Notes de l’ année 2006 sur la Chine

Je vous livre ci dessous mes notes sur la Chine, qui sont restées dans un coin de l’ ordinateur. Elles peuvent je pense être utiles à ceux qui veulent comprendre le processus d’ accumulation primitive en Chine.

Gérard Bad


 

La question sociale en Chine

Depuis le début 2004, la dégradation du climat social inquiète les autorités chinoises, au point que celles-ci ne cessent de faire des déclarations en faveur du social qu’elles détruisent par ailleurs. Comme dans de nombreux pays les bourgeoisies anciennes ou nouvelles essayent toujours de vendre de l’espoir, pour calmer la douleur sociale. Alors en Chine on parle des « groupes vulnérables » et la misère qui l’accompagne aussi bien dans les campagnes que dans les villes.

L’éradication de la pauvreté en Chine, qui avait connu des succès au début des années 1980, a stagné durant les années 1990 et les premières années du millénaire. Ceci risque de s’aggraver davantage avec l’intégration plus profonde du pays dans l’OMC. Jusqu’ici, aucune corrélation positive n’a été observée entre l’accroissement du commerce international et l’éradication de la pauvreté, puisque les premiers efforts étaient antérieurs à l’augmentation des exportations chinoises.

Cette poussée de la misère de la population migrante à l’intérieur même de la Chine, correspond au développement du capitalisme « chinois » Depuis les années 1990, le développement spectaculaire de l’économie à coup d’ IDE (Investissement Direct Étranger), c’est fait sur la base du démantèlement de «l’économie socialiste d’état» et de la remise en cause du rôle de l’ Etat et de sa volonté de diriger l’économie. Le retour du «laisser faire» au niveau international, se présentait comme une contre tendance à la chute du taux de profit accompagnant la Mondialisation et les privatisations. Tout pays qui ne procédera pas à son «intégration» mondialisée, restera sur le bord de la route ou sera intégrer par la force au nouvel ordre mondial.

La Chine se trouve dans la position du grand écart, elle va bénéficier d’un développement capitaliste neuf et moderne et d’autre part elle est contrainte de faire tardivement sa réforme agraire, c’est-à-dire le déplacement des paysans, qui ne possèdent pas la terre. Ce faisant elle engendre réforme après réforme, l’un des plus grand déplacement de la population à l’échelle de la Chine, par la migration des populations des campagnes vers les villes. Aussi 100 à 150 millions de ruraux vont migrer vers le système de l’exploitation de l’homme par l’homme dans un avenir proche. Plus de trois quarts des ménages ruraux, qui constituent encore la majorité des Chinois, devraient subir une perte de leurs revenus réels entre 2001 et 2007.

 

La question sociale, c’est-à-dire l’accession à des conditions humaines de vie va se poser de manière plus radicale, et nous allons en donner un aperçu.

La restructuration des entreprises d’état, avait pour objectif d’éliminer les activités déficitaires et le personnel y trouvant ses moyens d’existence, tout en augmentant la productivité et le taux de plus-value. Ce mouvement comme nous le subissons aussi en Europe s’opère par une remise en cause radicale des protections sociales et la Chine «communiste» n’échappe pas à la règle. Les réformes, ont abouti à un remodelage de la hiérarchie sociale, a une redéfinition complète des statuts et à un accroissement considérable des inégalités. Seuls 60 millions de paysans sur une population d’ 1,3 milliard participent à des fonds de retraite et les ruraux son pratiquement exclus de toute forme d’assurance maladie.

 

La pauvreté absolue, touche 11% de la population, essentiellement paysanne cette population est en déficit alimentaire permanent, 29 millions de ruraux sont contraint de survivre avec moins de 625 yuans par an, moins que la norme internationale. La migration, est un moyen de soutenir tant bien que mal les famille paysanne, 40% des revenus des ruraux proviennent des transferts effectués par les migrants, 2 millions à Pékin, 3 millions à Shanghai. Le paupérisme a généré de nouvelles expressions en Chine «la pauvreté sur les campus» ( qui concerne 20% des étudiants), «la pauvreté urbaine» ( 24 millions de chinois ne survient qu’ avec l’allocation d’État) un chiffre dix fois plus élevé qu’il y a quinze ans ! Les efforts pour éradiquer la pauvreté, menés avec succès dans les années 1980, ont stagné à partir des années 1990 et de la libéralisation de plus en plus rapide de l’économie, analyse le rapport :

« Les trois quarts des ménages ruraux connaissent une baisse de leur niveau de vie ». « Quelque 250 millions de personnes, soit 16,6% de la population, vivent avec moins d’un dollar par jour et 700 millions, soit 47%, avec moins de 2 dollars par jour ».

 

Les Chinois paient au prix fort sur le plan social la libéralisation de leur économie, consacrée par l’entrée dans l’OMC en 2001, estime la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) dans un rapport qui sera publié lundi à Bruxelles : «Une majorité de la population chinoise a perdu au change avec l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et continuera de perdre avec la poursuite de la libéralisation des échanges», déplore la CISL.

 

La population urbaine et classes sociales.

 

Elle se divise en quatre groupes principaux : la nouvelle bourgeoisie, les membre de famille de hauts cadres du parti «ex managers» et «compradores communistes» aux connexions multiples, artistes, sportifs…souvent liés à l’économie de l’exportation.
-La nouvelle classe moyenne, les fonctionnaires, techniciens, petits entrepreneurs, cadres des grandes entreprises, enseignants.
-Le prolétariat occupé
-Les nouveaux pauvres, déclassés de la fonction publique, victimes des restructurations de l’ emploi industriel et du démantèlement de l’état providence, chômeurs, retraités sans pension,travailleurs précaires et de l’économie dite  « informelle »
Le nombre d’urbains, en situation de pauvreté absolue est beaucoup plus important que les statistiques officielle de 16,55 millions en 2001, ils étaient 22,35 millions en 2003, chiffre auquel il faudrait ajouter les (Kunnan ren) personne en situation difficile évaluées entre 50 et 60 millions soit environ 12% de la population urbaine.

