Papouilles, gratouilles et gros câlins à la Petite écurie de Nathalie

 

LE YETI:

Rien ne la prédestinait à diriger un centre équestre. Rien, sauf la passion du cheval et de son étonnante relation avec les êtres humains (à moins que ce ne soit le contraire). Si vous passez par la Petite écurie de Nathalie, au cœur du Morbihan, du côté de chez moi, vous y découvrirez d’étranges méthodes de débourrage : avec des papouilles, des caresses et des câlins.

Titulaire d’un Deug de musicologie et d’un BTS audiovisuel, Nathalie Breyer, 39 ans, eut vite marre de la vie citadine, de l’atmosphère névrotique des tournages et des incertitudes stressantes de l’intermittence musicienne. Elle débarqua dans le hameau de Kerlan, commune de Lauzach. Un terrain en friche acquis en “prêt à usage” gratuit servit de pâture à ses deux premiers compagnons, une jeune jument et un vieux “Tonton” en fin de carrière.

Et c’est ainsi, d’occasions saisies en initiatives réussies, que Nathalie en est venue à gérer aujourd’hui une exploitation agricole équestre de 25 ha en bail rural (« loyer très modéré heureusement », précise-t-elle), avec quarante-huit chevaux (« obtenus pour pas cher »), mais aussi des ânes, des poules, des chiens, des chèvres, un bouc…

La plupart des revenus dégagés servent au remboursement de prêts souscrits bien plus pour la mise aux normes des lieux que pour l’acquisition des chevaux. En attendant la fin des quelques 2 500 euros d’échéances mensuelles à l’horizon 2016, Nathalie se contente d’un tout petit demi-smic pour vivre.

Mais Nathalie ne cherchera pas à récupérer l’intégralité des sommes mobilisées actuellement.

« En fait, la pression financière me gêne dans mon travail et ma conception des rapports avec les chevaux. Ceux-là demandent beaucoup plus de temps et de patience que je ne puis en ce moment leur accorder. »

La découverte de l’éthologie

Car Nathalie a une conception bien particulière de son travail et de ses rapports avec les chevaux.

« J’ai découvert l’éthologie [étude du comportement animal en milieu naturel, ndlr] en cherchant à résoudre un problème de relations trop tendues avec ma première jument. Comme beaucoup de praticiens classiques de l’équitation, j’avais tout faux dans mon attitude avec elle. Dès la première séance, les progrès ont été exceptionnels. »

Soutenue par la municipalité et une entreprise locale gentiment mécène (Procanar, “le spécialiste européen de tous les canards”), Nathalie put développer sa petite entreprise tout en parfaisant sa formation en éthologie et en s’inspirant de la méthode de Pat Parelli. Jusqu’à développer elle-même sa propre technique.

« Le cheval est un animal social fait pour la vie en troupeau et en plein air. Pas de boxes étriqués chez moi, sauf pour les bêtes malades. Les chevaux sont en permanence ensemble aux champs pour leur équilibre et ont du poil aux pattes pour supporter les rigueurs de l’hiver.

La confiance de Rosé

Le cheval est d’un naturel craintif et anxieux. Une séance d’équitation commence toujours par une phase de gratouilles et de papouilles, de préférence aux endroits inaccessibles par le cheval lui-même : le cou, le fessier… Quand le cheval marque sa satisfaction en pointant le sol du bout d’un sabot postérieur, c’est bon, votre compagnon est en confiance, vous pouvez y aller.

La plus importante partie du travail se fait à pied. La rencontre, l’observation, la compréhension mutuelle entre la bête et vous. Monter, c’est juste la cerise sur le gâteau. Et ici, pas de filet, pas de mors blessant. Juste le licol ou la longe. »

L’homme-cheval

Nathalie et Kilebo

« Les papouilles, les gratouilles, les caresses sont des éléments essentiels à l’équilibre des chevaux, bien plus que le dressage à la cravache. Un élément de langage corporel entre eux, aussi. Dans le troupeau, lorsqu’un cheval a une démangeaison dans le cou, il va gratouiller celui de ses congénères pour qu’ils lui rendent la pareille. L’homme-cheval, doit anticiper la demande de l’animal. »

Devenir un homme-cheval, tel est le but que fixe Nathalie à ses visiteurs. Le leader qui s’intègre au troupeau sans en être ni le sujet débordé, ni le dominant pathologique. Le but du travail éthologique avec le cheval, c’est bien entendu de permettre à chacun de se (re)découvrir lui-même. Et si possible de (ré)apprendre à vivre en harmonie au sein de son propre troupeau.

« Le cheval est un récepteur émotionnel. Il renvoie l’image de ce que vous êtes. A son premier contact avec un cheval, je sais si telle ou telle dame a des enfants ou non. Je sais si tel ou tel monsieur a du mal à abandonner ses défenses, s’il a confiance ou non en lui. »

De fait, la faune humaine qui fréquente la Petite écurie (« dans la prairie », insiste Nathalie qui revendique son attachement indéfectible à la nature et au respect de l’environnement) est des plus composites : jeunes filles gardiennes du temple équidé, enfants des écoles et des centres de loisir, compétitrice d’équitation en mal de couple avec son conjoint de concours, handicapés mentaux ou moteur…

« Les papouilles, les gratouilles et les caresses ont des vertus bien plus apaisantes que les explications interminables, orageuses et sans issue. Nous avons perdu le sens du contact avec notre propre troupeau, le sens de la vraie communication avec nos semblables. L’équitation que je préconise vise à renouer ce contact, cette communication, qui devraient nous être aussi naturels qu’au cheval. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *