Montée des périls : des esprits mûrs pour la grande déflagration

Les choses se sont brutalement accélérées. Parties de petits riens, éternelles étincelles stupides qui mettent le feu aux poudres. Ici, un film tocard contre l’islam, des émeutes incendiaires, des réactions disproportionnées ; là, une dispute de deux mastodontes asiatiques pour des îles dérisoires… Et un terreau désormais propice : des esprits bien mûrs pour la grande déflagration.

L’implacable engrenage que l’on voit se mettre en place aujourd’hui est en réalité sans surprise. C’est toujours ainsi que cela se passe. La montée des périls vers les déflagrations guerrières est en voie de finalisation lorsque les cerveaux se mettent en état d’acceptation, sinon de demande.

Les esprits se rétractent, se rangent en deux camps binaires d’où le moindre souci des nuances est balayé par la fureur des imprécations contre le camp d’en face. Il est exigé de choisir son camp. Qui n’est pas du mien est de celui d’en face. Alors quand ce dernier forme un « bloc compact ethnocentré », vous pensez !

Certains, que vous croyiez de vos amis bien tempérés, basculent soudainement dans un des camps, conscience et mâchoires crispées, nouant des alliances que vous pensiez jusque-là obscènes, justifiant l’injustifiable. C’est parti dès lors que ceux-là commencent à évacuer la qualité douteuse des réponses au prétexte que les questions posées sont bonnes.

Un petit prétexte de rien du tout suffit à révéler l’effrayante progression du sinistre. Une égérie du microcosme renvoyée à son microcosme comme un vulgaire chanteur sous un banal jet de tomates, par exemple. Mais lisez donc le fil des commentaires qu’une telle affaire déclenche. Glaçant. De part et d’autre.

Sinistres mômeries

On voudrait rire de ces ridicules mômeries. Les cantonner à ces soirées échauffées qui dégénèrent et qu’on essaie d’oublier en soignant sa gueule de bois. La “liberté d’expression” bafouée d’une égérie bousculée et de sa contre-égérie du camp d’en face, quand les deux disposent de micros ouverts dans tous les médias du microcosme, quelle farce !

Mais la farce tourne à l’aigre quand elle se propage de pays en pays, de continents en continents.

Quand les ambassades et les écoles commencent à devoir être fermées pour cause de déferlement de bêtise et de rage.

Quand l’ordre commence à ne plus être assuré par des forces de l’ordre régulières, mais par des milices sinistres appelées à la rescousse.

Quand les déchaînements de haines, attisés par quelques tordus de quelque bord qu’ils soient, déclenchent l’envoi sur place de deux destroyers de guerre.

Quand quelques malheureuses Malouines asiatiques mettent en branle une expédition précipitée de vaisseaux de guerre.

Quand la menace supposée d’un futur équipement nucléaire hostile dans un pays du camp d’en face est prétexte à de menaçantes manœuvres navales du camp qui dispose déjà de cet armement (et a d’ailleurs déjà su l’utiliser).

Quoi pour arrêter encore cette écœurante montée des périls ? Seuls les intérêts bien compris des puissants peuvent y parvenir, comme ce fut le cas lors de la précédente Guerre froide. Mais aujourd’hui ces intérêts se sont disloqués sous l’effet de la Grande crise dont les dégâts attisent dangereusement les braises.

Reste donc les consciences ? Mais les consciences sont en ordre de marche. Une-deux, une-deux… Et celles qui rechigneront à prendre ce terrifiant pas cadencé, de moins en moins nombreuses, de plus en plus isolées, seront considérées au début comme de complaisants oiseaux de mauvais augures, ensuite comme des traîtres à leur camp.

À moins que… N’y a-t-il que ce fragile “à moins que…” pour entretenir l’espoir et réveiller les consciences ?

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