Ne réveillons pas le raciste qui sommeille

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FERGUS :

C’est un fait scientifiquement établi : il n’y a qu’un « genre » humain, et les « races » n’existent pas. Au plan génétique. Car au plan social, les « races » sont une réalité ressentie comme une évidence par les populations. Dès lors, tout regard méfiant, toute attitude condescendante, tout acte d’agressivité ou de ségrégation envers celui ou celle dont la peau est pigmentée différemment relève du « racisme »…

S’il est établi de manière indiscutable par les scientifiques que les races n’existent pas, il est également établi qu’il existe des différences de patrimoine génétique beaucoup plus nombreuses entre des ethnies proches qu’entre les groupes humains que l’on apparente à des « races » dans les conventions sociales tacitement en usage dans la plupart des populations de la planète. Et cela d’autant plus que le seul critère de la pigmentation de la peau – principalement lié à la mélanine – est considéré comme peu signifiant par les scientifiques relativement à d’autres caractéristiques génétiques.

Cette focalisation majeure sur la pigmentation n’est pas le moindre des paradoxes car les manifestations de racisme s’exercent de facto plus souvent dans les relations entre les grands groupes humains que dans les relations entre groupes ethniques proches. Encore qu’il convienne de nuancer fortement ce propos si l’on se réfère aux affrontements historiques dans lesquels la dimension ethnique, souvent combinée à une lutte pour le pouvoir ou à la volonté d’établir une suprématie religieuse, a conduit à des atrocités, le génocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda* en étant une forme d’archétype moderne.

En réalité, nous avons tous conscience de notre couleur de peau relativement à celle des autres alors que nous n’avons qu’une conscience limitée, voire nulle, du fait que deux humains pris au hasard sur la planète présentent un patrimoine génétique identique à… 99,9%. En conséquence de quoi nous avons tendance à nous focaliser beaucoup plus sur les insignifiantes caractéristiques qui nous différencient – principalement la pigmentation – que sur cette similitude presque totale du génome qui fait de tous les êtres humains les membres d’une même fratrie de genre.

Fort heureusement nous accordons, pour la grande majorité d’entre nous, notre discours et nos actes en gommant cette différence « raciale ». Cela fait de nous des « porteurs sains » : à l’image d’un virus dormant, le racisme existe en nous mais il est inactif. Dans la vie quotidienne, cela se traduit le plus souvent par l’adoption d’une attitude de confraternité conforme aux discours humanistes des philosophes et aux règles du « vivre ensemble » dictées par les grands principes constitutionnels, par les usages en vigueur dans les sociétés avancées, et par une éducation tolérante dans un contexte de mixité sociale et ethnique.

Une forme de sottise instinctive

La démarche est le plus souvent sincère, mais elle contribue également – à notre insu – à nous donner bonne conscience relativement aux préjugés que nous portons tous en nous, enfouis plus ou moins profondément. De fait, nous avons tous des amis dont l’origine ethnique et la couleur de peau sont distinctes des nôtres. Pour autant, beaucoup d’entre nous conservent une méfiance instinctive à l’égard de ceux qui sont « différents » mais dont nous n’avons pas appris à apprécier la valeur humaine faute de les connaître personnellement.

Cela se traduit parfois, notamment en période de tension sociale ou de stress personnel, par des comportements réflexes de nature « tribale » venus de la nuit des temps et tapis plus ou moins profondément en chacun de nous. De ceux qui amènent un Blanc à changer de trottoir à la tombée de la nuit parce qu’il voit venir vers lui un groupe de Noirs ou d’Arabes. Ou un individu à choisir spontanément son camp dans une échauffourée opposant des groupes « raciaux » différents sans savoir ce qui a déclenché l’altercation. Ou bien encore un responsable de ressources humaines à privilégier de manière plus ou moins consciente un recrutement sur des critères subjectifs liés à la couleur de peau ou au patronyme.

En France, les manifestations de racisme sont fort heureusement rares. Elles n’en existent pas moins et ne sont pas le fait d’un groupe particulier, même si elles visent – ici comme ailleurs – principalement les minorités. Viennent s’y ajouter les actes et propos antisémites ou antimusulmans qui dépassent le cadre du racisme « ordinaire » par leur dimension historique ou religieuse. La Dilcra (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme et l’Antisémitisme) a, en 2015, recensé 2 032 actes racistes, antisémites ou islamophobes. Un nombre malheureusement en nette augmentation par rapport à l’année 2014. Ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Ça l’est d’autant moins que ne sont comptabilisés par la Dilcra que les actes ou propos ayant donné lieu à une procédure ou un signalement. En réalité, beaucoup plus nombreux sont les comportements, plus ou moins ostentatoires, de défiance ou de mépris affiché à l’égard de ceux dont le seul tort est de présenter une couleur de peau différente, des cheveux crépus ou des yeux bridés. Basé le plus souvent sur des préjugés très anciens et d’ancestrales peurs de « l’autre », le racisme relève pourtant de l’irrationalité et, de ce fait, d’une certaine forme de sottise instinctive que l’intelligence et l’éducation n’ont pu totalement éradiquer malgré les progrès de la civilisation.

Par chance, « l’Homme est un animal doué de raison », nous ont enseigné Aristote et Descartes. Certes ! Mais il serait bon que l’Homme puisse démontrer que cette affirmation peut être vérifiée en toutes circonstances.

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