 

La manœuvre féminine.

 

Les femmes forme le gros bataillons de l’industrie manufacturière, installée sur les zone côtière, dans la seule zone de Shenzhen, 70% des 5,5 millions d’emplois sont a composante féminine, de moins de 30 ans. Cette manœuvre est surexploité, les accidents de travail nombreux, l’obligation de faire des heures supplémentaires, les violences, séquestrations, confiscation de papiers d’identité sont quotidiens. Pour ce secteur les salaires sont de 2 à 2,5 fois inférieur au salaire moyen de la zone d’origine, pas de contrat de travail. Entre régime des casernes et régime carcéral, le miracle économique chinois est un colosse au pied d’argile.

 

Les travailleurs migrants dans les grandes villes.

 

Bien que depuis quelques temps, le sort de ceux travaillant a la reconstruction et à la construction immobilière s’améliore, 70 à 75% des migrants sont sous contrat de travail. L’accession du «paysan travailleur» à la «citoyenneté urbaine» , en fait à des droits comme, la santé la protection sociale, l’embauche dans la fonction publique reste prohibée pour cette classe sociale. Cet afflux de migrants sans droits sociaux, commence à poser des problèmes aux dirigeants locaux et nationaux. Manque de logements, villes encerclées de bidonville, surpeuplement, hygiène absente… tous les ingrédients d’épidémies sont réunis et ce d’autant plus que les pauvres sont refusés aux portes des hôpitaux. Alors les autorités doivent faire face comme au Niger à des épidémies comme le (SRAS), au règlement de comptes individuels entre pauvres et patrons, et au fait que 65% des enfants de migrants ne vont pas à l’école.

 

Ces migrants les plus nombreux ne figure pas dans les statistiques officielles, comme dans les grandes villes d’Afrique ils vivent du travail «informel». Ils sont : plongeurs et serveurs de restaurant, gardiens, mendiants, travailleur à la tâche, ramasseurs de déchets… et vivent au jour le jour. Quand cette misère les déborde, les autorités envois les illégaux en «stations de détention et de rapatriement» «shourong yi son zhan».

 

Jusqu’au début des années 1990, les migrations étaient contrôlées et canalisaient la main d’œuvre rurale vers des tâches non valorisantes. Après 1990, la situation va évoluer, la Chine entre dans l’OMC en décembre 2001 et de nombreux paysans seront contraints de quitter leur terre pour chercher du travail en ville (illustration le coton). Presque chaque jour, des protestations, des grèves ouvrières ou des agitation paysannes, d’ampleur plus ou moins grande, se produise en Chine. Wen Tiejun, un spécialiste des questions sociales, les évalue à 60 000 par an.

 

Les sans emplois et chômeurs.

La Chine est de plus confrontée à un énorme problème de chômage, car l’emploi ne suit pas la croissance économique. Elle compte actuellement autant de nouveaux chômeurs que le reste du monde réuni et devra créer près de 300 nouveaux millions d’emplois durant la prochaine décennie pour empêcher le chômage d’atteindre des niveaux insupportables. Dans les années 1980, la croissance économique moyenne s’est élevée à 9,3% par an, mais l’emploi n’a progressé que de 3% par an. Dans les années 1990, avec une croissance de 10,4% par an, l’emploi a augmenté de seulement 1,1% par an.

 

L’éducation, la santé et la prévoyance en Chine

Sur l’ensemble des salariés du pays, 1 sur 7 est couvert par une assurance médicale, moins d’1 sur 4 a un plan de retraite et seulement 1 sur 16 une assurance chômage : « Ce sont les raisons pour lesquelles les exportations chinoises à bas prix inondent le monde. Dans le jargon de l’OMC, ces pratiques sont des “distorsions commerciales”», estime Guy Rider, secrétaire général de la CISL.

 

La fragilité économique et financière de la Chine

La politique d’ouverture de la Chine va entraîner sa dépendance accrue vis-à-vis du capital occidental, déjà que le système bancaire menace a tout moment de s’écrouler sous le poids de dettes colossales auprès des banques d’état.

Les conditions de travail et d’exploitation

 

« La compétitivité de la Chine repose sur l’exploitation des travailleurs sous-payés », « Des semaines de travail de 60 à 70 heures, un salaire inférieur au salaire minimum déjà très bas de 44 dollars par mois, et le chômage pour seule perspective s’ils se blessent au travail », voilà le quotidien des travailleurs », selon la CISL : « Des études montrent que la moyenne des salaires dans l’industrie ne représente qu’entre 38% et 75% de ce minimum » de 44 dollars, détaille le rapport.

 

L’organisation dénonce des conditions de travail souvent dangereuses, relevant qu’« un tiers des travailleurs d’usines sont exposés à des niveaux dangereux de poussières ou de substances toxiques », et avance le chiffre de 15.000 morts par an dans des accidents de travail, notamment dans les mines. Les travailleurs « sont privés du droit de s’organiser collectivement, de former des syndicats indépendants et de mener des négociations collectives », note le rapport.

La suite la semaine prochaine

 

Caractéristique de l’ économie Chinoise

 

Une pensée sur “Notes de l’ année 2006 sur la Chine

  • avatar
    16 août 2019 à 9 09 11 08118
    Permalink

    @ Gérard

    Merci pour ce partage Gérard. Il est intéressant de comparer les deux visions ACTUELLE ET IL Y A 16 OU 18 ANS passés

    Robert Bibeau

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