pas encore plus terrifiant.

 

2. Montée des périls : des esprits mûrs pour la grande déflagration

Les choses se sont brutalement accélérées. Parties de petits riens, éternelles étincelles stupides qui mettent le feu aux poudres. Ici, un film tocard contre l’islam, des émeutes incendiaires, des réactions disproportionnées ; là, une dispute de deux mastodontes asiatiques pour des îles dérisoires… Et un terreau désormais propice : des esprits bien mûrs pour la grande déflagration.

L’implacable engrenage que l’on voit se mettre en place aujourd’hui est en réalité sans surprise. C’est toujours ainsi que cela se passe. La montée des périls vers les déflagrations guerrières est en voie de finalisation lorsque les cerveaux se mettent en état d’acceptation, sinon de demande.

Les esprits se rétractent, se rangent en deux camps binaires d’où le moindre souci des nuances est balayé par la fureur des imprécations contre le camp d’en face. Il est exigé de choisir son camp. Qui n’est pas du mien est de celui d’en face. Alors quand ce dernier forme un « bloc compact ethnocentré », vous pensez !

Certains, que vous croyiez de vos amis bien tempérés, basculent soudainement dans un des camps, conscience et mâchoires crispées, nouant des alliances que vous pensiez jusque-là obscènes, justifiant l’injustifiable. C’est parti dès lors que ceux-là commencent à évacuer la qualité douteuse des réponses au prétexte que les questions posées sont bonnes.

Un petit prétexte de rien du tout suffit à révéler l’effrayante progression du sinistre. Une égérie du microcosme renvoyée à son microcosme comme un vulgaire chanteur sous un banal jet de tomates, par exemple. Mais lisez donc le fil des commentaires qu’une telle affaire déclenche. Glaçant. De part et d’autre.

SINISTRES MÔMERIES

On voudrait rire de ces ridicules mômeries. Les cantonner à ces soirées échauffées qui dégénèrent et qu’on essaie d’oublier en soignant sa gueule de bois. La “liberté d’expression” bafouée d’une égérie bousculée et de sa contre-égérie du camp d’en face, quand les deux disposent de micros ouverts dans tous les médias du microcosme, quelle farce !

Mais la farce tourne à l’aigre quand elle se propage de pays en pays, de continents en continents.

Quand les ambassades et les écoles commencent à devoir être fermées pour cause de déferlement de bêtise et de rage.

Quand l’ordre commence à ne plus être assuré par des forces de l’ordre régulières, mais par des milices sinistres appelées à la rescousse.

Quand les déchaînements de haines, attisés par quelques tordus de quelque bord qu’ils soient, déclenchent l’envoi sur place de deux destroyers de guerre.

Quand quelques malheureuses Malouines asiatiques mettent en branle une expédition précipitée de vaisseaux de guerre.

Quand la menace supposée d’un futur équipement nucléaire hostile dans un pays du camp d’en face est prétexte à de menaçantes manœuvres navales du camp qui dispose déjà de cet armement (et a d’ailleurs déjà su l’utiliser).

Quoi pour arrêter encore cette écœurante montée des périls ? Seuls les intérêts bien compris des puissants peuvent y parvenir, comme ce fut le cas lors de la précédente Guerre froide. Mais aujourd’hui ces intérêts se sont disloqués sous l’effet de la Grande crise dont les dégâts attisent dangereusement les braises.

Reste donc les consciences ? Mais les consciences sont en ordre de marche. Une-deux, une-deux… Et celles qui rechigneront à prendre ce terrifiant pas cadencé, de moins en moins nombreuses, de plus en plus isolées, seront considérées au début comme de complaisants oiseaux de mauvais augures, ensuite comme des traîtres à leur camp.

À moins que… N’y a-t-il que ce fragile “à moins que…” pour entretenir l’espoir et réveiller les consciences ?

Le YETI

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