Nouveau capitalisme : le mythe de la tour de Babel revisité

 

GILLES BONAFI

Nous assistons aujourd’hui à la métamorphose accélérée du capitalisme. Le capitalisme de marché se transforme ainsi en capitalisme d’état et ce, sur l’ensemble de la planète, le mythe de la tour de Babel revisité.

L’économiste Joseph Schumpeter l’avait prédit en 1942 dans son ouvrage Capitalisme, socialisme et démocratie. Il avait ainsi déclaré : « L’avenir est au « socialisme » , un socialisme sans servitude, mais avec une liberté limitée. »
Schumpeter exposait d’ailleurs ce qui faisait (et fait toujours) la force de l’économie japonaise et surtout chinoise :
« une forte discipline n’a pas seulement pour conséquence d’améliorer la qualité et, en cas de besoin, d’accroître le volume du travail. Abstraction faite de ces possibilités, la discipline constitue un facteur essentiel de l’économie des ressources. Elle lubrifie les rouages de la machine productive et réduit grandement le gaspillage et l’effort total par unité produite. »
Pourtant, le plus clairvoyant ne fut pas Schumpeter mais le philosophe Michel Bakounine  (Voir photo) (1814-1876). Opposé à Marx, il fut l’un des rares à annoncerl’apparition de ce nouveau capitalisme centralisé qu’il définissait par « l’application du capital à la production par le seul banquier, l’État ».
Il écrivit en 1872 dans ses Lettres aux compagnons du Jura, le texte  qui est à mes yeux la quintessence de l’économie politique:
« Ainsi, aucun État, si démocratiques que soient ses formes, voire la république la plus rouge, populaire uniquement au sens de ce mensonge connu sous le nom de représentation du peuple, n’est en mesure de donner à celui-ci ce dont il a besoin, c’est-à-dire la libre organisation de ses propres intérêts, de bas en haut, sans aucune immixtion, tutelle ou contrainte d’en haut, parce que tout Etat, même le plus républicain et le plus démocratique, même pseudo-populaire comme l’Etat imaginé par M. Marx, n’est pas autre chose que le gouvernement des masses de haut en bas par une minorité savante et par cela même privilégiée, soi-disant comprenant mieux les véritables intérêts du peuple que le peuple lui-même. »
Gilles Bonafi

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