Nouveau monde : retour à une politique de proximité

 

LE YETI

Non, non, vous n’avez pas mal lu. Il est bien écrit dans le titre “politique” de proximité, et non police. Mais vous allez voir, finalement, ça n’est pas loin d’être la même chose, tant le besoin de remise en ordre s’impose comme une urgence. D’ailleurs, les deux mots, politique et police, ont la même étymologie grecque : “polis”, la cité.

Ce qui est sûr, c’est que leur modèle mondialisé, ou même simplement transnationalisé (l’Union européenne), est mort. J’emploie à dessein le présent, car cette mort ne relève plus de l’anticipation, mais du constat. Plus une seule de leurs citadelles, financière, économique, qui ne soit en état de marche. Place à un retour en grâce du politique.

Le politique n’a jamais perdu la main

En réalité, le politique ne perdit jamais vraiment la main. Si d’occultes puissances privées et mondialisées purent mener le monde à la baguette, ce fut d’abord parce que les politiques leur octroyèrent les dérégulations qui leur permirent d’y parvenir.

Lorsque les choses commencèrent à tourner vinaigre en 2008, ce sont les puissances publiques qui sauvèrent le système financier privé de la faillite. Quand elles ne le nationalisèrent pas de fait comme en Grande-Bretagne. Combien de nos fleurons bancaires français n’auraient-ils pas baissé rideau sans le secours empressé de l’État ?

Quand elle constate le naufrage de ses entreprises, c’est bien à son gouvernement qu’en appelle aujourd’hui la patronne des patrons, Cécile Parisot. Et qui sauva General Motors du désastre, sinon les autorités gouvernementales américaines ?

Consanguinité morbide

Pourquoi cette situation de blocage actuelle ? Eh bien, en raison des liens consanguins morbides qui se sont noués entre les puissances privées et le personnel politique en place. Les seconds offrant aux premiers les marchés dérégulés qui font leur richesse. Les premiers garantissant l’existence et le train de vie des seconds.

L’affaire était parfaitement bouclée. Avec des oppositions de pure façade, des médias sous contrôle et des électeurs sous anesthésie. Jusqu’à ces constructions hors de tout contrôle démocratique (l’Union européenne) que le couple infernal mit sur pied au nom de la compétitivité et, pour faire genre, de la solidarité entre les peuples (tu parles !).

Avant de porter mécaniquement au pouvoir les mêmes partis institutionnels, les électeurs auraient mieux fait de moins se fier moins aux promesses électorales qu’à la liste des sponsors financiers de leurs candidats. Manière bien plus sûre de savoir vers qui se porteront au final leurs priorités et leurs largesses.

À l’aube du nouveau monde, dans mon village…

Mais patatras, voilà que la belle mécanique mord la poussière, ne laissant que ruines fumantes et convulsives. Nul ne sait encore si le nouveau monde qui renaîtra de gré ou de force sur ces décombres sera meilleur ou pire que le précédent. Mais on peut aisément parier que celui-ci sera contraint d’opérer un retour aux sources par une relocalisation obligée des activités humaines.

À quel niveau se précisera cette relocalisation ? Difficile de le savoir. On pense bien sûr spontanément au cadre national. Mais il n’est pas impensable, compte-tenu de la gravité de l’effondrement, que celle-ci s’opère au niveau de régions sous pressions indépendanistes (Espagne, Belgique), sinon à celui de collectivités encore plus locales.

“Polis”, la cité. Aujourd’hui, ce sont toujours les collectivités locales qui assurent tant bien que mal les prestations sociales de base (aides, éducation, voirie…). C’est à dimension réduite que se mettent en place les mécanismes d’entraides et de solidarité (AMAP, épiceries solidaires…). C’est même à l’échelle des communes que naissent les petites monnaies locales de substitution.

Renouvellement véritable ou régression ?

Le problème qui se pose désormais est autant la mise hors d’état de nuire des vieilles élites finissantes (celles-ci sont en passe d’y pourvoir très bien par elles-mêmes) que le renouvellement des équipes dirigeantes.

Au niveau national, on voit poindre de nouveaux venus, élus et même réélus par leurs populations (Amérique latine). En Europe, de nouvelles forces émergent avec des fortunes diverses (Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce, le Front de Gauche en France…).

Comme d’usage, la clé de la réussite de ces nouveaux venus sera bien plus fonction des niveaux d’insupportation sociale que de véritables engouements populaires.

Cette propension des humains à réagir contre une calamité donnée plutôt qu’à agir pour une situation rêvée a le revers de sa médaille : la réaction régressive. À côté des forces progressives, on voit aussi poindre, des forces beaucoup plus obscures (Front national français, Aube dorée en Grèce…).

N’est-ce pas Jean-Luc Mélenchon qui disait (à juste titre) qu’avec la crise actuelle, les choses se joueraient au bout du compte entre Marine Le Pen et lui-même ? La relocalisation de la politique se trouve devant un double choix : ou bien un repli sur soi défensif, ou bien une organisation à échelle plus humaine mais ouverte sur le monde.

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